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Sommaire | " DOSSIERS " | Porcs | Article n°6337 |
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"Pas forcément diminuer les dépenses de santé"
 
Avec l'arrêt des facteurs de croissance de 1996 à 2000, les charges de santé en élevage de porc avaient largement augmenté. Les dépenses en curatif s'étaient intensifiées pour contrôler les pathologies digestives", indique Marianne Bertrand, vétérinaire de Coopagri Bretagne. Depuis, le poste "dépenses de santé" est redescendu à 6,5 - 7 euros/100 kg de carcasse en moyenne en Bretagne. Une évolution liée à l'augmentation de la productivité des élevages (plus de kg produits en augmentant le nombre de porcs vendus et en alourdissant les carcasses), mais aussi aux efforts sur les prix (génériques…) et à une amélioration de la stratégie santé. En 2003, le vaccin Aujeszky a été supprimé.

Cependant, beaucoup d'éleveurs peuvent encore jouer sur le levier sanitaire pour réduire leur coût de production. Mais attention : "Cela ne signifie pas forcément diminuer les dépenses de santé, mais plutôt les adapter à sa situation propre d'élevage. Le but est de rendre le système plus productif, quitte à investir dans un traitement bien positionné", précise la vétérinaire qui insiste par ailleurs sur la nécessité de raisonner en dépenses par kg de carcasse et non par truie, étant donné les différences de performances (nombre de kg sortis par truie et par an). Pas encore adoptée par la profession porcine, l'analyse par marge brute serait sans doute encore plus intéressante.

S'il n'existe pas de recette toute faite en matière de maîtrise des pathologies, aux yeux de Marianne Bertrand, le préventif est incontournable et ne doit pas faire l'objet d'économies. "Arrivée en 1996, la vaccination contre le mycoplasme a permis de progresser massivement sur les pathologies pulmonaires, aujourd'hui moins préoccupantes que les maladies digestives", argumente-t-elle en continuant : "Les vaccinations contre le SDRP et le circovirus sont de nouvelles solutions préventives qu’il ne faut pas hésiter à envisager. Un nouveau vaccin contre l'iléite est disponible depuis septembre dernier : il est relativement coûteux, mais sa rentabilité est facile à évaluer. Quand les vaccins existent, ils sont toujours plus intéressants que la contamination en élevage qui est moins facilement maîtrisable. La période de sevrage correspond à la phase critique où il y a à la fois "brassage sanitaire" et faiblesse immunitaire des jeunes animaux. Il est important de bien choisir les stratégies alimentaires et de prévention sanitaire au cours de cette période difficile pour les porcelets".
L'hygiène des locaux (notamment en maternité et post-sevrage) est aussi très importante. La vétérinaire conseille par ailleurs de ne pas mélanger les bandes et d'homogénéiser les statuts sanitaires des porcelets et des truies qui vivent ensemble. "L'homogénéité des tailles des porcelets est également importante". La maîtrise du sanitaire passe aussi par une alimentation adaptée à chaque stade.
Connaissance de l'élevage
"La connaissance de l'élevage est la clé dans la maîtrise du sanitaire. Les éleveurs qui réussissent le mieux sont ceux qui observent leur élevage et qui analysent leurs résultats chiffrés", note Marianne Bertrand qui souligne aussi l'intérêt d'avoir un œil extérieur. Pour conseiller leurs éleveurs, les vétérinaires de Coopagri Bretagne utilisent le logiciel Optivéto, développé depuis deux ans. Ce logiciel s'appuie sur un réseau d'une cinquantaine d'éleveurs naisseurs engraisseurs à 100% (pas de vente de laitons) et dont toutes les sources de produits pharmaceutiques sont issues de la coopérative, pour que les chiffres soient précis et actualisés en permanence via intranet. "Le logiciel doit être en phase avec le terrain".
"Optivéto permet de comparer les dépenses de santé d'un élevage donné avec le réseau de référence, sur la période que l'on souhaite. La comparaison se fait sur cinq grandes familles : antiinfectieux, antiparasitaires, hormones et apparentés, supplémentations médicamenteuses et vaccins", résume la vétérinaire. "Le logiciel pointe les éléments pour lesquels l'éleveur se détache de la moyenne du groupe de référence. Une analyse fine de ces résultats permet ensuite de mettre en évidence certaines pratiques systématiques qui ne sont pas utiles ou qui indiquent un défaut de conduite."
Par exemple, un poste "finadyne" élevé lié à une forte prévalence de syndrôme MMA peut révéler une mauvaise conduite alimentaire en fin de gestation. Une analyse plus poussée (mesures d'épaisseur de lard dorsal) permettra de mieux ajuster le plan de rationnement. Autre exemple : un poste "acide oxolinique poudre" élevé peut dans certains cas être réduit en réalisant des bandelettes urinaires en maternité pour ne traiter que les animaux présentant une infection urinaire. La dépense médicale est ainsi réduite de 70 %. Des renseignements complémentaires peuvent être apportés par des profils sérologiques ou des contrôles en abattoir pour lesquels une équipe technique vient d'être formée.
Investir quelquefois
Quelquefois, l'élevage doit au contraire investir dans des traitements : par exemple un profil "vaccin" ou "antiparasitaire" très bas peut mettre en évidence des pratiques préventives insuffisantes dégradant les performances de l'élevage. "Un clignotant "hormones" trop bas peut montrer que l'éleveur ne cycle pas systématiquement les cochettes, ce qui est pourtant très rentable sur les conduites à 3, 4 et 5 semaines. Un jour d'ISSF en moins coûte plus de 1000 euros par an".
Après l'analyse précise des dépenses sanitaires, les vétérinaires proposent une adaptation progressive des pratiques en tenant compte de la situation particulière de l'élevage : son historique, son emplacement, son fonctionnement (autorenouvellement…). "Certains traitements peuvent être arrêtés par 1/2 bande par exemple pour rassurer l'éleveur. A chaque étape, nous mettons en place un protocole d'évaluation économique du changement."

Agnès Cussonneau


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Date de l'article : semaine du N° du 24 au 30 Juin 2006
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