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Promener une vache de 700 kg ou une broutarde de 8 mois comme un petit chien. Cette manipulation ne tient pas de la prouesse physique mais de la finesse d'un dressage rondement mené, comme le démontre Benoît Souvignet, éleveur de Limousines dans le Cantal.
90 % de "dressables"
Peut-on domestiquer des génisses de races à viande en une demi-heure ? "Oui", répond sans hésiter Benoît Souvignet, maître dans l'art du dressage bovin, comme son père, Michel. "Il y a toujours une partie des animaux qu'on ne parvient pas à dresser. Ils représentent environ 10 % d'un troupeau", ont-ils répondu à la vingtaine d'éleveurs de vaches allaitantes en formation "manipulation des bovins", organisée par les syndicats de races et Bovins Croissance sur la ferme de Kerlavic.
La cause de cette insoumission bovine ? "Trop de nerfs". La raison de ce trop-plein d'énergie ? "Il faut rechercher du côté de la génétique. Tous les éleveurs ont des souches à fort tempérament", commente ce Cantalou. Ce capital génétique après lequel on ne court pas, mais qui fait courir l'éleveur est transmis par la mère et par le père. D'où la nécessité de sélectionner ses animaux sur ce – mauvais – caractère qui apparaît comme assez héritable. Un commentaire qui appelle cette question d'un éleveur : "À quand un index "tempérament" pour les taureaux d'insémination ?".
La méthode de dressage appliquée par MM. Souvignet repose sur une technique rigoureuse et toujours identique :
• Étapes préalables :
1 - Barricader un box de 12 m de long sur 3 m de large.
2 - Être calme : celui qui est pressé et veut finir avant de commencer doit s'abstenir. "Il faut également du feeling avec les animaux. Autrement dit, il faut être animalier. L'animal sentant fort bien la peur de l'éleveur ou son énervement".
2 - Attacher les animaux à dresser deux journées consécutives, voire 3 si nécessaire (S'agissant de génisses d'un même box, elles peuvent être attachées côte à côte aux barrières. L'idéal est d'intervenir au moment du sevrage car l'animal est alors en recherche de nouveaux repères).
• Le dressage :
1 - Mettre l'animal en confiance : mettre à plat la main sur l'épi (point sur le dos où les poils changent de sens d'implantation).
2 - Lui faire gagner le box de dressage (l'animal est mené au licol)
3 - Lui apprendre à marcher et à respecter le bâton : "Je marche 1 m devant et je lui tape sur la zone nez-chanfrein s'il cherche à me dépasser. Au bout de quelques coups mesurés, l'animal s'arrêtera à la simple vue du bâton placé à la transversale de sa tête."
4 - Lui faire faire le tour du box plusieurs fois jusqu'à maîtrise totale (dans les angles, tourner avant l'animal) : "C'est l'éleveur qui donne l'ordre"
5 - Quand l'animal est maîtrisé : le conduire de la même manière dans un espace plus grand d'environ 10 m de côté (ex. : un hangar ; un enclos).
6 - L'animal obéit parfaitement aux consignes ? C'est le moment d'aller le promener à l'extérieur.
7 - À ce stade (une demi-heure maxi s'est écoulée), l'animal est dressé à vie. "Je connais un éleveur qui dresse ses animaux de la sorte à 8 mois d'âge et qui peut ensuite repasser le licol quelques années plus tard, sans autre intervention. Tout se passe comme si l'animal avait été dressé la veille", cite B. Souvignet.
8 - Pour ceux qui participent aux concours : habituer l'animal aux bruits (radio) et à des lieux inconnus.
9 - En récompense : laver l'animal au tuyau d'arrosage… il vous remerciera pendant 10 ans.
En pratique
Ce qu'il faut faire
- Aborder l'animal par l'avant ou par le côté, au niveau de l'épaule.
- Un animal qui s'excite dans un système de contention peut être calmé si on lui masque les yeux, à condition que, simultanément, il puisse repérer la présence proche d'autres animaux et de l'homme.
- Le premier sens, c'est toucher : habituer les animaux au toucher dès le plus jeune âge, chercher à familiariser au contact de la main.
- Préférer des vêtements aux couleurs neutres.
- Avoir la même odeur que d'habitude : se laisser flairer régulièrement par ses animaux.
- La vue de ses congénères rassure l'animal.
- Parler à ses animaux : une voix "normale" permet d'obtenir un phénomène de mise à l'écoute ; un haussement de voix : l'animal est plus réceptif et attend un ordre.
- Utiliser la gourmandise : "Le seau de concentré fait avancer plus vite que l'aiguillon".
Ce qu'il ne faut pas faire
- Aborder un animal par l'arrière : comme il ne voit pas bien derrière lui, il protége son espace vital comme il peut : c'est le coup de pied !
- Le passage d'une luminosité assez forte à une zone d'ombre le fera hésiter : par exemple, sortir d'un hangar par temps ensoleillé.
- Éviter les effets de surprise : une personne inconnue, un son inhabituel, etc.
- Le toucher doit se faire sans tâtonnement, ni effleurement. Ces gestes superficiels ont pour effet de provoquer un frissonnement sur tout le corps de l'animal et d'induire des réactions souvent brutales.
- On relate souvent des cas d'agression vis-à-vis d'un éleveur qui a modifié son odeur caractéristique habituelle par un parfum ou une imprégnation de gasoil.
Didier Le Du
(1) Contact : Gaec Souvignet, Plouzatel, 15100 Villedieu – tel/fax : 04 71 73 05 86 – e.mail : michel.souvint@cario.fr
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