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À mi-carrière, Andrée et Claude Gourmelen, installés respectivement en 1988 et 1992 sur la ferme familiale, ont décidé de se poser pour réfléchir à l'avenir. À leur avenir professionnel d'éleveurs, à leur avenir personnel. À quarante ans passés, c'est l'âge des choix pesés. Des choix pensés, comme on le devine chez ces deux quadras.
À la clé de cette réflexion, des aspirations de vie et une opportunité. L'opportunité, c'est la rencontre, au détour d'un remplacement, de Jérôme Le Guellec, fils de militaire et d'infirmière, mais foncièrement passionné d'agriculture. Un jeune qui veut à tout prix s'installer, sans avoir forcément les moyens matériels de mener cavalier seul. L'association avec les Gourmelen sera pour lui la solution. "J'ai repris un quota de 77 000 litres sur 17,25 ha. Ce volume est venu conforter le quota de 450 000 litres de Claude et Andrée".
Un coup de neuf et plus de temps libre
Pour Andrée et Claude, cette arrivée est vécue comme l'occasion de repenser leur quotidien et leur avenir. "La stabulation pouvait facilement accueillir des vaches en plus, même si à l'avenir, nous aurons besoin de revoir l'installation de traite", explique Andrée qui insiste sur la maîtrise des coûts de production. "L'association ne doit pas se faire au prix d'un envol des charges".
Claude poursuit sur l'aspect travail. "Cette nouvelle organisation permet de faire sereinement son travail sans courir dans tous les sens. On peut en conséquence espérer un gain par l'optimisation technique". Exemple : plus de temps pour la détection des chaleurs, intervention sur les cultures au stade optimum, etc. Pour sa part, Jérôme apprécie "l'expérience" de ses associés sur laquelle il peut "s'appuyer, sans être seul face à ses problèmes". Des commentaires qui amènent une autre réflexion des plus expérimentés : "À l'inverse, s'associer à un jeune permet de redynamiser l'exploitation, un jeune apportant de nouvelles façons de travailler".
Le fait d'être trois permet aussi de se libérer, comme le savourent ces trois associés : "Notre organisation nous permet d'avoir un week-end de repos complet, du vendredi soir au lundi matin, toutes les trois semaines". Sans oublier l'objectif de 2-3 semaines de vacances annuelles.
Six mois après la mise en commun des outils, les 3 agriculteurs insistent toutefois sur la nécessité de définir des règles de fonctionnement "pour que l'association roule". Autrement dit, jouer collectif sans négliger les objectifs individuels, c'est le fil rouge de ce type de regroupement : "D'où la nécessité de tenir compte, en permanence, des aspirations de chaque associé, de bien planifier le travail, de répartir les tâches, de communiquer. Pour cela, il faut se réunir. Une réunion de concertation hebdomadaire nous semble la bonne cadence".
L'AVIS DE
Catherine Welding, conseiller d'entreprise à la Chambre
"Le plus dur n'est pas de mélanger les vaches"
Les agriculteurs qui ont des projets de regroupement ont conscience qu'il faut bien réfléchir leur choix en amont. Car le plus dur, ce n'est pas de mettre les outils en commun. Le plus dans cette opération, ce sont les relations humaines.
C'est pour cela que nous insistons pour que, au-delà de l'organisation pratique, les agriculteurs réfléchissent bien à leur projet tant sur le court terme, que sur le moyen et long terme. Cela nécessite de bien définir les objectifs de chacun, sachant que ceux-ci évolueront dans le temps en fonction des aspirations personnelles et professionnelles de chaque associé.
Ce n'est qu'en rédigeant une sorte de règlement intérieur auquel on se réfère en cas de problème que l'on évite ensuite d'intervenir en pompier pour délier les fils d'un éventuel conflit.
OPINION
Jean-Michel
Le Breton, membre chargé des dossiers économiques
"Bien réfléchir
à l'avance"
L'évolution sociologique – phénomène 35 heures et souhait d'avoir du temps libre –, l'évolution du contexte économique, le souci de réaliser des économies d'échelles, etc., sont autant de raisons qui incitent les agriculteurs à vouloir se regrouper.
C'est dans ce contexte que la Chambre d'agriculture a mis en place un service d'accompagnement pour que les agriculteurs qui pensent à cette solution le fassent en prenant le temps de bien réfléchir à l'avance à ce qu'ils veulent et ce qu'ils ne veulent pas. Tout cela doit être mis noir sur blanc. Car on constate que les échecs ont souvent pour cause un manque de préparation, de communication et de concertation en amont.
Didier Le Du
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