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Lutte contre les coups de chaleur : S'équiper et mettre en pratique les mesures de prévention
 
En 2003-2004, les investissements de lutte contre les coups de chaleur représentaient 3 % du total des rénovations réalisées chez les éleveurs participant à l'Enquête avicole des Chambres d'Agriculture. L'an dernier, ce taux est monté à 11-12 %. L'équipement en systèmes de refroidissement devient de plus en plus une préoccupation des éleveurs. Pour certains, selon leur situation géographique, c'est une quasi-obligation pour produire du poulet durant l'été. L'investissement moyen s'est élevé à 4,70 euros par m2 (4 700 euros pour 1 000 m2) .
L'enquête apporte également une autre précision : le nombre de lots ayant eu des problèmes durant la période chaude du mois de juin 2005 (échantillon de poulaillers de moins de 15 ans). Ainsi, selon les éleveurs, 18 % des lots de poulets export, 20 % des lots de poulets standard, et 8 à 9 % des lots de dinde ont eu des problèmes (pertes, chutes de croissance…) durant cette période chaude.
L'équipement en matériel de refroidissement fait partie des investissements au même titre que la ventilation, l'abreuvement, l'alimentation…. chez les éleveurs qui souhaitent que, durant la période d'été, leur bâtiment soit aussi performant et sécurisé que le reste de l'année.
D'abord la ventilation
"La démarche d'investissement doit être cohérente", souligne Christian Delabrosse, conseiller avicole à la Chambre d'Agriculture 56. "Il faut d'abord régler le problème de ventilation avant de s'engager dans la brumisation". La capacité d'extraction doit atteindre 3,5 à 4 m3/heure/kg de poids vif. Pour du poulet, le poulailler aura donc une ventilation de 150 à 200 m3/heure/m2. "Une telle capacité permet d'avoir un débit suffisant pour évacuer les calories et une vitesse d'air permettant de réduire la température".
En effet, on considère qu'une vitesse d'air d'1 m/seconde sur des animaux emplumés réduit la température vécue de 10°C. "Equiper le bâtiment de brasseurs d'air pour augmenter la vitesse constitue une première solution peu onéreuse, elle a ses limites car les vitesses d'air diminuent s'il n'y a pas un minimum de renouvellement et les calories ne sont pas évacuées du poulailler".
Equiper le bâtiment de turbines en pignons permet de jouer sur le débit en extraction et la vitesse d'air. Le coût est plus élevé, car en plus des turbines, il faut prévoir des volets anti-retour, des capots de protection pour l'hiver et des sécurités. L'investissement atteint 1 000 à 1 200 euros par turbine.
Refroidir l'air
D'autres techniques s'appuient sur le refroidissement de l'air qui entre dans le bâtiment. Elles n'ont d'intérêt que si l'on maîtrise bien la ventilation et l’hygrométrie du bâtiment. La vaporisation de l'eau capte des calories et fait baisser la température de l'air. "La pulvérisation au niveau des jupes avec de l'eau du réseau est le système le plus simple et le moins coûteux (1 000 euros). Il a l'inconvénient d'être peu efficace et de consommer de l'eau (de 3 à 4 m3/heure)", explique C. Delabrosse.
Les systèmes de pulvérisation à basse pression (5 à 10 bars) sont constitués d'une pompe, de tuyaux plastiques et de buses en laiton pour un coût de 1 500 à 3 300 euros. Ils ne réalisent pas un vrai brouillard. Selon la pression d'eau, ils permettent de faire baisser la température de 3 à 5 °C. Il faut être vigilant à ce que les gouttes ne retombent pas à l'intérieur du bâtiment, sur la litière.
Brumisation haute pression
La brumisation intérieure à haute pression (50 à 100 bars) est la plus efficace car les gouttes sont très fines (moins de 100 microns). "La taille des gouttelettes est d'autant plus fine que la pression est forte et les risques de retombée d'eau sur la litière sont d'autant plus faibles que les gouttelettes sont fines. On peut obtenir une baisse de la température de 10°C lorsque l'air extérieur est suffisamment sec et les gouttelettes très fines".
Ces systèmes nécessitent une pompe haute pression, une filtration d'eau et une régulation spécifique permettant d'alterner des cycles de pulvérisation courts pour obtenir une température et une hygrométrie régulières. Le coût de l'investissement peut varier de 6 000 à 9 000 euros pour 1 000 m2.
Selon l'Enquête Chambre d'Agriculture, en production de poulets, les poulaillers à ventilation dynamique équipés de brumisation haute pression dégagent une marge brute supérieure de 0,8 euro/m2/lot (durant toute l'année) aux poulaillers dynamiques non équipés. Le retour sur investissement serait donc rapide de l'ordre 1 à 2 ans. "Un équipement en brumisation de haute pression semble incontournable dans les années qui viennent, pour pouvoir produire du poulet. En dinde, c'est plus discutable", souligne C. Delabrosse.
Mettre en place des équipements n'a de sens que si on les utilise au bon moment. Il faut être en alerte pendant les périodes à risque, consulter la météo, vérifier les débits d'eau de boisson, vérifier les dépressions, mettre à jeun les animaux dès le matin et utiliser les équipements en jouant sur les vitesses d'air, les débits de ventilation et éventuellement la brumisation.


Le coup de chaleur

Quand la température monte, la volaille cherche à évacuer la chaleur en augmentant la surface d'échange avec l'air ambiant, notamment en écartant les ailes. Si la température augmente encore, elle augmente son rythme respiratoire pour évacuer de la vapeur d'eau. Ce rythme est normalement de 25 inspirations/mn et peut dépasser les 200. Il se crée alors un déséquilibre gazeux au niveau pulmonaire. La température de la volaille monte et c'est la mort.
Sans aller jusqu'à cet extrême, un coup de chaleur peut provoquer la dégradation des croissances, l'augmentation des indices de consommation. En 2003, dans les élevages qui ont été touchés, les pertes se sont étalées entre 1,16 et 1,26 euro/m2/lot de poulet soit 16 à 17 % du revenu. Pour les lots de dindes, la perte avait atteint 4,02 euros/m2/lot soit 54 % du revenu.

Patrick Bégos

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Date de l'article : semaine du N° du 1 au 7 Juillet 2006
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