|
Des échanges très directs entre la salle et la tribune. C'est le tempo qui a rythmé l'assemblée générale de la FDSEA. Une assemblée au cours de laquelle se sont révélées les préoccupations de terrain.
L'environnement incompris
Parmi celles-ci, les questions environnementales où s'embourbe parfois l'agriculture finistérienne. C'est le cas du projet de station collective de Milizac, porté par 6 éleveurs, qui rencontre une opposition irrationnelle sur la commune. "L'enquête publique devrait nous être favorable et pourtant, on peut douter de l'issue", s'est alarmé Jean-Yves Trébaol, un des producteurs.
La même incompréhension est rencontrée à Tréguennec où le maire a publié un arrêté interdisant l'épandage "d'un engrais organique". Sur ce dossier, le préfet Gonthier Friederici, vient à la rescousse des agriculteurs en "rappelant que ce type de décision n'est pas de la compétence d'un maire. S'il ne retire pas l'arrêté, je porterai l'affaire devant le tribunal administratif", a-t-il promis au grand soulagement des responsables départementaux.
Puis vient le sujet sensible des décharges de classe 2 qui suscitent beaucoup de questions, comme à Plourin-lès-Morlaix. "Nous ne sommes pas opposés aux décharges de classe 2, mais qu'elles se fassent hors des zones agricoles intensives", a demandé Ronan Le Meur, secrétaire général, qui en aussi profité pour rappeler que l'attitude réservée de la profession est à relier à celle de la société civile qui n'a pas toujours été très conciliante lorsqu'il s'agissait de construire des stations de traitement dans les fermes.
Enfin, dans son rapport d'orientation, la FDSEA n'a pas manqué de "dénoncer l'application française et bretonne, de la Directive nitrates, dont certains pays, comme les Pays-Bas, ont une application bien plus pragmatique". Une façon de dénoncer une législation environnementale dont "la seule vocation est de satisfaire l'opinion publique, sans prendre en compte la réalité économique et sociale de nos entreprises", a insisté R. Le Meur.
Le risque plane…
Réalité économique. Une préoccupation forte du syndicat qui ne perd pas de vue l'échéance de 2013, "date d'engagement de réduction de certaines subventions et de libéralisation des marchés décidée dans le cadre de l'OMC". Voire plus tôt, avec son corollaire qui serait une révision de la Pac à mi-parcours…Ce à quoi le secrétaire de la Fédération oppose : "Nous refusons toute réforme de la Pac avant 2013".
Cette perspective de plus grande libéralisation des marchés agricoles conduit le président de la FDSEA, Thierry Merret, à pointer "la menace qui pèse sur l'indépendance alimentaire de la France, et de l'Europe". Et de prendre appui sur la viande bovine pour projeter ce que l'on pourrait connaître dans d'autres productions : "L'Europe, aujourd'hui déficitaire en viande bovine est devenue dépendante de l'Amérique latine. Nous ne sommes jamais à l'abri d'un revirement de situation. Pour preuve, je viens d'apprendre que l'Argentine vient de taxer toutes ses exportations de viande bovine au prétexte que le prix intérieur de leurs viandes est trop élevé pour les Argentins".
Une façon très concrète pour le président de la FDSEA d'alerter les politiques et l'administration sur les risques de voir torpillée la souveraineté alimentaire construite par plus de 40 ans de politique agricole européenne. "Dans une démographie mondiale et donc un marché alimentaire en pleine expansion, le cap politique de l'Etat français et même de l'Union européenne doit être l'indépendance et la sécurité alimentaire", insiste T. Merret qui, dans le contexte actuel, préfère parler de "Politique alimentaire européenne que de politique agricole européenne". Et d'en déduire, en prenant l'exemple de l'aviculture : "L'État et l'UE ont le devoir de réguler les marchés et de soutenir une filière quand celle-ci est au creux de la vague".
Reste que "la FDSEA a beau "savoir ce qu'elle veut", encore faut-il "qu'elle puisse" comme elle le dit. D'où cet appel aux politiques, à l'administration, mais aussi aux filières pour que cette volonté d'agir se concrétise en "capacité à agir collectivement. À l'heure de la mondialisation, les guerres de chapelles n'ont plus lieu d'exister. Regroupons nos forces, travaillons collectivement : c'est à ce prix seulement que nous parviendrons à renforcer notre compétitivité et à pérenniser notre agriculture".
Didier Le Du
|
|