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J’étais spécialisé dans la production de pommes de terre depuis 1976, date de mon installation. J’ai subi de plein fouet la crise en 1992 » déclare Bernard Colin agriculteur à Brélès. Après le départ d’un salarié, à 50 ans, Bernard se pose des questions économiques et de temps de travail. Doit-il renouveler son matériel ? « Depuis 1996, je lis beaucoup de revues et d’ouvrages qui traitent d’agronomie et de travail du sol. Je m’intéresse particulièrement aux techniques culturales simplifiées que j’ai commencé à appliquer depuis 2000. Mon objectif est bien sûr de gagner du temps et de faire des économies mais aussi d’améliorer la structure de mon sol et de limiter l’érosion. »
15 jours au Brésil
Seul sur son exploitation, Bernard est conscient de la nécessité de voir ailleurs et de s’enrichir de l’échange avec les autres. Il s’implique ainsi dans un groupe régional animé par Jean-Philippe Turlin des chambres d’agriculture de Bretagne, adhère à l’association Base et rencontre des agriculteurs comme Jean-François Sarreau qui applique les TCS à Landeleau (29) depuis 1991. C’est ainsi qu’il s’envole pour le Brésil en 2003 pour 15 jours. « J’ai eu un choc. Je me suis dit : « nous avons 30 ans de retard ». Bien sûr, le Brésil n’est pas la France. Les conditions climatiques et sociales sont tout autres. Mais ce qu’ils arrivent à faire est très surprenant. Ils pratiquent le semis direct depuis la fin des années 70. Ils sèment sans aucun travail préalable, ne laissent jamais un sol nu et raisonnent par cycle de rotation de cultures. Dans une terre rouge et très friable, ils arrivent à obtenir d’excellents rendements et stoppent l’érosion des sols » s’enthousiasme Bernard.
Ne pas brûler les étapes
De retour en France avec des images plein les yeux et des idées plein la tête, le Finistérien décide de vendre une partie de son parc matériel et de s’équiper d’un semoir pour semis simplifié. «J’ai compris que pour travailler moins ; il fallait laisser faire le sol. Pour cela, il faut appliquer des règles essentielles : couvrir de façon permanente les sols, sélectionner des engrais verts ou cultures intermédiaires qui favoriseront la culture suivante. » Bernard Colin concède que son changement de cap agronomique a eu pour conséquence une baisse des rendements, atténuée par une baisse des charges. « J’ai voulu aller trop vite. Il ne faut pas brûler les étapes. La première année, tout s’est bien passé, mais la deuxième année j’ai rencontré un gros problème de multiplication de limaces. Je pense qu’il faut laisser 5 ans à l’homme et au sol pour s’adapter. Les TCS demandent moins de temps de travail mais plus de précision. En fait, c’est à la fois plus compliqué et plus intéressant » affirme l’agriculteur. Aujourd’hui Bernard Colin continue de progresser dans cette voie convaincu de son développement dans les années à venir. « Aujourd’hui, je passe moins de temps sur mon tracteur, et un peu plus à observer. Les TCS sont source d’économies importantes. Quand on sait à terme que les aides européennes vont être supprimées, c’est un élément qui donne à réfléchir. »
Pendant toute la période de transition, le gestionnaire de Bernard qui le suit depuis des années, l’a épaulé dans sa démarche. « Philippe a su me faire confiance et aussi rester vigilant quant à mon seuil de rentabilité. Il sait me dire non quand il le faut. C’est un partenaire de confiance. » Même s’il est convaincu de la démarche, Bernard Colin est aussi persuadé que les agriculteurs intéressés ne doivent pas se lancer seuls. « La technique est pointue, c’est trop lourd d’assumer le changement seul. Il faut savoir s’entourer et dialoguer avec d’autres. Il faut aussi se méfier des résultats de la première année, parfois trompeurs et savoir être patient » conseille-t-il.
Guy Lemercier
Cogedis
L’exploitation de Bernard Colin
120 ha – 1 UTH
35-40 ha de pommes de terre pendant 20 ans
Aujourd’hui :
10 ha de pommes de terre
50 ha de blé
45 ha de maïs
+ jachère
Introduction de colza et de petits pois en 2006
Activité d’Entreprise de travaux agricoles
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