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Lors des négociations sur le prix du lait à l'automne dernier, le ministère de l'agriculture avait nommé M. Bénard comme médiateur pour essayer de trouver un accord entre les différentes parties. Rappelons qu'il a été directeur de l'Onilait et qu'il connaît donc bien le dossier laitier.
Ce qui a le plus frappé le médiateur au début des discussions, c'est le manque d'échanges posés et de vues à long terme: "On ne discutait que du quotidien et du très court terme, alors qu'il faut anticiper et se projeter dans l'avenir à échéance de plusieurs années". Au-delà de l'accord sur le prix du lait, il se félicite surtout du nouveau climat qui permet aux acteurs de la filière de discuter et pas seulement du prix à court terme.
La Pac, c'est fini
La possibilité de négociation pour faire évoluer les choses sera d'autant plus importante que l'organisation mondiale du commerce a en fait mis fin à la politique agricole commune pour la gestion des marchés : "La Pac c'est fini. Bruxelles n'interviendra plus ou peu sur les marchés et la France ne se substituera pas à l'Europe en ce domaine. Il restera le deuxième pilier (le développement rural) et la filière laitière doit y réfléchir car ce financement est conséquent".
Or il faudra trouver un système de gestion de crise et un minimum d'encadrement car on ne peut pas laisser le marché dans un esprit libéral complet : "La filière laitière sera-t'elle capable de mettre en place un outil pour la gestion des marchés laitiers ?"
Avant de fixer le prix, il fallait également se mettre d'accord sur ce que l'on entend par produit de grande consommation (PGC) et produits industriels, que M. Bénard appelle plutôt "produits de dégagement". Un accord a été trouvé pour dire que ces derniers sont limités à la poudre 0% et au beurre en cube, alors que jusque-là on y mettait un peu de tout.
Avec ces éléments, un accord a été trouvé pour un prix "économique" et non "politique" : "On est arrivé à un accord sur le prix du lait, mais on a aussi intérêt à faire en sorte que ce prix puisse évoluer (à la hausse). L'accord qui a été passé n'est pas seulement un accord ponctuel sur le prix, mais beaucoup plus".
Quatre grands dossiers
Le "beaucoup plus", M. Bénard l'a résumé en quatre grands points. Pour lui, il est tout d'abord nécessaire de consolider les relations entre les entreprises (privées) et les producteurs en passant des contrats collectifs (qui ne sont pas de l'intégration), avec un modèle type pour chaque entreprise, avec l'accord du syndicalisme : "Le chantier est ouvert".
Le deuxième point porte sur les produits industriels, dont le prix est actuellement fixé par le prix d'intervention, mais ne le sera plus à terme : "Demain, il faudra gérer ces produits collectivement pour lesquels il faut des volumes et des outils performants. On ne peut pas quitter le marché international car il peut y avoir des opportunités. Il faudra également investir dans la recherche en particulier pour les utilisations non alimentaires de la matière grasse, par exemple pour les lessives ou les biocarburants. La filière laitière doit contracter avec des laboratoires pour avancer sur ces questions".
Le troisième volet serait la mise en place d'un fonds d'intervention pour mettre en place des actions jugées intéressantes, par exemple des restructurations.
Le quatrième point concerne la mise en place d'un observatoire européen sur le prix du lait et le prix des produits de grande consommation : "Il faut savoir de quoi on parle pour avoir des bases de discussion communes.
Enfin, tout cela a été accompagné de la mise en place d'un "Comité des Sages" (dont M. Bénard est le président) qui aurait son avis à donner sur différents points, par exemple certaines restructurations d'entreprises s'accompagnant d'aides publiques.
Questions – réponses
Le médiateur a apporté des réponses à des questions posées à la tribune par des jeunes éleveurs.
Des raisons d'être optimiste : "Je suis optimiste à moyen et long terme car le dialogue est rétabli dans la filière. Par ailleurs, les nouveaux pays de l'UE vont consommer à l'avenir. Il y a également une amélioration de l'activité viande. Les agrandissements dans les années qui viennent rendront les éleveurs plus productifs"
La "Bourse du lait" (achat de quota sans foncier) : C'est une piste intéressante à condition que ce ne soit pas pour le distribuer aux "boiteux et aux aveugles". Il faut un projet économique derrière, car l'équité ne veut pas dire grand-chose en terme économique".
Gestion collective de la collecte (préconisée par les JA) : "C'est une idée généreuse des JA, mais mettre en place une structure unique qui ensuite distribue le lait aux entreprises est une idée irréaliste et techniquement infaisable. Par contre, il faut aller dans le sens de la gestion collective des produits de dégagement"
Restructuration des entreprises : Plus le marché est grand (européen), plus il faut des outils importants. Sur le marché des PGC, il y a un problème de taille des entreprises. La restructuration renforce les armes des entreprises face à une grande distribution déjà restructurée".
Sur ce dernier point, le président de Coopagri Bretagne, Denis Manac'h, a rajouté dans sa conclusion : "Il n'y a pas de taille d'entreprise idéale. Pour notre part, nous avons réussi la partie commerciale avec Laïta. Pour l'instant nous n'avons pas réussi sur le plan des outils industriels, mais nous allons le faire".
Jean Louis Le Rest
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