|
Plus de 80% des installations se font sous forme sociétaire dans le Morbihan, dont plus de 50% en gaec. Ces gaec sont en très forte majorité des sociétés familiales (surtout père fils). Au départ d'un des sociétaires (souvent les parents), le problème du remplacement se pose. Nouvel associé ou salarié ? On constate que trouver un nouvel associé tiers n'est pas facile.
Peu de candidats à l'association
Le répertoire départ-installation (RDI), tenu par l'Adasea a pour objectif de recenser et mettre en relation les cédants (y compris les départs d'associés) et les personnes en recherche d'exploitation. En moyenne chaque année dans le Morbihan, le RDI reçoit une centaine de candidatures à l'installation et un peu moins d'offres. La rencontre de l'offre et de la demande permet une dizaine d'installations par an.
Mais, on constate que la très grande majorité des candidats à l'installation recherchent une exploitation individuelle. Il est vrai qu'il n'y a pas non plus beaucoup de sociétés en recherche d'un nouvel associé. L'an dernier, le RDI en a recencé 17 dont 11 en remplacement d'associé, 4 pour transmission progressive et 2 pour avoir un associé supplémentaire. Pas facile dans ces conditions d'avoir une adéquation, en particulier qualitative, entre l'offre et la demande.
Pour tenter d'en expliquer les raisons, l'Adasea avait fait appel à Alice Barthez, sociologue à l'Inra, et qui a réalisé une étude sur l'installation sociétaire entre tiers.
Les offres ne trouvent pas de candidats
La majorité des cas étudiés par la sociologue sont des (ex) gaec entre parents (père fils) qui recherchent un nouvel associé pour remplacer le père. Ces sociétés "familiales" deviendraient ainsi des sociétés entre tiers. Elles ont peu de candidats et quand il y en a, "souvent ils ne font que passer".
En enquêtant sur ces situations, la sociologue s'est aperçue que l'échec venait le plus souvent d'une perception très différente des choses. Le plus souvent, l'associé qui reste a une perception très "patrimoniale" et un bien n'a pas d'équivalence en argent. Il y a en clair, "une impossibilité de partager pour des raisons familiales un bien qui vient des parents. Les relations de parenté ne sont pas des relations d'affaires mais de patrimoine et cela n'a pas le même sens. On a affaire à deux univers sociaux différents. De plus souvent les anciens associés ont peu rémunéré leur travail, développant d'autant plus le patrimoine, d'où une reprise élevée. C'est donc souvent inconciliable".
La difficulté ne vient pas seulement de l'ancien associé, mais aussi souvent des éventuels candidats qui ont des arguments et des exigences parfois loin des réalités "agricoles" : "Ils veulent savoir combien on gagne, les temps libres, les vacances …"
Venant de l'extérieur, les exigences et les "conditions" ne sont pas les mêmes.
Encadrer les relations
Pour Alice Barthez, la solution à ces difficultés passe par un encadrement de l'offre et de la demande.
Il faut aider l'ancien associé à décrire son projet pour savoir s'il veut un associé ou un salarié, avec les conséquences économiques qui en découlent : "Il faut clarifier la nature de l'offre, définir le poste de travail. Si initiatives et responsabilités ne sont pas proposées, c'est dissuasif pour un candidat à l'association. Il faut ensuite établir le profil du candidat."
Pour les candidats, souvent issus du salariat, il est également important d'avoir une connaissance objective de la situation : "Je préconise un entretien approfondi avec eux, car il y a parfois beaucoup de rêves faux alors qu'il faut de l'objectivité".
Pour la sociologue, l'important n'est pas seulement le projet économique : "Il faut que tous les projets économiques soient porteurs d'un projet de vie et parfois il faut des projets économiques moins viables mais plus vivables".
Jean Louis Le Rest
|
|