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ENGRAISSEMENT DES JEUNES BOVINS : Quinze années d'utilisation d'une ration sèche
 
Deux années consécutives avec de faibles rendements (autour de 8 tonnes de matière sèche) et peu de grain ont sonné le glas du maïs chez Claude Malary, engraisseur de jeunes bovins et de génisses à la Noé-Blanche dans le sud Ille-et-Vilaine, une région sèche. "Il fallait ajouter de grosses quantités de céréales pour équilibrer la ration. Autant éliminer le maïs et produire plus de céréales et les distribuer directement. Je peux au moins compter sur une valeur alimentaire identique quel que soit le rendement". En une année, le maïs a disparu (il représentait les deux tiers de la surface). Place à une ration très précise à base de blé, orge, paille et aliment. La même quels que soient l'âge ou la saison.
De la rigueur
À l'arrivée, les broutards passent un mois dans un local de quarantaine, ils seront traités contre les problèmes pulmonaires, la douve... Ils vont disposer de foin et du mélange, le tout distribué trois à quatre fois par jour et en faible quantité. "La plupart des animaux n'ont jamais mangé, il faut leur faire goûter, les faire venir à l'auge et augmenter progressivement. La première semaine reste la plus délicate à gérer". Le foin disparaît au bout d'un mois, la consommation du mélange se situe alors autour de 3 kg. En moyenne sur la durée d'engraissement, l'éleveur table sur 7 kg de matière sèche par jour pour les mâles et 5,6 kg pour les femelles. Avec de la bonne paille blé ou de triticale à volonté au râtelier.

Quelle est la composition du mélange distribué ? Le blé représente 42 %, l'orge 13 %, la paille 6 %, l'aliment du commerce 27 %, l'aliment liquide (à base de mélasse) 6 % et de l'eau 6 %. La ration ainsi établie offre 1,06 UF par kg de matière sèche, 17,4 % de matières azotées totales, 43 % d'amidon, 10 % de cellulose. Pour l'éleveur et son technicien Pierrick Brière (Valorex), il faut rester au-dessous de 60 % de céréales, sinon l'ingestion diminue. Quant à l'aliment acheté, il contient du soja, du lin extrudé (contre l'acidose), de la pulpe, de la luzerne, des drèches... Il titre 0,9 UF, 145 g de PDIN et 16 % de cellulose. La composition de la ration est précise. Y déroger, c'est s'exposer à des problèmes : l'an dernier en remplaçant momentanément de l'orge par du blé, un passage d'acidose a sensiblement pénalisé les croissances. L'éleveur pratique aussi une cure d'hépatoprotecteurs chaque trimestre.

Sur un plan pratique, les céréales sont aplaties et mélangées au correcteur azoté. Ce premier mélange est ensuite ajouté à la paille, l'eau et l'aliment liquide dans la mélangeuse distributrice. La distribution a lieu une fois par jour le matin avec une régularisation en cours de journée.
Moins de main-d'œuvre
Le régime ainsi établi permet des croissances journalières moyennes de 1400 g pour les mâles et de 1150 g pour les femelles. Elles pourraient être supérieures avec des aliments plus cellulosiques, mais plus chers. Concernant les coûts, les calculs indiquent un montant de 0,80 euro par kilo de croît en évaluant les céréales produites à 0,92 euro et la paille à 0,46 euro. Selon le technicien, quelques éleveurs obtiennent un coût encore plus bas, de l'ordre de 0,60 euro. Une des pistes à explorer consisterait à rentrer des animaux plus jeunes qui valorisent encore mieux une ration sèche. Bien que n'ayant les classements que pour une partie des animaux, ceux-ci se situent en moyenne en U- pour des poids de carcasse de 400 à 420 kg (mâles) pour 300 jours de présence. Pas de souci avec la ration sèche pour la note d'engraissement qui ne dépasse pas 3.

Deux heures par jour, c'est en moyenne le temps passé à alimenter les animaux. "C'est un avantage de la ration sèche que de limiter la main-d'œuvre et également le matériel", souligne Claude Malary. Il faut préciser que l'éleveur est équipé de cellules pour stocker les céréales produites, d'un silo pour l'aliment acheté, d'un aplatisseur avec mélange des matières premières, d'une distributrice et d'une pailleuse. Par ailleurs, l'assolement reste simple. Le nombre d'heures de traction s'en ressent : 850 heures par an y compris le paillage ; ou encore 8500 litres de fioul y compris celui de la moissonneuse, mais hors pressage réalisé par un tiers. Indépendamment de la rigueur mise dans l'alimentation de ses animaux, l'éleveur estime que l'engraissement reste une activité dépendante des prix tant de la viande que des broutards. Même si les prix actuels sont bons, il convient d'être vigilant sur tous les aspects techniques et en particulier l'alimentation.

Paul Chauvin



L’exploitation

L'exploitation compte 80 ha. Déduction faite du gel, les 74 ha sont répartis également entre du lin, du blé, de l'orge et du triticale. Pas de surface en herbe, le foin est acheté (20 bigs par an). L'éleveur accorde une attention particulière à la récolte de la paille : dès que la moissonneuse a opéré, la paille est pressée (bigs) et stockée aussitôt sous hangar, y compris en reportant d'un jour ou deux la suite de la moisson.
Les 180 places d'engraissement permettent de sortir 200 bovins par an, autant de mâles que de génisses de préférence de race Charolaise (rapport qualité-prix, bonne valorisation des céréales, faciles à manipuler). L'éleveur fait appel à des fournisseurs attitrés pour son approvisionnement. Le poids à l'arrivée (systématiquement vérifié) oscille entre 280 et 300 kg. Les mâles partent le plus souvent en vif vers l'Italie. Les génisses (avec une viande claire) sont aussi destinées à l'exportation. Quelques animaux partent en vente directe.


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