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Implantation et desherbage des céréales 2001
 

Résistance aux maladies

Le créneau des variétés multi-résistantes

Des variétés cumulent de plus en plus la résistance aux maladies et la productivité. Ces variétés peuvent être intéressantes sur le plan économique, s’il y a cohérence entre le choix variétal et la conduite de la culture.

La voie de la réduction des intrants en céréales a été largement explorée par de multiples expérimentations depuis quelques années. L’objectif est d’améliorer les marges brutes. Pour y arriver, on s’est longtemps focalisé sur la réduction des charges notamment de fertilisation et de produits phytosanitaires. Mais les expérimentations sont en général réalisées en comparant les conséquences de la réduction d’un intrant sur une même variété. «Il existe une autre piste, encore peu explorée qui consiste à modifier complètement l’itinéraire technique et à choisir des variétés résistantes aux maladies et adaptées à ces itinéraires. On peut les qualifier de variétés multirésistantes», explique Bernard Rolland, de la station d’amélioration des plantes de l’Inra de Rennes. Le contexte de la production de céréales a en effet évolué. Les deux réformes de la PAC de 1992 et 1999 ont essentiellement consisté à diminuer le soutien par les prix et à compenser les pertes de revenu par des aides directes à l’hectare. Avec un contexte de prix plus faible que par le passé, il importe plus que jamais de maîtriser l’ensemble des coûts de production, notamment ceux correspondant à la protection phytosanitaire, premier poste de charges. Cette révision des itinéraires techniques ne doit pas s’accompagner d’une diminution de la maîtrise des cultures. Bien au contraire, les erreurs dans le raisonnement des traitements phytosanitaires se paient cher en pertes de rendement, de qualité et de marges. Réflexion et prudence sont plus que jamais nécessaires pour avancer dans cette voie.

La résistance aux maladies

Jusqu’à présent, la plupart des essais de céréales ont été basés sur la recherche de variétés les plus productives, jugées dans les conditions les plus intensives. Les sélectionneurs n’ont pas pour autant négligé la capacité qu’ont certaines variétés à être tolérantes aux maladies. Ainsi, depuis 1995, l’offre de variétés multirésistantes s’est considérablement étoffée : Oratorio, Balthazar, Virtuose, Ornicar, Folio, Caphorn, Parador, Boston, PR 22 R 28, Hyno-Quinta... Mais ce potentiel de résistance est souvent présenté comme un plus qui n’est pas forcément valorisé sur le terrain. L’Inra, des sélectionneurs privés (Club des 5) et l’ITCF ont lancé en 1999 un programme d’expérimentation commun pour une durée de 4 ans visant à déterminer les itinéraires techniques les mieux adaptés aux nouvelles variétés «rustiques» de blé dans les différentes régions de France. «Le réseau expérimental croise différentes variétés dont certaines multirésistantes aux maladies avec quatre itinéraires techniques de niveaux d’intrants différents, chacun raisonné de manière cohérente en fonction d’un objectif de rendement et de qualité», précise Djilali Heddadj, de la station de Bignan. Douze sites français font partie de l’expérimentation dont deux en Bretagne : la station Inra de Rennes (35) et la station de la Chambre d’Agriculture à Bignan (56). En 2000 et les deux années suivantes, trois variétés sont communes à tous les lieux : Trémie et Isengrain, représentatives du type variétal dominant à l’heure actuelle (variétés productives et relativement sensibles aux maladies) et Oratorio, représentant les variétés tolérantes aux maladies. «D’autres variétés, en général choisies dans le type «tolérant aux maladies» comme Ornicar, Virtuose, Caphorn ont été introduites par les expérimentateurs», poursuit B. Rolland. Quatre itinéraires techniques Les quatre itinéraires techniques sont raisonnés selon les mêmes principes dans tous les sites mais adaptés aux conditions régionales. L’itinéraire 1 (très intensif, objectif 100 q/ha) vise à extérioriser les potentialités des variétés par une stratégie d’assurance (intrants non limitants). La densité de semis est normale (250 grains/m2). La fertilisation azotée correspond à la norme bilan azoté + 30 kg fractionnée en trois apports. La prévention de la verse est assurée par l’emploi systématique d’un régulateur de croissance. La protection fongicide correspond à une couverture complète avec 3 interventions. L’itinéraire 2 (raisonné, objectif 90 q/ha) correspond aux recommandations locales ITCF/ Chambres. C’est le plus utilisé dans la région. Il vise un rendement situé dans la médiane des potentialités. La densité de semis est normale, la fertilisation calquée sur la méthode du bilan avec 3 apports, la protection fongicide est basée sur 2 interventions. L’itinéraire 3 (intégré, objectif 80 q/ha) accepte un rendement inférieur de 5 à 10 quintaux par rapport au précédent. La densité est fixée à 60 % de celle de l’itinéraire 2 (150 grains/m2). La fertilisation azotée est réduite de 30 kg par rapport à ITK 2 avec 2 apports à montaison et épiaison. Le régulateur est supprimé et la protection fongicide limitée à une seule intervention à pleine dose avec un produit peu coûteux. L’itinéraire technique 4 (objectif 70 q/ha) explore une économie d’intrants extrême. Il se place dans l’hypothèse d’étude d’un prix mondial de vente du blé. La densité est également à 60 % de l’ITK 2, la fertilisation est basée sur ITK 2 -60 kg en 2 apports, sans régulateur et sans fongicide. «Pour l’itinéraire 3, dans un souci de cohérence agronomique, sont associés : variété multirésistante, densité de semis réduite, suppression de l’apport d’azote au tallage et du raccourcisseur avec un fongicide unique. Le premier apport d’azote au tallage est supprimé car il est mal valorisé, avec des risques de lessivage. Par contre, un dernier apport est effectué à l’épiaison dans tous les itinéraires pour le maintien du taux de protéines à 11,5 % », déclare B. Rolland.

Des couples variétés-conduites

L’objectif est double : il faut essayer de concilier environnement et économie, obtenir de bonnes marges en utilisant des itinéraires ayant le moins de conséquences sur l’environnement. On identifie ainsi des couples variétés-conduites. Que donnent les expérimentations faites à Rennes et Bignan ? Les années 1999 et 2000 peuvent être considérées comme «normales». On observe des rendements qui varient à Rennes entre 98 q pour Itk 1, 92 q pour Itk 2, 81 q pour Itk 3 et 68 q pour ITK 4. Les charges opérationnelles attachées à ces itinéraires s’échelonnent entre - 2 877 F pour ITK 1, - 2 366 F pour ITK 2, - 1 200 F pour ITK 3 - 814 F pour ITK 4. Entre les itinéraires 2 et 3, il y a donc un écart de charges d’environ 1 200 F/ha, soit l’équivalent de 17 à 18 q alors que l’écart de rendement des essais n’est que de 9 q/ha voire moins selon les variétés (Ornicar atteint 87 q en ITK 3). Les essais réalisés à Rennes en 1999 et 2000 donnent une prime nette à l’itinéraire technique 3 et aux variétés multirésistantes, notamment Oratorio. A Kerguéhennec, les résultats de marges sont équivalents entre Isengrain itinéraire 2 et Oratorio-Ornicar en itinéraire 3», précisent B. Rolland et D. Heddadj. L’année 2001 est une année particulière compte tenu de l’excès d’eau et de la faible pression parasitaire. Ainsi à Rennes, la levée du blé n’a pas été bonne et il n’y a pas eu de compensation par la suite, en semis à dose réduite. Le nombre d’épis par m2 est nettement plus faible. On observe donc un écart d’environ 20 q entre les itinéraires 2 et 3. Les écarts de rendements sont néanmoins en partie compensés par les coûts nettement plus faibles des ITK 3 et 4. A Kerguéhennec, où les sols sont plus filtrants, les objectifs de rendement ont été atteints. Les meilleures marges ont été obtenues avec les ITK 1 et 2. Les marges des ITK 3 et 4 sont très proches l’une de l’autre et inférieures de 400 F/ha aux itinéraires précédents. D’autres essais vont être menés à l’avenir pour affiner ces résultats.

Durabilité des résistances

Un autre problème se pose selon les variétés, c’est la durabilité des résistances dans le temps. Pour y arriver, il faut que plusieurs gènes rentrent dans le mécanisme de résistance afin d’éviter que le pathogène responsable de la maladie ne s’adapte. L’exemple de la variété Brigadier en Angleterre illustre bien cette adaptation. Elle était notée résistante à la rouille jaune mais un seul gène portait cette source de tolérance. Quelques années après son lancement, une nouvelle race de rouille jaune est apparue et a contourné la résistance. Cette race est arrivée en France et a touché la variété Audace et dans une moindre mesure la variété Rumba qui portaient elles aussi un seul gène de résistance. La gamme de variétés multirésistantes progresse et se diversifie, encouragée par le CTPS qui agrée les inscriptions des variétés. Pour être inscrite actuellement, une variété doit apporter de nets progrès par rapport aux variétés existantes en terme de productivité, de caractéristiques technologiques mais également de comportement vis à vis des accidents climatiques et des agents pathogènes. Aujourd’hui, l’agriculteur a un choix possible entre plusieurs chemins pour arriver à la même marge brute en combinant des couples variétés-conduites adaptés à sa propre situation de sol ou de climat. En fonction des objectifs qu’il s’est fixé, il est souhaitable qu’il tienne compte des caractéristiques propres à chaque variété pour bâtir ses itinéraires techniques.

Patrick Bégos


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Date de l'article : semaine du N° du 14 au 21 Septembre 2001
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