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Notre avenir est dans le pré, le débat organisé à l’occasion des Terralies qui se déroulent ce week-end, samedi 27 et dimanche 28 mai au Parc des expositions de Brézillet à St Brieuc, aurait sans aucun doute mérité une assistance plus fournie. Le thème sur les utilisations non alimentaires des produits, et des déchets issus du milieu agricole faisait intervenir des spécialistes dans différents domaines : énergies, carburants, emballages, extraits naturels de plantes.
De multiples enjeux
Gilles Petitjean, délégué régional de l’Ademe, a d'abord fait un tour d’horizon de la ressource, mettant en parallèle les utilisations possibles : cultures céréalières pour les adhésifs, les colorants, les nettoyants, les solvants, l'énergie…; les oléagineux (colza, tournesol …) pour les carburants, les cosmétiques, les détergents, les encres … ; le bois pour les combustibles, les matériaux d’emballage, le collage, l'éco-construction, les isolants … ; les plantes colorantes, aromatiques ou médicinales pour les additifs alimentaires, les parfums, les produits de beauté et les huiles essentielles. Sans oublier les possibilités dans le secteur de la production d'énergie de la valorisation des déchets végétaux ou animaux.
Il met aussi en évidence la demande énorme que le développement de toutes ces voies pourraient engendrer. Il l'évalue entre 6 à 7 millions d’ha. Pour le délégué régional, " les enjeux sont à la fois énergétiques avec la nouvelle flambée pétrolière et les besoins sans cesse croissants des pays émergents (Chine, Inde, Brésil) ; environnementaux car l'Etat a fixé des objectifs relativement ambitieux (- de 2 % pour le rapport consommation d’énergie/PIB, 21 % d’énergie renouvelable à l ‘horizon 2010, augmentation de 50 % de la production de chaleur d’origine renouvelable) ; économiques dans la mesure où ces nouvelles voies devraient aussi être génératrices d’emplois".
Biocarburants
Jean Pierre Stéphan, directeur de l’institut supérieur des technologies automobiles à Ploufragan, Bernard Mompon, directeur du Centre technique Archimex à Vannes, spécialisé dans les extraits naturels, et Thierry Vallet, chef de projet Breiz-Pack, (réseau des industriels de l’emballage) ont quant à eux apporté des témoignages concrets.
Ainsi Jean Pierre Stéphan a rapidement décortiqué les filières d'utilisation des productions agricoles comme carburants, filière éthanol et filière huile végétale, en fixant les avantages et les limites. Il cite pour l'éthanol son plus fort rendement par rapport au carburant avec des émissions de CO2 réduites de 60 %, mais aussi l'impossibilité de l'utiliser pur à des températures inférieures à 10°c. L'utilisation ne peut donc se faire à très fortes doses qu'avec de moteurs spécifiques et en s'appuyant sur des artifices de démarrage.
La filière huile végétale offre également des possibilités, surtout dans une utilisation associée à de l'alcool méthylique pour donner du Diester. Il permet d'obtenir un carburant aux caractéristiques comparables au Gas-oil avec des émissions de CO2 inférieures de 70 %. Pour des mélanges à faible teneur (10 %), l'utilisation ne pose pas de problèmes particuliers. A de très fortes teneurs ou pur, elle nécessite quelques modifications du moteur. Il conclut sur les aspects réglementaires et sur les orientations qui laissent quelques espoirs puisque les objectifs sont un taux d'incorporation de 5,75 % de biocarburants dans la valeur des carburants dès 2008, de 7 % en 2010 et de 10 % en 2015. L'objectif 2008 correspondrait à 2 millions d'ha. Par ailleurs des engagements des constructeurs à brève échéance (2009) vont aussi dans le sens de meilleures possibilités d'utilisation des biocarburants dans les nouveaux véhicules construits.
Ingrédients et emballages
Bernard Mompon met en exergue l'importance de la place des ingrédients issus des produits agricoles ou naturels dans les secteurs de la cosmétique et de la santé, et de la chimie fine. Une filière qui ne concerne pas moins de 16 000 personnes en Bretagne. Indispensables, ils sont présents dans tous les secteurs de l'alimentation à la pharmacie.
Autre secteur concerné par l'utilisation non-alimentaire des productions, les emballages. Aux côtés des verres, métaux et plastiques, une place non négligeable est déjà occupée par la cellulose, le papier carton et le bois. Ces derniers pourraient voir leur part de marché croître, même si dans l'immédiat l'aspect coût constitue un certain frein. Mais demain, avec un prix du pétrole probablement plus élevé, les exigences liées au recyclage, les produits dits biodégradables pourraient devenir compétitifs.
En conclusion, s'il demeure encore difficile d'évaluer la portée réelle de toutes ces voies, il apparaît évident que des opportunités vont se présenter. Se posera aussi la question, plus politique et plus éthique, de la concurrence entre ces nouvelles utilisations et la vocation traditionnelle de l'agriculture de nourrir le monde.
Pierre Dénès
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