|
Le baby boum des naissances après la deuxième guerre mondiale va-t-il avoir une incidence sur le nombre d'exploitations libérées et donc sur l'installation ? "Très peu et pendant seulement quelques années", répond François Chevalier chargé d'études au CNSEA (l'organisme qui paie les DJA…). Il était l'invité de l'assemblée générale de la Confédération Paysanne. Plusieurs raisons l'expliquent : les installés au niveau national dans les années 70 ne sont pas plus nombreux que leurs collègues nés avant la guerre. En plus, un certain nombre ont déjà quitté le métier puisque les chiffres indiquent que seulement 40 % des agriculteurs arrêtent entre 60 et 65 ans. Autre facteur qui amplifie le phénomène : il n'y a que la moitié des terres libérées qui va à l'installation.
Avec un nombre d'enfants chez les agriculteurs tout juste au niveau de la moyenne des Français, il n'y a plus assez de repreneurs familiaux. Les installations hors cadre familial ont représenté un quart des installations aidées en 2005, 30 % en 2004 en Ille-et-Vilaine (chiffres Adasea). Les proportions sont voisines dans d'autres départements et également chez ceux qui n'ont pas reçu les aides. Le phénomène est bien réel. L'intervenant explique que "pour ces personnes, l'installation correspond à un projet de vie, souvent en couple, avec une recherche de qualité de vie et une autonomie dans le travail". Ceux qui sont qualifiés de locaux (de la région avec des liens agricoles) sont plus nombreux que les véritables "migrants" venant d'ailleurs et sans connaissance du milieu. Ceux-ci éprouvent plus de difficultés à trouver une exploitation et des références pour des productions innovantes pour le secteur. Sans compter la lourdeur administrative et l'accueil parfois désagréable des agriculteurs en place qui lorgnaient sur les terres.
"On peut compter sur eux pour assurer le remplacement", assure François Chevalier. Neuf sur dix parmi les installations aidées sont en place dix ans après installation. Et ils ne regrettent rien, même si la situation financière n'est pas toujours excellente. Certains ont opté pour des productions spécifiques avec une recherche de valeur ajoutée, une étude de marché intégrée à l'étude prévisionnelle d'installation serait souhaitable. Surtout parmi les plus récemment installés, les surfaces sont assez réduites avec peu de droits à produire pour éviter des endettements trop lourds. Ils sont prudents.
Paul Chauvin
L'actualité syndicale
- Les élections à la Chambre d'agriculture de début 2007, on y pense à la Confédération Paysanne. Le syndicat présentera une liste qui se voudra "une force d'alternance pour proposer des réponses efficaces".
- Les DPU constituent toujours un sujet brûlant. La Confédération demande de faire remonter à la DDAF les contestations qui existeraient sur le montant des DPU. Ceci avant d'exercer un éventuel recours juridique.
- Le deuxième pilier de la PAC constitue le parent pauvre. Son objet n'est pas de ne servir qu'aux aspects réglementaires rappelle le syndicat.
Un repreneur et un cédant parlent d'installation
Stéphane Paviot fait partie des installés hors cadre familial. Cet ancien contrôleur laitier voulait s'installer, mais pas dans n'importe quelles conditions. Grâce au répertoire départ-installation, il a trouvé l'exploitation et surtout le cédant "qui voulait installer un jeune". Un rapport de confiance s'est installé, la négociation n'a duré qu'un quart d'heure. L'installation a eu lieu en 2001, et le cédant est venu régulièrement pour voir si tout se passait bien. "J'ai apprécié ce côté humain de la transmission".
Jean-Claude Simon se dit heureux d'avoir deux successeurs sur son exploitation. Il a déjà installé son fils grâce à la transformation du lait bio, il va aussi permettre l'installation d'un autre jeune. Bien sûr, il va récupérer du capital, une étude économique a été réalisée, mais il veut que cela se passe bien : le candidat va donc se familiariser avec la ferme pendant six mois. Deux exemples qui illustrent que l'installation d'un "tiers" est largement favorisée par l'attitude du cédant.
Les réflexions des participants ont porté sur différents points. Céder se révèle un acte militant. La cession doit être équitable et la spéculation évitée. Se pose la question de la valeur de l'exploitation. On demande des efforts financiers aux cédants alors qu'ils ne vont percevoir qu'une faible retraite. Par ailleurs trouver une exploitation est difficile, d'où la suggestion de mettre en place une publicité foncière et aussi de remettre l'installation comme étant la priorité dans le projet agricole départemental. La Confédération paysanne a mis en place un groupe de réflexion sur la transmission. Objectif : faire en sorte de réfléchir longtemps à l'avance au devenir de l'exploitation et ne pas se dire qu'une structure petite voire moyenne est nécessairement destinée à l'agrandissement.
|
|