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Volailles : Le marché guide les mises en place
 
La fin d'année 2005 et surtout le début 2006 se sont traduits par des restrictions importantes de production pour les adhérents de Coopagri Bretagne. "Au niveau national, les mises en place de dindes ont régressé en moyenne de 6 % par an durant les 5 dernières années, soit au total 30 % entre 2001 et 2005", explique Olivier Sionneau, responsable volailles de la coopérative. Chez Ronsard, principal débouché de Coopagri, la tendance suit l'évolution nationale, avec une baisse de l'activité dinde de 4,8% en 2005. Le début 2006 reste très tendu avec des vides sanitaires de 40 jours depuis mars. La difficulté de cette production, c'est la longueur du cycle. Dans un lot commandé en juin, le dernier dindon ne sortira que fin novembre.
L'atout du poulet fumé
Le marché du poulet est plus réactif. L'année 2005 a été meilleure que 2004 avec une hausse des mises en place de 12 % mais le début de 2006 a été très tendu avec une baisse de 36 %. Dès fin 2005, Ronsard a réduit son activité de moitié. Les poulets non commercialisés en frais ont été congelés.
"L'atout de l'entreprise est d'être équipée pour transformer et vendre des poulets cuits et fumés. Au cours de la crise, Ronsard a donc réduit les mises en place et puisé dans ses stocks de poulets congelés pour les transformer en produits fumés. La situation est maintenant assainie et les mises en place peuvent à nouveau s'adapter à la demande", juge Gilles Dréan, directeur de Ronsard.
Anticiper
Toute la difficulté d'un abattoir est aujourd'hui d'anticiper. Il faut, avec quelques mois d'avance, ajuster les mises en place des volailles en fonction d'une demande que l'on cerne difficilement, en période de crise. Des mises en place trop importantes se transforment rapidement en stocks coûteux. Par contre, si la consommation repart et que les mises en place sont insuffisantes, certains marchés s'échappent, ou il faut faire appel à d'autres fournisseurs alors que les éleveurs subissent de longs vides sanitaires. Chaque groupement a sa politique. Coopagri et Ronsard ont décidé de jouer la prudence et de coller au plus près de la demande en gérant le minimum de stocks.

"Les difficultés de la filière volailles montrent la nécessité de fédérer toutes les familles dans une interprofession. Elle devrait à terme rassembler les maillons accouvage, alimentation animale, éleveurs (groupements et syndicats), abattoirs et distributeurs. La mise en route n'est pas facile, compte tenu de la position de la CFA", estime Jean Dano, président de la section volailles.
Progression du Hard discount
Les volailles de Ronsard sont présentes dans les hard-discount. D'où l'intérêt de l'étude de Jean-Luc Perrot, de la Chambre régionale d'Agriculture. Cette nouvelle forme de commerce a conquis 2 ménages français sur 3. En France, sa part de marché est de 14 % dans la branche alimentaire, loin derrière ce que l'on observe en Allemagne (entre 40 et 45 %). "La couverture du territoire français est inégale, elle reste faible dans l'Ouest, mais devrait progresser avec la mise en place des plateformes logistiques. L'Ouest a une carte à jouer, car les magasins se rapprochent des zones de production", explique J.L.Perrot

En volailles, la part de marché du hard-discount est de 12 %. L'assortiment diffère d'une enseigne à l'autre. "Leur offre s'oriente de plus en plus vers les produits élaborés. Ils aiment les prix et les poids fixes et utilisent bien les notions de prix psychologiques. À produit comparable, le hard-discount est moins cher grâce à l'optimisation des coûts de logistique et de mise en rayon,"déclare J.L. Perrot.
Accélérateur de mondialisation
"Les fournisseurs sont aujourd'hui 100 % franco-francais mais jusqu'à quand ?", s'interroge l'économiste. "Le caractère frais ou ultra-frais des produits de volailles et notre organisation logistique constituent une bonne protection face à une concurrence élargie. Pourtant, il ne faut pas exclure, à terme, un approvisionnement de l'Union européenne. Le hard-discount est un accélérateur de mondialisation".

Les facteurs-clés de succès concernent tous les maillons de la filière. Le produit, de qualité, doit avoir fait ses preuves, avec un prix optimisé par des efforts partagés. Enfin l'organisation industrielle et logistique s'appuient sur la simplification des références, la compression des coûts et la massification. La production de volailles du Grand Ouest a des atouts : ses volumes, son caractère ultra-frais, son organisation logistique. Mais elle a aussi des points à cultiver : l'innovation produit, le savoir-faire marketing.

Patrick Bégos


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