|
Avec quelques projets d'utilisation du colza pour produire de l'huile et du tourteau, la culture revient sur le devant de la scène. Encore faut-il qu'elle soit bien conduite pour obtenir un rendement correct. C'est l'objet des rendez-vous « bout de champ » organisé dans plusieurs lieux du département par la Chambre d'agriculture. Ils seront suivis par d'autres en cours de saison.
Le colza présente des atouts sur le plan cultural. Gilbert Cossec, lors du rendez-vous de Treffendel, a mis en avant sa place dans la rotation en précisant qu'il est un bon précédent à blé en introduisant une coupure entre les espèces cultivées (crucifère, graminée). On veillera cependant à ce qu'il ne revienne pas avant quatre ans sur la même parcelle (plus s'il y a eu des crucifères en dérobée). Avec une bonne couverture du sol et une valorisation de l'azote à l'automne de l'ordre de 50 à 80 unités, l'aspect environnemental renforce son intérêt. De même si on ajoute des périodes de travaux plus étalées et la production locale d'huile et de tourteau ou de diester pour mélanger avec le gazole.
Avant d'utiliser, il convient de réussir la culture. "L'implantation est décisive", insiste Jean-Jacques Beaudet du Cetiom. Labourer avant de semer n'est généralement pas nécessaire. Mais alors attention aux résidus de paille. Pour que la racine puisse descendre, elle ne doit pas rencontrer de semelle de labour, un décompactage peut s'avérer nécessaire. Ensuite il faut respecter la date de semis : fin août à début septembre. Il doit être en place au plus tard avant le Space.
Autre condition : il faut obtenir 25-30 pieds par m2. Et pour cela, il suffit de semer 40 à 50 graines par m2 ou encore de 2 à 2,5 kg de semences à l'ha (il faut néanmoins vérifier le poids de 1000 grains). Pour arriver à ce résultat, l'écartement entre deux rangs peut être de 30 à 40 cm voire plus compte tenu du pouvoir couvrant du colza. En pratique, en neutralisant une botte sur deux au semoir, on arrive à cet objectif. Il est aussi possible d'ajouter un poids équivalent de brisures de riz à la semence de colza pour doubler la quantité à épandre. Par ailleurs, il faut, le plus souvent, ne pas faire l'économie d'un traitement antilimaces dès le semis.
Fumure azotée à ajuster
Le spécialiste du colza insiste aussi sur le choix des variétés. En utilisant seulement celles qui ne sont pas ou très peu sensibles (groupe 1) au phoma (champignon qui attaque le collet). Avec les conditions climatiques bretonnes, les variétés retenues ne doivent pas présenter un allongement automnal trop important pour limiter les risques de gel. Le choix se révèle finalement assez limité.
Dernier point abordé lors de ce bout de champ, la fertilisation azotée. Comme pour toute culture, il faut estimer le potentiel de rendement de la parcelle. Avec 30 q, le besoin sera de 30 x 7 = 210 kg. Il faut aussi noter que le colza pompe à l'automne l'azote disponible dans le sol en développant son système végétatif. Pour ajuster les besoins, il est alors nécessaire, fin janvier, de peser la matière verte produite sur deux (ou plus) placettes de 1 m2. Une appréciation visuelle est également possible. En prenant en compte le type de sol (superficiel ou profond), la présence ou non de matière organique, une réglette permet de fixer la dose complémentaire à apporter en une ou deux fois. À noter que la réglette mise au point par le Cetiom est adaptée à chaque région. Un exemple : avec 1 kg/m2 (colza non développé mais couvrant le sol), un rendement de 35q, dans un sol profond ayant reçu de la matière organique, l'apport sera de 50 kg/ha. Inutile d'aller plus haut, "la réglette a raison", rappelle Jean-Jacques Beaudet.
Valoriser le colza à la ferme
L'huile obtenue par pressage des graines de colza, Jean-Marc Roussel (FDcuma 22) la voit prioritairement utilisée pour le chauffage (lors du renouvellement de la chaudière pour amortir le surcoût). Ou encore pour faire tourner les groupes électrogènes. Ensuite viennent les tracteurs. Si l'huile peut servir de carburant pour les moteurs diesels, elle doit respecter certaines normes pour éviter les incidents que les constructeurs ne prendront pas en charge dans les garanties.
Les graines pressées doivent être sèches (moins de 8,5 % d'humidité), propres (< 2 %). L'huile doit être filtrée, conservée à l'abri de la lumière. Autrement dit être de qualité. Les caractéristiques étant légèrement différentes de celle du fioul, le fonctionnement est correct avec un moteur chaud (démarrage et arrêt avec du fioul) et lorsque le moteur est à pleine puissance (gros travaux). Le mélange fioul + huile est possible, mais limite l'intérêt de la formule. Le pressage donne aussi du tourteau (deux tiers du volume) à utiliser par les animaux en tenant compte d'une teneur en matière grasse élevée.
Paul Chauvin
|
|