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Parcelles et variétés
 

Parcelles et variétés
Limiter les risques

L’année 2000 nous rappelle quelques éléments simples permettant de limiter les risques d’une culture de maïs. En effet, certaines parcelles situées en bordure de cours d’eau sont inadaptées au maïs. D’autres décisions comme le choix des variétés peuvent également influencer la réussite de la culture.

L’année 2000 aura été «usante» pour la conduite des opérations culturales. Depuis quelques années, le maïs est dans le collimateur de nombreuses associations et administrations ayant comme préoccupation la protection de l’environnement. Plus récemment, ces dernières semaines, le maïs a été cité comme l’une des causes, voire comme le facteur aggravant des inondations en Bretagne.

Tous ces éléments donnent l’occasion de s’interroger sur les adaptations indispensables. Le moment est opportun pour réfléchir à des modifications d’assolement, de pratiques culturales. Faut-il continuer à mettre du maïs partout ? Comment choisir les parcelles, les variétés ? Rapide tour d’horizon avec Yves Miossec, Ingénieur à la Chambre d’Agriculture du Finistère.

Des parcelles inadaptées au maïs

Dans un certain nombre d’exploitations hors-sol, les vaches allaitantes ont constitué une solution pour l’utilisation des prairies basses. Mais avec les contraintes liées à ce type d’élevage, quelques éleveurs ont préféré faire marche arrière et ensemencer ces terres en maïs.

Il est clair que dans les zones proches des cours d’eau ou partiellement inondables, le maïs doit être exclu car les aléas climatiques peuvent poser problème pour les semis de printemps et lors des récoltes d’automne. Il faut également exclure les zones à portance limitée. Les milliers d’hectares non-récoltés cette année illustrent bien cet impératif.

La démarche engagée dans les bassins versants avec classement des parcelles à risques vis à vis de l’environnement en fonction de la proximité des cours d’eau, de leur pente... apporte également un élément de réponse. Si la surface de l’exploitation permet d’éviter d’ensemencer en maïs des parcelles classées en risque fort, ce ne sera que mieux.

«Dans les choix d’assolement et de rotation, le gel peut être considéré comme une culture», souligne Y. Miossec. On peut le réserver aux parcelles où les risques sont les plus élevés. Mais les contraintes sont souvent propres à chaque exploitation. Les terres pro-ches des bâtiments sont souvent consacrées au pâturage du troupeau laitier et les terres plus éloignées aux cultures. Ce qui peut conduire à des
rotations maïs/blé voire maïs/maïs. L’essentiel est ensuite d’adapter les pratiques aux parcelles.

Chaleur et eau

Le maïs a besoin de chaleur et d’eau. «Il se caractérise par des exigences en somme de températures utiles supérieures à 6° C et par des besoins en eau particulièrement entre les stades floraison mâle et remplissage du grain», explique Y. Miossec. Pour produire 12 tonnes de matière sèche/hectare, il faut en moyenne 6 000 m3 d’eau.

En dehors de ces quelques exigences, le choix des parcelles demeure ouvert. Bien entendu, les zones ensoleillées avec des terres qui se réchauffent vite sont plus adaptées à cette culture. Les zones froides et humides pourront être ensemencées plus tardivement avec des variétés précoces. En maïs fourrage, la distance par rapport au silo est aussi un élément à prendre en compte car il faut prévoir plus de remorques.

La précocité des variétés

Depuis quelques décennies, les firmes ont beaucoup travaillé et les variétés ont progressé par rapport à celles d’hier. Ceux qui ont connu les débuts du maïs en Bretagne dans les années 60 peuvent mesurer le chemin parcouru. «Les avancées de la sélection ont été très nettes, en terme de précocité, de tenue à la verse, de productivité, de résistance aux maladies».

Dans la démarche de choix des variétés, Yves Miossec place la précocité comme l’un des tous premiers critères. Celle-ci demeure en effet une sécurité et elle est d’autant plus importante que l’on commercialise du maïs grain sec.

Certes, on peut observer une différence de productivité de l’ordre de 5 à 10 q entre le groupe 10 des variétés très précoces et le groupe 11 des précoces. L’écart peut même atteindre 20 q par rapport au groupe 12 mais «le choix de variétés tardives fait prendre des risques en Bretagne, sans obtenir obligatoirement une valorisation».

Tenue à la verse et productivité

La tenue à la verse est également un critère important. Même si le matériel de récolte est aujourd’hui plus performant, la verse d’une culture de maïs provoque encore des pertes de rendement et un risque de salissure du produit ensilé. Ce qui peut ensuite entraîner des conséquences dans l’alimentation des bovins et la qualité du lait.

Autre critère dans le choix des variétés : la productivité. «Dans un même groupe de précocité de variétés, par exemple le groupe 10 , la productivité peut varier de 10 % entre les variétés extrêmes, selon les essais AGPM-ITCF réalisés en grande parcelle», déclare Y. Miossec. Il est donc souhaitable d’être vigilant à ce critère.

Plusieurs autres critères peuvent être pris en compte : la vigueur au départ mesurée visuellement dans les premières semaines, la résistance au charbon des inflorescences avec si possible une note inférieure à 7.

La digestibilité du maïs est un critère contrôlé et répertorié depuis deux ans. «Il est intéressant de le retenir s’il y a au moins deux points d’écart entre deux variétés. Il faut surtout écarter les variétés hors normes. Le critères années et zone climatique ont souvent autant d’incidence,» note Y. Miossec.

Dans le choix des variétés, il est préférable d’être prudent et d’en retenir plusieurs de manière à étaler les risques, en fonction de ses propres contraintes d’exploitation, du parcellaire, des conditions et dates de semis.

Variétés nouvelles ou pas ? Il peut y avoir un écart de l’ordre de 200 F/ha entre le coût d’une variété nouvelle et d’autres plus classiques. Toutefois, il est intéressant d’en retenir une régulièrement, notamment pour visualiser son adaptation et sa productivité dans les conditions propres à l’exploitation.

L’association de variétés

Une autre technique consiste à associer deux variétés dans une même parcelle pour bénéficier d’une meilleure tenue globale à la verse. Pour profiter à plein de cet avantage, les variétés seront alternées rang par rang. C’est un élément sécurisant dans les parcelles les plus exposées.

Dans tous les cas, il est souhaitable de conserver les sacs de semences pour avoir les références des lots en cas de problèmes.

Gel de septembre

Les aléas climatiques, comprennent aussi le gel de septembre qui constitue un risque majeur alors que la plante est toujours en végétation. En effet, le gel bloque toute évolution de la plante, ce qui peut être dommageable si le taux de matière sèche est à 25-26 %. Par contre, un gel après l’apparition du point noir (fin des migrations) aura peu de conséquences sur l’évolution du grain, car le taux de matière sèche est alors à 35 %.

Pour limiter les risques de gel en septembre, il est préférable de semer de bonne heure en terre bien ressuyée. et de choisir une variété dans un indice en rapport avec la zone. A titre d’exemple, le déficit de température base 6°C de l’année 2000 par rapport à la décennie 1990-2000 est de 200°C, ce qui est important dans la mesure où l’écart entre les choix extrêmes de variétés est de 100°C. La marge de manoeuvre est donc limitée.

D’autres techniques comme l’adaptation des densités de semis, l’appoint de l’engrais starter et une bonne préparation du sol pour faciliter son réchauffement pourront également contribuer à la bonne implantation et au développement de la culture du maïs.


Lutte contre les adventices :

A flore diversifiée, traitement adapté

Avec la baisse des doses d’atrazine, la flore des cultures de maïs se diversifie. Nouvelles molécules, traitement en plein et traitement sur le rang avec ou sans atrazine, binage, hersage : il existe un panel de solutions pour bien désherber tout en protégeant l’environnement. Tour d’horizon avec René Diverrès de la Chambre d’Agriculture du Finistère.

L’observatoire de la flore en Bretagne met en évidence une diversification des adventices dans les maïs. «La flore traditionnelle que l’on retrouvait dans les parcelles dans les années 1980-85 était surtout constituée de morelles noires, de chénopodes, de renouées. Cette flore est aujourd’hui remplacée par des plantes sensibles à l’atrazine», explique René Diverrès, de la Chambre d’Agriculture du Finistère.
En effet, suite aux arrêtés limitant les doses d’atrazine à 1 500 g/ha puis 1 000 g/ha aujourd’hui voire zéro dans certaines situations, la fréquence des plantes sensibles a progressé. Les principales plantes que l’on rencontre aujourd’hui dans le maïs sont : le pâturin annuel, la stellaire intermédiaire, les véroniques, matricaires, pensées, renouées des oiseaux, mercuriales, arroche étalée, fumeterre, séneçon vulgaire....
«La diversité est plus importante et la répartition différente avec des plantes qu’on retrouve toute l’année, si bien que la flore adventice du maïs se rapproche de la flore de céréales».

Globalement depuis quelques années, il y a moins de graminées estivales mais celles-ci ont un pouvoir d’explosion considérable. Dans le Sud Bretagne, elles ont fortement diminué. On peut se permettre d’attendre avant de traiter et au besoin utiliser des produits de post-levée par la suite. Dans les régions où ces plantes sont traditionnelles, les agriculteurs ne prennent pas de risques et traitent préventivement.

L’apparition de produits actifs en post-levée (Mikado, Milagro, Titus, Basis) modifie un peu les données mais les solutions sont très techniques (spectre étroit et identification indispensable des adventices au stade 2-3 feuilles). Les sulfonylurées sont intéressantes sur sétaires et panics mais peu efficaces sur digitaires. Il faut donc associer des produits. «Les traitements de prélevée restent la base dans les régions historiquement contaminées en graminées estivales, d’autant plus que de nouvelles matières actives à spectre antidicotylédones plus large ont fait leur apparition».

L’intérêt d’une petite dose d’atrazine

«Désherber son maïs sans atrazine, c’est possible mais c’est plus technique et c’est plus cher», explique René Diverrès. Tous les essais vont dans le même sens, l’ajout d’une petite dose d’atrazine est bénéfique dans toutes les situations, pour améliorer l’efficacité des autres désherbants et pour en limiter le coût. La note d’efficacité augmente de deux points en présence d’atrazine (voir tableau 1).

On constate en effet une synergie entre l’atrazine et la plupart des autres désherbants et l’ajout de simplement 500 g d’atrazine (1 litre de produit commercial) permet de diminuer la dose des autres produits (de 20 à 50 %) ou de compléter leur spectre d’action.

Il y a deux situations où l’on ne peut pas ou ne veut pas mettre d’atrazine :

- les parcelles concernées par l’arrêté atrazine soit toute parcelle culturale à moins de 15 m d’un cours d’eau, point d’eau ou plan d’eau figurant sur une carte IGN au 1/25 000. Sur ces parcelles, l’atrazine est interdite.

- les parcelles à risque fort de ruissellement de produits phytosanitaires tels que définies dans le classement des parcelles à risques des bassins versants de Bretagne et étendu depuis aux CTE. Dans ces parcelles, on s’interdit volontairement de mettre de l’atrazine pour éviter son passage dans l’eau.

Plusieurs stratégies possibles

Depuis deux ans, de nouveaux désherbants sont apparus, ils élargissent de façon importante le choix des stratégies, surtout sur dicots. Aujourd’hui, le désherbage en un seul passage est possible mais c’est un pari sur l’avenir.

1- En présence de graminées estivales, tabler sur la prélevée

Le choix des produits de prélevée est important. Cela va du moins cher (Lasso et produits banalisés à base d’alachlore autour de 150 F/ha) à des produits plus complets pouvant coûter 350 F/ha. «Ces produits ont l’intérêt d’être actifs sur pratiquement toutes les graminées annuelles rencontrées : panic pied de coq, digitaires, sétaires, panic dichotome, pâturin annuel, (ce qui n’est pas le cas de tous les produits de post-levée). Ils sont efficaces sur un certain nombre de dicots, notamment celles résistantes à l’atrazine», note R. Diverrès. Cette efficacité est très variable d’un produit à l’autre. Le pari va porter sur le fait que le traitement de prélevée aura ou n’aura pas besoin d’être rattrapé.

Première option : je parie sur un seul passage.

Le sol est humide et je pense que les levées de mauvaises herbes seront groupées et qu’il n’y aura pas trop de renouées, de mercuriales ou d’atriplex.

Dans ce cas, j’utilise un produit à large spectre, Diplome, Wing, Beloga S et je rajoute un antidicots de prélevée (Lagon- Acajou, Merlin- Emerode, Prowl 400...). L’utilisation de ces produits complétés par une dose d’atrazine de 500 à 1 000 g/ha coûtera de 350 à 500 F/ha. Si le pari est perdu, le rattrapage coûtera 150 à 250 F de plus.

Deuxième option : je vise d’entrée 2 passages.

Dans ce cas, il est préférable d’utiliser un anti-graminées moins coûteux (type alachlore) et de repasser systématiquement en post-levée avec un antidicots adapté à la flore. La dose sera modulée selon le stade et complétée sur graminées si nécessaire. L’atrazine, là où elle est autorisée, sera apportée en post-levée. Le coût total sera de l’ordre de 300 à 500 F. Il existe bien entendu des solutions intermédiaires.

2 - Sans graminées estivales, passer directement à la post-levée

Première option : je désherbe de bonne heure, à dose réduite.

C’est une option qui demande une grande disponibilité : observation fine des parcelles, identification de la flore, stades... mais aussi respect des conditions d’hygrométrie et de température. Moyennant quoi, il est possible de désherber son maïs à coût faible. Il est quand même prudent de prévoir un second passage, qui avec un peu de chance ne sera pas nécessaire. Le coût peut varier de 150 à 400 F/ha.

Deuxième option : je préfère attendre que les mauvaises herbes soient levées.

Dans ce cas, il n’est plus question de réduire les doses. Le choix du produit sera adapté à la flore. Il convient également d’être prudent car les matières actives de contact sont moins efficaces sur plantes développées, or c’est le cas de beaucoup de produits utilisables en post-levée. Le coût variera de 300 à 600 F/ha avec éventuellement une incidence sur le rendement du maïs. Les essais de l’AGPM ont en effet donné les résultats suivants :

- traitement de post-levée précoce rendement de 99 q/ha
- traitement à 7-8 feuilles du maïs : rendement de 89 q
- traitement à 9-10 feuilles : rendement de 56 q/ha.

Les parcelles à risque fort ou interdites d’atrazine

Deux passages sont nécessaires dans la plupart des cas. Un traitement de prélevée suivi d’un autre de post-levée constitue une sécurité mais le coût est plus élevé.

On peut traiter en prélevée avec un antigraminées éventuellement complété sur dicotylédones si son spectre est un peu étroit. Ce traitement devra dans la plupart des cas être complété par un rattrapage de post-levée. C’est une technique confortable mais coûteuse.

On peut par exemple utiliser Diplome ou Trophée (groupe 2) + Lagon ou Wing ou Frontière + Lagon avec un rattrapage selon la flore avec Mikado, Eclat, Basamaïs (gr. 2) éventuellement complétés sur graminées par Milagro, Cursus, Basis... Le coût présumé de tels programmes se situe entre 450 et 600 F/ha.

Deux passages en post levée, c’est moins cher mais plus contraignant

Le premier passage doit être très précoce, surtout en présence de graminées estivales. Dans ce cas, on traitera dès 1 à 2 feuilles des graminées. Les plus contrai-
gnantes sont les digitaires et notamment la filiforme qui n’est sensible qu’au Mikado. L’utilisation de sulfonylurées (Milagro, Cursus, Basis...) est indispensable sur sétaires, panic dichotome et compense l’absence de l’atrazine sur pâturin, ray grass et complète certains antidicots sur amarantes...

Les stratégies de post-levée précoce sont basées par exemple sur l’emploi de Milagro+ Mikado, Milagro + Basamaïs (groupe 2), Cursus + Emblem. Le rattrapage se fera avec l’une des solutions de post-levée précoce à une dose adaptée au stade des adventices ou simplement un antidicots adapté.

Le désherbage mécanique associé au traitement chimique

Le tout mécanique est très difficile à gérer. Il faut l’inclure dans un raisonnement global de succession de cultures et souvent trois passages sont nécessaires pour obtenir une propreté correcte. Une alternance herse étrille-bineuse est quasiment nécessaire. Sur 6 essais en 2 ans, la perte de rendement est de l’ordre de 17 % de matière sèche par rapport aux solutions classiques.

Une solution intermédiaire consiste à faire du désherbage mixte, bien connu maintenant avec le désherbage du rang en traitement chimique et binage de l’inter-rang au stade 3 à 5 feuilles du maïs. Avec cette technique, les rendements sont au moins équivalents au traitement chimique (108 % en 1999 et 102 % en 2000). Les résultats vis à vis de la protection de l’eau sont bons (dose divisée par 2,5 et limitation du ruissellement). Le coût du matériel et le temps passé sont deux freins à la technique, mais des solutions nouvelles progressent (voir article sur le binage à grande vitesse).

Autre possibilité : un passage traitement chimique puis désherbage mécanique ou l’inverse. Pour l’instant, il s’avère que l’association traitement chimique puis mécanique est plus performante et plus facile à gérer que l’inverse.
 

Patrick Bégos


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Date de l'article : semaine du N° du 23 Février au 2 Mars 2001
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