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Qu'on ne s'y trompe pas sur le sens de la délocalisation. La Chine a l'antériorité de la Bretagne pour la culture du blé noir. C'est en effet de Chine occidentale et du Népal que nous est venue cette céréale.
Des crêpes bretonnes 80 % chinoises
Son apparition dans nos contrées remonte à l’époque des croisades (XIIe siècle). On lui donna le nom de "sarrasin" du fait de sa couleur noire qui rappelait la couleur de peau de la population musulmane du Moyen-Âge que l’on nommait les Sarrasins.
Reste qu'en huit siècles, la Bretagne a acquis sa légitimité de terroir du blé noir. Du XVIIe au XIXe siècle, le blé noir constitue d'ailleurs la principale culture vivrière de la population bretonne et la base de son alimentation sous forme de bouillie, de galettes et crêpes. À son apogée, vers 1862, le sarrasin couvre quelque 370 000 ha en Bretagne.
Cependant, dès la fin du XIXe siècle, la "céréale du pauvre" régresse sur tout le territoire national au profit de céréales plus productives et plus lucratives ou d’autres cultures vivrières comme la pomme de terre. Dès lors, la culture de sarrasin ne cessera de régresser en Bretagne.
Le déclin est si important que la culture locale n'arrive plus à nourrir la tradition culinaire bretonne. On en arrive alors au paradoxe, au moins autant culturel qu'économique, de faire des crêpes bretonnes avec 80 % de blé noir chinois.
Nouvelle approche économique
Depuis 1988, des initiatives se sont succédé en faveur de la remise en culture du blé noir, avec pour objectifs de faire revivre des zones agricoles délaissées, de mettre en place une filière économique. C'est dans ce cadre que des producteurs, des collecteurs (Eolys, Cam 56, Ets Kervégant d'Yffiniac, Ets Végam) et des meuniers se sont regroupés au sein de l’association "Blé noir de Bretagne". Association qui s'est engagée dans une démarche pour obtenir une IGP (Indication Géographique Protégée) pour le blé noir. Un dossier qui avance puisque le décret est paru début septembre, ce qui ouvrira prochainement sur une période transitoire avant officialisation de l'appellation par les instances européennes. En parallèle, l'association s'est également engagée dans la Certification Conformité Produit (CCP) pour la farine.
D'autres coopératives ont également travaillé le créneau de cette plante emblématique de la Bretagne. La coopérative Clal-St-Yvi a développé une valorisation bretonne de ce produit. Coopagri Bretagne s'est, pour sa part, axé sur le marché local haut de gamme, notamment en partenariat avec la distillerie des Menhirs créateur du whisky de blé noir Eddu et des meuneries.
Ce regain d'intérêt pour le blé noir, non sans lien avec le renouveau de la culture bretonne, explique la progression des surfaces. En 2006, cette culture occupe 4 080 ha (source : service statistiques de la Draf). Les deux principaux départements producteurs étant le Morbihan avec 1 500 ha et le Finistère avec 1 200 ha. Ces deux départements ont tous deux enregistré une augmentation de leurs surfaces de 7 % sur un an.
Didier Le Du
La culture du blé noir
Plante herbacée dicotylédone de la famille des polygonacées comme la rhubarbe, le blé noir est une céréale annuelle au cycle court (3 mois). La graine triangulaire s'appelle un akène.
Cette culture se sème à raison de 32-33 kg/ha (170 graines/m2) de préférence à la mi-mai quand les conditions sont très poussantes ce qui permet d'étouffer les adventices sachant que cette culture ne reçoit aucun traitement phytosanitaire.
Dans notre région, la récolte démarre après le 15 septembre pour se prolonger en octobre. Le battage intervient quand les tiges prennent une belle couleur rouge et que la plupart des feuilles sont tombées. Les collecteurs recherchent généralement un taux d'humidité maxi de 18-25 %. L'objectif étant d'opérer un séchage rapide pour éviter les fermentations.
Peu exigeante, cette culture capable de pousser sur des sols pauvres, granitiques et sableux, et de résister au froid, ne nécessite pas de fertilisation. Pour autant cette culture ne doit pas être conduite n’importe comment si l'on veut obtenir un bon rendement et une qualité optimale (absence de graines d'adventices, de grains verts).
Le rendement moyen est de 15-25 quintaux/ha, avec des cultures bien menées qui parviennent à 35 qx/ha.
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