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Le prix du lait commence à faire le grand écart entre laiteries. Les chiffres de la FDSEA montre que le prix moyen 2005 va de 273 à 277 euros/1000 litres (hors Nazart à 263 euros). La part de produits de produits de grande consommation par rapport aux produits industriels l'explique. Comment faire pour que tous les producteurs soient collectés et payés sur la même base en évitant un glissement vers un prix beurre-poudre ? Tel est le souci des responsables lait de la FDSEA.
"Les dernières discussions sur le prix du lait ont été difficiles et les accords plus politiques qu'économiques", reconnaît Marcel Denieul le président de la section lait. Aussi travaille-t-on au niveau national sur une proposition qui tient compte de deux valorisations du lait : produits de grande consommation (PGC) et produits industriels (beurre, poudre). Elle tient compte du fait que les produits industriels représentent en moyenne 20 % du total. Au-delà, il y aurait application d'une flexibilité additionnelle de 2,5 %. La méthode aurait l'avantage de rendre étanches les deux marchés en stabilisant les prix ; les laits dits flottants seraient théoriquement traités. "L'objectif est de ne pas avoir de lait payé en dessous de la recommandation et que tout le lait soit collecté", ajoute le président.
Jean-Paul Jamet directeur de l'Interprofession laitière et invité de la FDSEA pour la journée consacrée au lait reste prudent sur la méthode. La mise à zéro du prix du beurre et de la poudre n'implique pas la péréquation qui ne peut que se faire que deux manières : soit grâce à la solidarité "une idée généreuse qui peut engendrer l'irresponsabilité", soit avec un voire deux groupes de collecte qui assurent cette péréquation.
Des marchés pour les produits industriels
Le changement de politique laitière au niveau européen aurait pu avoir comme conséquence une baisse de 20 % du prix du lait. Elle n'est que l'ordre de 10 %. Le plus dur semble fait. "Ce n'est pas si sûr, explique l'intervenant. La Commission européenne a prévu une augmentation des quotas de 1,5 % dont le marché n'a pas besoin. A cela il faut ajouter l'ouverture plus large aux importations et la baisse des restitutions aux exportations. Quelle est notre capacité à exporter sans aides ? Je plaide pour, un regroupement des forces qui est plus que nécessaire à ce niveau".
Alors que les pays du Nord de l'Europe se sont restructurés depuis 2000, la France continue de croire que les mécanismes d'hier vont se poursuivre. "Il faut une restructuration vigoureuse des entreprises, insiste le directeur. A commencer par celles qui ne font que de la collecte. Elles n'ont plus de capacité à négocier". Bonne nouvelle cependant, des marchés existent pour les produits industriels notamment sur le sud-est asiatique qui a une consommation qui progresse plus vite que la production. A cela, il faut ajouter que l'Australie et la Nouvelle-Zélande commencent à plafonner en production. "Mais l'accès à ces marchés implique là aussi une restructuration et une modernisation des outils industriels avec une stratégie". Le responsable national reste confiant : "Le mouvement est en marche. Encore faut-il qu'il y ait des dirigeants capables d'impulser de tels changements".
Visibilité jusqu'en 2013
Sur le plan européen, Jean-Paul Jamet estime que "la visibilité est assez bonne jusqu'en 2013. Tony Blair n'a pas exécuté la PAC, il a préféré conserver le chèque britannique. Une chance pour l'Union européenne. Ensuite ce sera rude. Le contexte sera alors libéral, sans mécanisme de soutien avec en prime la condionnalité des aides". Il faut donc profiter des 6 à 7 ans à venir pour réaliser les modernisations nécessaires.
Néanmoins les aides actuelles risquent de diminuer car le budget européen n'est pas à la mesure de l'élargissement à 25 pays. L'intervenant estime qu'il faudra se pencher sur d'autres aspects pour en bénéficier : environnement, énergie, carbone… Et puis rien n'est définitivement figé : il existe des sensibilités libérales qui estiment que la politique laitière coûte trop cher, qu'il faudrait l'abandonner pour baisser les prix. Le système reste fragile, la France peut se trouver isolée. Les éleveurs peuvent s'attendre à un contexte changeant, mais avec de nouvelles opportunités.
Paul Chauvin
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