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Attirer des salariés vers les métiers de la production agricole, un challenge que veut relever la profession dans un contexte difficile pour séduire de nouveaux entrants. "Les actions de communication se multiplient, mais vouloir donner une image positive ne suffit pas, faut-il encore qu'elle soit représentative de la réalité dans les exploitations. Une réalité qui se mesure à la fois en termes de rémunération, de relations humaines et de conditions de travail". Le message véhiculé par Jean-Michel Gouya, salarié en élevage porcin, et vice-président de l'Asavpa 22 (association des salariés agricoles pour la vulgarisation et le progrès agricole) sur les conditions de travail se veut pragmatique en s'appuyant sur son expérience.
Jean-Michel Gouya est depuis 14 ans salarié du Gaec du Chef du bois à Plédéliac, une exploitation à 3 associés (Maurice, Anne-Marie et René André) exclusivement orientée vers le porc, 380 truies NE et 66 ha de terre. Un élevage qui a ses spécificités au niveau de l'organisation et de la conduite, mais constitue selon le salarié un bon exemple pour illustrer quelques aspects qui dans une exploitation peuvent contribuer à améliorer les conditions de travail.
Ecarter les imprévus
Le premier aspect, ce sont les conditions matérielles de l'accueil caractérisées d'abord par un vestiaire, un lavabos et une douche. "Nous avons en outre fait le choix de confier à une société extérieure le lavage et l'entretien de nos vêtements de travail. Chaque associé et le salarié bénéficient de ce fait de trois tenues par semaines", précise René. De même chacun dispose de gants, masques à poussière et casques anti-bruits. "Ce type d'équipements partagé à plusieurs n'est jamais au bon endroit. Le mieux est donc que chacun ait le sien".
Autre aspect apprécié pour la vie de famille et les activités extérieures, le respect des horaires, 8 heures à12 heures, 14 heures à 18 heures. "L'organisation est telle que le travail dit d'astreinte est toujours fini à l'heure". Ainsi l'alimentation des gestantes se fait toujours en début d'après-midi. Les imprévus de dernière minute qui conduisent à rallonger les journées sont donc extrêmement rares, notamment pour le salarié qui, avec René, s'occupe prioritairement des gestantes et de l'engraissement. Jean-Michel a aussi en charge le prélèvement des verrats pour l'IA.
Une attention particulière est par ailleurs portée sur l'entretien des bâtiments et du matériel. "Après chaque lavage une maintenance stricte est assurée. Attendre l'usure maximale, c'est gérer dans l'urgence, avoir des imprévus et risquer les accidents pour les associés comme pour le salarié. Nous préférons donc anticiper".
Partage des tâches pénibles
Certaines tâches, les plus pénibles ou répétitives, sont partagées. "Nous présentons la particularité d'avoir conservé la conduite en bandes sur 3 semaines" précise René. Un choix d'abord guidé par la volonté des associés de pouvoir assurer à une seule personne les gardes du week-end. "L'inconvénient est sans doute de provoquer quelques pointes de travail (castration, vaccination), ce qui nous conduit à les partager et le plus souvent à les effectuer avec l'ensemble des associés et le salarié, mais l'avantage d'avoir moins de répétitivité dans le travail".
D'autres éléments ont permis ces dernières années d'améliorer les conditions de travail. Au moment de la restructuration de l'élevage en 1999 conduisant à une diminution de l'effectif truies de 450 unités à 380 et au rapatriement de l'ensemble de l'engraissement sur le site, une partie du parc bâtiment a été renouvelé. "Non seulement nous avons gagné du temps en évitant les déplacements sur un autre site, mais nous en avons profité pour une réorganisation de l'élevage". De fait moins de déplacements d'animaux, des couloirs spacieux et des barrières placées au bon endroit, un quai unique d'embarquement qui évite de se lever lors des départs de charcutiers ou encore une pompe de lavage à poste fixe avec un système de pré-trempage dans toutes les salles.
La conclusion pour les associés comme pour le salarié, "rien de bien extraordinaire, seulement une prise de conscience de la nécessité d'un ensemble d'aménagements, simples pour la plupart, et une organisation adaptée à l'élevage et au fonctionnement souhaité".
Pierre Dénès
"Gagner le challengedes emplois durables"
L'aspect "conditions de vie au travail" est un élément essentiel dans la perception des métiers de la production. Le fait que les Chambres d'agriculture et l'Anact Bretagne (association nationale pour l'amélioration des conditions de travail) se soient penchées sur le sujet en organisant récemment un colloque est déjà important.
Du côté des salariés les attentes sont grandes. La fidélisation est parfois délicate, certains quittent déçus et désabusés. Inquiétant dans un contexte caractérisé par pénurie de main-d'œuvre en agriculture et une concurrence avec d'autres secteurs d'activité. Il apparaît donc opportun et urgent de proposer des solutions d'amélioration des conditions de travail.
Au sein de notre association (Asavpa) nous effectuons un travail de promotion des métiers dans les écoles (témoignages, sets de tables …). Le projet de tutorat pour les nouveaux entrants, initié en relation étroite avec l'Arep du Penthièvre-Pays de St Brieuc et l'AEF 22, va aussi dans ce sens de donner une image positive des métiers.
Mais pour les salariés en place, il faut également du concret. Comme on parle beaucoup d'agriculture durable, les emplois durables seront ceux qui offriront suffisamment de garanties notamment en confort et sécurité au travail. Le document unique d'évaluation des risques d'accidents et d'usure professionnels est dans ce domaine un bon outil d'approche pour envisager les mesures qui peuvent contribuer à améliorer les conditions de travail. Avec d'autres aspects comme la rémunération et la reconnaissance des métiers, cela fait partie des challenges à relever pour gagner le défi de l'emploi en agriculture.
Jean-Michel Gouya,
vice-président de l'Asavpa 22.
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