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L'OMC, c'est une vieille histoire de 50 ans. On appelait cela Gatt, par le passé. Une histoire à la "je t'aime, moi non plus" qui commence entre deux partenaires, les USA et l'Europe, et qui s'ouvre aujourd'hui à toute la planète.
La première rencontre de l'agriculture européenne avec cette noble idée devant conduire à l'enrichissement mutuel des peuples, a lieu en 1960.On peut dire que cette première rencontre ne se passe pas trop bien puisque la Communauté européenne se laisse berner par la proposition des USA, manigancée par de puissants lobbies entremetteurs.
En laissant rentrer du soja à droit zéro sur son territoire, l'Europe s'agenouille déjà devant l'oncle Sam. "Cet accord, on l'a payé très cher, notamment qu'en, 1971-72, l'embargo américain a privé l'Europe de soja pendant quelques mois. Une situation qui a failli mettre l'élevage en péril", a rappelé Xavier Beulin, invité à un échange avec les adhérents de la FDSEA du Finistère. "Sans parler de notre dépendance en protéines que cette leçon a cependant conduit à réduire à 70-75 % des besoins".
L'Europe ira jusqu'au bout
D'aucuns considèrent aujourd'hui que l'Europe n'a toujours pas compris la leçon et qu'elle joue encore la jeune naïve devant les vieux roublards. "Le fait d'avoir mis en place les aides couplées à la production en 1992 a été du pain béni pour nos détracteurs", analyse X. Beulin. Propos qu'il faut traduire : les aides à la production étant dans le collimateur de l'OMC, cette première réforme de la Pac s'est avancée comme un flagrant délit pour obliger l'Europe à repenser son système de soutien à l'agriculture. D'où les DPU actuels. Et ce n'est pas fini. "L'Europe ira jusqu'au bout du démantèlement des aides à l'export. En deux étapes : la moitié en 2010 ; l'autre moitié en 2013".
Pour la FNSEA, cette ligne européenne qui consiste à se mettre tout nu le premier n'est pas forcément la meilleure stratégie. "D'accord, si les USA éliminent leurs aides déguisées à l'agriculture. D'accord, si le Canada et l'Australie arrêtent leur politique de monopole pour l'exportation qui se traduit par du dumping sur les marchés internationaux", dénonce le vice-président de la FNSEA.
Est-ce à dire que la fiancée Europe se fait tromper depuis 50 ans et qu'elle continue malgré tout à croire à l'idylle du grand marché mondial. Il y a des raisons d'y croire, comme le rappelle Christophe Hamon, directeur de Breiz Europe : "Il faut reconnaître que l'Union européenne a beaucoup profité de la libéralisation des échanges". Sans compter que cette ouverture des frontières est sans doute, comme la construction de l'Europe, fondamentalement inscrite dans l'Histoire…
Le paysan directement concerné
De là, à obtenir un accord pour le 31 juillet comme l'espère Pascal Lamy, le grand patron de l'OMC, ou mieux, avant la coupe du monde de football, cela risque d'être difficile. Si les partenaires veulent vraiment un accord, ce dont on peut parfois douter, ce serait le bon moment sachant que les partenaires de poids de cette négociation entreront prochainement dans un calendrier électoral qui inhibe toute décision.
Mais en quoi cette possibilité prochaine d'aboutir sur un accord change-t-elle la vie du paysan breton ? Une réduction des restitutions limite les exportations. De fait une partie de la marchandise se retrouve sur le marché intérieur entraînant la chute des prix à la production. La suppression des droits de douane permet quant à elle au porc américain ou au poulet brésilien d'envahir les rayons des supermarchés. Bref, c'est la compétitivité des exploitations agricoles qui est en jeu.
Le 31 juillet ou bien plus tard… Cette perspective d'un accord a plus ou moins long terme conduit le responsable de la FNSEA à prévenir les Bretons : "On a beau peser quelques centaines de truies ou quelques centaines d'hectares, individuellement on ne pèse pas lourd". D'où cette incitation à "renforcer les interprofessions et à regarder de près la contractualisation". Insister sur cette dernière solution en terre finistérienne, qui comme d'autres régions "préfère tirer un bon coup" que de planifier, comme l'exprime X. Beulin, tient presque de la mission évangélique…
Didier Le Du
Et la voie de la contractualisation…
Parler de contractualisation dans un département ardent défenseur du marché n'est pas une sinécure. Le vice-président de la FNSEA, par ailleurs président de la Fop, s'appuie sur sa propre expérience dans l'huile végétale (rachat de Lesieur) pour montrer qu'il faut regarder de près cette possibilité.
"Mon obsession a été de déconnecter la production d'oléagineux du marché mondial du soja et d'aller le plus loin possible dans la transformation", dit-il, précisant qu'un cahier des charges bien ficelé permet aux différents maillons de se partager les marges de rentabilité. Une démonstration qui n'a semble-t-il pas convaincu Gilles Tanguy, producteur de porc, qui ne croit pas que "la filière verticale est la meilleure des solutions". Vaste sujet…
Sera-t-on riche un jour ?
Derrière l'OMC, c'est l'accès au grand marché mondial pour tous. Avec cette perspective que, d'ici à 30 ans, la production agricole actuelle devra être multipliée par 2,5 à 3, boostée aussi par la demande croissante en bio-énergies qui ne manquera pas de créer un tirage entre consommation animale et énergie. Alors, aubaine pour l'agriculture européenne ? "Cette situation de forte demande peut faire en sorte que la production de matière première devienne rémunératrice. Ce n'est pas impossible", dit X. Beulin.
Guillaume Roué, président d'Inaporc, se veut plus mitigé. "On nous prédit une pénurie de viande au niveau mondial. Mais sachant que nous avons les prix de production les plus élevés, nous avons aussi les prix de vente les plus élevés". Une façon de dire que le nivellement risque, en partie, de se faire par le bas. Le vice-président de la FNSEA s'accorde sur ce point : "Dans nos actes quotidiens – dans les magasins –, nous sommes libéraux en cherchant le prix le plus bas, mais au niveau de nos entreprises nous sommes conservateurs d'un système".
Pour sa part, l'industriel de la volaille Charles Doux, rappelle une réalité que vit chaque jour les exportateurs : les distorsions monétaires. "L'aspect monnaie est fondamental dans les négociations de l'OMC. Je dirais même qu'il est sans commune mesure avec les droits de douane". Et de lancer : "S'il y a un arrêt effectif de restitutions et une ouverture totale des frontières, en volaille, la messe est dite…".
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