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Sur un parking à St Renan (29), les tracteurs vrombissent, crachant toute leur puissance. Ils passent au diagnostic du banc d'essai d'Aile qui mesure leurs performances et leur consommation. "Je voulais savoir ce que valait ce tracteur de 125 cv, acheté d'occasion à 3 200 h"., explique Rémi Briant, associé du Gaec des Alizés de Milizac. "Il a actuellement 6 200 h et nous n'avons pas eu l'opportunité de le contrôler après l'achat". Le diagnostic est bon ; malgré ses huit ans, les courbes de puissance et de consommation se révèlent très proches de celles du constructeur.
Injection à revoir
Pour un autre agriculteur, le diagnostic préconise le changement des injecteurs. Contrôlé une première fois, il y a 5 ans, le tracteur a aujourd'hui 5 000 heures, il a perdu 14 cv, soit plus de 10 % de sa puissance, en raison d'une mauvaise pulvérisation et combustion du gazole. La pompe est bonne, mais les injecteurs sont à changer.
La hausse des prix de l'énergie incite à contrôler son tracteur. La réflexion date de 10 ans à l'association Aile, créée par les Cuma de l'Ouest et l'Ademe. Depuis 1996, le banc d'essai d'Aile sillonne les routes de l'Ouest de novembre à mars, réalisant 700 à 800 contrôles par an, souvent en collaboration avec les conseillers machinisme des Chambres d'Agriculture et les animateurs de Fdcuma.
Puissance et consommation
"Lors du diagnostic, la prise de force est branchée sur le banc, le circuit de gazole est dérivé pour mesurer la consommation en fonction du régime moteur. Les mesures, informatisées, concernent les caractéristiques de fonctionnement du moteur : la puissance, le couple et la réserve de couple, les consommations horaires et spécifiques, le débit de la pompe à injection", explique Romain Blanjacquier, d'Aile. La comparaison avec les données du constructeur permet de détecter les défauts de puissance, de combustion, le réglage de la pompe à injection...
Un rapport est remis à la fin du diagnostic sur les interventions éventuelles à réaliser. C'est un véritable bilan pour un coût de 96 euros HT. "Pour les tracteurs récents, on conseille un diagnostic avant 1 000 h., pour vérifier si les performances sont conformes à celles du constructeur. Puis entre 4 000 et 5 000 h, pour bien cerner la façon dont vieillit le moteur", précise Pierre Demeuré, conseiller machinisme à la Chambre d'Agriculture 29.
7000 tracteurs contrôlés
Depuis 1996, près de 7 000 tracteurs ont été contrôlés, 40 % sont surpuissants, 15 % manquent de puissance, 20 % ont une mauvaise combustion. Pour un tracteur sur deux, le débit de la pompe à injection ne correspond pas au réglage du constructeur. 20 % des tracteurs ont des injecteurs en mauvais état. La surconsommation moyenne a été évaluée à 1,5 L/heure, ce qui représente pour 600 heures de travail, une économie annuelle de 900 L de gazole (450 euros au prix actuel).
Le technicien ne s'arrête pas au diagnostic, il apporte aussi des conseils d'utilisation du tracteur. À puissance égale, on peut baisser le régime du moteur à 1600-1700 tours/mn au lieu de 2100, ce qui permet de réduire la consommation de plus de 2 L/h. Des conseils d'entretien du matériel (réglage de pompe, filtres..) permettent d'éviter une immobilisation du tracteur, en période de travaux.
Patrick Bégos
Le coût de l'énergie
En production laitière, les charges de mécanisation représentent un bon tiers des charges de structure. Dans les résultats clôturés par le CER 22, fin 2005, elles se situent autour de 450 euros/ha (mécanisation interne et travaux par tiers) avec une grande dispersion. Sur l'année 2005, le poste carburant et lubrifiant est évalué à 53 euros/ha (59 euros/ha pour les clôtures de fin d'année). En 10 ans, ce poste, qui ne représentait que 35 euros/ha en 1995, a augmenté de près de 70 %.
L'AVIS DE
Geneviève Audebet, ingénieur d'études au CER 22
" Adapter sa mécanisation "
En l'espace de 15 mois, de septembre 2004 à décembre 2005, le prix du litre du gazole a augmenté de 39 ct d'euros à 50 ct (et même 53 ct en septembre 2005), soit une hausse de 30 à 35 %. Dans l'exploitation laitière spécialisée, le poste carburant et lubrifiant représente, en moyenne, 12 % à 13 % du coût de mécanisation. Il est important de maîtriser son évolution en adaptant la puissance globale de traction aux besoins réels de l'exploitation. Trop de puissance engendre souvent une consommation supplémentaire de carburant et donc des charges plus élevées. Les choix de mécanisation doivent être bien réfléchis car ils engagent l'exploitation sur plusieurs années, en amortissement, en frais financiers et en charge de carburant.
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