|
Problèmes familiaux, impasse financière, maladie, décès, etc. Les motifs qui font basculer sont nombreux et agissent rarement seuls. "C'est l'accumulation des problèmes qui font la difficulté", constate en effet Annick Seznec, la présidente de Solidarité Paysans du Finistère, association départementale "rajeunie" qui fait partie du réseau national chapeauté par la Confédération Paysanne.
Au-delà de la structure elle-même, ce sont les "problèmes des personnes empêtrées dans les difficultés et l'aide que l'on peut leur apporter pour s'en sortir qui comptent", poursuit la présidente, rappelant qu'il n'y a pas de profil type d'agriculteur en difficulté. "Nous rencontrons des jeunes, des plus anciens, des producteurs de lait, de légumes, de porc, de volaille, etc. Toutes les couches sociales et professionnelles sont touchées".
Un soutien psychologique
L'association n'a pas pour mission de remplacer les structures techniques et économiques que sont les banques, les centres de gestion, la Chambre d'agriculture, etc. "Notre vocation est d'apporter un soutien humain aux personnes dans la précarité. Nous ne sommes pas là pour remplacer les experts", poursuit la présidente, soulignant que les organisations économiques et professionnelles admettent qu'elles n'ont pas toujours les moyens d'accompagner socialement et humainement les agriculteurs pris dans la spirale des difficultés. Elle ajoute : "Pour notre première année d'activité, les 20 bénévoles formés à l'approche psychologique de ce type de situation ont rencontré une quarantaine d'agriculteurs. Des personnes, souvent repliées sur elles-mêmes, qui ressentent pourtant le besoin de trouver une oreille attentive qui ne les jugera pas. C'est d'ailleurs notre rôle premier que d'être à l'écoute".
En structurant un réseau de bénévoles sur l'ensemble du département, Solidarité Paysans se veut une association de proximité. "Les personnes ne doivent pas hésiter à contacter notre animatrice qui se déplace avec un bénévole (1). Si la personne ne veut pas de tel bénévole car elle le connaît trop bien ou pour tout autre raison, un autre membre de l'association peut se déplacer. Sachant que nous ne sommes pas là pour réprouver, mais pour accompagner et orienter vers les organismes sociaux, vers les experts, pour informer des possibilités d'aides financières, de formation, etc.".
L'association insiste encore sur un dernier point : "Plus tôt les agriculteurs en difficulté prennent le problème en main, plus il est facile de trouver une issue. Voire dans les cas extrêmes, d'essayer de préserver la maison d'habitation".
D. Le Du
(1) Contact : Sandrine Pierre au 02 98 52 48 60 ou par e.mail : Solirarite.paysans29@free.fr
La pauvreté dans les fermes
Une enquête du Credoc, menée en 2002, a mis en évidence que les conditions de vie difficiles ne sont pas l'apanage des villes. Mais la moitié des agriculteurs à faible revenu estimait que les conditions de vie sont meilleures en zone rurale qu'en zone urbaine. Cela s'explique entre autres par une autoconsommation encore très développée chez ces agriculteurs. Sans oublier que les deux tiers des enquêtés sont propriétaires de leur logement.
Parmi ces agriculteurs à faible revenu, la moitié ont des revenus annuels inférieurs à 3 700 euros et les trois-quarts gagnent moins de 9 000 euros. La pluriactivité assez développée n'empêche pas le revenu de rester en deçà du seuil de pauvreté.
À noter encore l'isolement de ces agriculteurs : 60 % ne font pas de sortie plus d'une fois par mois et les deux tiers ne partent en vacances au plus tous les quatre ans. Les relations sociales se limitent donc à la famille et seule la moitié des exploitants en difficulté affirme avoir des relations amicales avec d'autres exploitants, alors que 10 % affirment n'avoir aucun contact.
|
|