Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
Sommaire | " LES DÉPARTEMENTALES " | 29 | Article n°6267 |
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Finistère (29)
Centre d'enfouissement de Plourin-lès-Morlaix : La contestation débouche sur une proposition
 
Jean-Claude Salaun, vice-président d'ADPNP – l'association de défense du patrimoine naturel de Plourin – maîtrise à fond le sujet. Déchet de classe 2, de classe 3, centre d'enfouissement, écométhanisation, thermoabsorbeur… tout cela n'a plus de secret pour lui. Sa volumineuse documentation et son ordinateur portable, gavé de photos et d'animations interactives pour éclairer le sujet, sont ses compagnons de mission. Une mission entièrement dévouée à démontrer que le projet de création d'un centre d'enfouissement de 25 ha sur la commune de Plourin-lès-Morlaix est "une aberration, une faillite à la réflexion".
Des agriculteurs inquiets
Dans le premier cercle de cette association, on retrouve "la majorité des agriculteurs de la commune" qui ont placardé l'entrée de leurs fermes avec des panneaux de refus à "l'euro-méthanisation" (jeu de mots !) et de refus de voir "Plourin transformé en poubelle". Des agriculteurs, parfois proches du site convoité par Veolia Environnement, qui ne veulent à aucun prix ce type de centre d'enfouissement à la porte de leur ferme. La FDSEA, relayée par Robert Baron, agriculteur de la commune élu au conseil départemental du syndicat, s'est également impliquée dans l'affaire. Tout comme la Chambre d'agriculture qui apporte son soutien en évoquant l’impact de tels projets sur l’activité agricole.
Pour les agriculteurs et plus largement l'association, il n'est en effet pas question d'accepter un tel projet d'enfouissement. Première raison invoquée : la situation géographique. "Il s'agit de parcelles vallonnées, cadrées par deux rivières, à proximité d'une pisciculture et entourées de 1 200 animaux d'élevage", martèle Patrick Hélary, éleveur. Et Jean-Claude Salaun de poursuivre : "Sachant que ce premier projet sur 25 ha sera inévitablement appelé à s'agrandir sur d'autres fermes voisines dans les années à venir ; que les ingénieurs du Cemagref affirment n'avoir aucun recul sur la technique ; que d'écométhanisation, il n'y a que le nom puisque les gaz recueillis sont difficilement valorisables". Bref, ce projet n'a, aux yeux des adhérents d'ADPNP, que de bonnes raisons de ne pas se faire.
L'alternative
du traitement
à la chaux vive
Cette association ne veut cependant pas en rester à son rôle d'opposition. Les déchets, ils existent, il faut donc les traiter.
D'où cette proposition de repenser le traitement des ordures ménagères. "À Lezay, dans les Deux-Sèvres, une usine de traitement à la chaux vive traite 100 000 tonnes par an (60 000 tonnes de déchets ménagers et 40 000 tonnes de boues, déchets verts, effluents…). Différentes opérations de tri et de criblage permettent de séparer et de piéger les objets ferrugineux, non ferrugineux, les plastiques, etc. Ensuite, un traitement physico-chimique, associant 1 t de déchets et 200 kg de chaux vive, permet une valorisation de 100 % des boues et 95 % des résidus organiques ménagers. Une partie de la valorisation se fait entre autres sous forme d'amendement pour les terres agricoles (28-30 % de chaux)", détaille le vice-président de l'association qui se veut rassurant sur la présence éventuelle de métaux lourds. "Les analyses sont toutes en deçà des normes admises".
Autre argument avancé par l'association : le coût de 65 †/tonne pour traiter les ordures ménagères et de 60 †/t pour les boues. "Comparativement, l'incinération tourne autour de 100 à 120 †/t et l'enfouissement entre 90-100 †/t".
La visite du site de traitement à la chaux vive de Lezay, dont l'emprise au sol est de 1,5 ha de surface pour traiter 100 000 tonnes/an, a manifestement séduit les membres de l'association. Seul bémol : "Nous n'étions accompagnés que d'un seul élu local". Une faible participation qui étonne encore l'association. "Hormis le vote du conseil municipal de Plourin qui évoque l'incompatibilité du centre d'enfouissement avec le Plan d'occupation des sols (POS) de la commune, les élus font le dos rond", résument les adhérents d'ADPNP qui soupçonnent "un enchevêtrement d'intérêts politico-économiques" susceptible d'expliquer le rideau de fumée opaque qui entoure "le projet privé de Plourin-lès-Morlaix et plus généralement la politique publique de traitement des déchets ménagers"…

Didier Le Du

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Date de l'article : semaine du N° du 26 Mai au 2 Juin 2006
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