Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
Sommaire | " LES DÉPARTEMENTALES " | 22 | Article n°6036 |
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Côtes d'Armor (22)
(22) Jeunes agriculteurs : Beaucoup d’incertitudes, mais une motivation intacte
 
Exercice difficile que celui de cerner ce que seront demain les agriculteurs, leurs attentes, leurs motivations. Pour Rémi Le Duigou, sociologue, « pas de doute possible les agriculteurs vont ressembler aux autres catégories sociales. On ne sera pas forcément agriculteur toute sa vie, et des gens de l’extérieur pouvant avoir exercé d’autres métiers pourraient venir vers l’agriculture ».
Céline Clément est plus nuancée. Associée avec son mari à Plumieux, elle a travaillé dans une coopérative pendant 7 ans avant de s’installer. Une démarche bien mûrie qui lui fait dire aujourd’hui : « Moi je me suis installée pour la vie ». En rajoutant à l’intention des nombreux jeunes présents dans la salle « C’est un vrai métier, où la femme a sa place, mais n’hésitez pas à aller voir ailleurs avant. Il faut prendre du recul avant de s’installer, c’est tout bénéfice ».
Héritiers d’une passion
Bertrand Donnio, le président des JA 22 fait preuve d’un optimisme certain. « Nous ne sommes pas là pour entretenir la morosité. Les jeunes ont la volonté d’entreprendre. Ce sont les héritiers d’une passion. Et même si les banques se montrent plus prudentes si le projet tient la route elles sont partenaires et accompagnent ». Philippe Meurs, secrétaire des JA national, insiste par ailleurs sur le fait que « dans le projet d’installation, il n’y a pas que l’économique, mais aussi un projet de vie ».
C’est d’ailleurs ce qui a conduit Céline et Jean Pierre Clément à envisager une association prévue pour dans quelques mois. « Un jeune que nous avons eu en apprentissage en 2001/2002 est revenu nous voir en 2004 pour savoir si nous serions intéressés par une association ». Après réflexion, le couple a donné son accord pour l’association prévue début 2007. « Le revenu par UTH ne va pas s’améliorer, mais nous devrions gagner en qualité de vie ».
Soucis partagés
Rémi Le Duigou saisit la balle au bond pour affirmer : « Le tournant est pris sous la pression démographique qui fait qu’il n’y aura pas autant d’installations que de départs ». Rappelant que les moyens de production en Bretagne sont inférieurs à ceux des autres régions européennes ou même françaises. Il est persuadé que les formes sociétaires vont se développer. « Les jeunes se placent de plus en plus dans une perspective de gestion du temps : temps professionnel, temps social, temps pour la famille et temps pour soi ».
Les JA encouragent d’ailleurs les formes sociétaires sans pour autant réfuter les installations individuelles. Bertrand Donnio qui s’est associé avec un tiers après quelques années en individuel est réaliste. « Certains voudront rester seuls ». Il souligne cependant : « En société, on a les mêmes problèmes, les mêmes inquiétudes, mais les soucis sont partagés ». Il met par ailleurs en garde ceux qui ne voient leur avenir qu’au travers de l’agrandissement. « Cela entraîne toujours plus de travail, pas obligatoirement plus de revenu et peut aller au détriment de la politique d’installation ».
Justifier les aides autrement
Difficile de parler d’installation sans aborder les aspects revenu. D’autant que la pérennité des aides n’est pas totalement assurée. Se pose dès lors la question de la viabilité des installations sans les aides. Philippe Meurs est persuadé que se côtoieront différents types d’agricultures dans lesquelles se retrouveront des productions à forte valeur ajoutée, des notions de proximité, de services. « Les aides compensatoires comme celles que nous connaissons depuis 1992 ne pourront demeurer, mais il sera possible de justifier des aides autrement pour l’entretien de l’espace et du territoire ».
Rémi Le Duigou abonde dans son sens. « Les agriculteurs doivent changer de regard sur les aides qu’ils perçoivent. Et accepter comme une juste rémunération les aides à l’entretien du territoire et des paysages ». Pour Jean-Michel Le Goux, directeur de Zoopôle développement, « les agriculteurs sont aussi appelés à sortir de la logique de produits pour aller vers une logique de marché et de clientèle en fonction des attentes». Ce qui rejoint la réflexion de Philippe Meurs sur la cohabitation de différents types d’agricultures.


Pierre Dénès

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Date de l'article : semaine du N° du 24 au 31 Mars 2006
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