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Le combat continue". Telle a été la réaction des producteurs d'échalotes suite à l'avis contradictoire rendu mardi dernier par la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE). D'un côté, elle reconnaît que les variétés de semis Ambition et Matador, développées par le semencier néerlandais De Groot en Slot - Bejo Zaden, sont illégalement inscrites au catalogue européen. La CJCE donne donc raison aux producteurs d'échalotes de tradition qui dénoncent depuis plus de cinq ans la vente des variétés de semis sous le nom "échalote"*.
Mais d'un autre côté, la CJCE déclare que l'arrêté de commercialisation français de l'échalote, en l'état, est contraire au principe de libre circulation du traité de Rome. Cet arrêté qui date de mai 1990 interdit la vente sur le territoire national des variétés de semis sous le nom "échalote". "On nous désarme face à une situation illégale", se fâche Pierre Bihan-Poudec, président de la section nationale échalotes.
Le consommateur trompé
Thierry Merret, secrétaire général de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de légumes) précise : "Nous ne voulons pas que le consommateur soit trompé. Les deux produits sont substantiellement différents, en particulier au niveau du goût comme l'affirment de nombreux chefs cuisiniers et comme ont pu l'observer des hommes politiques français et européens que nous avons conviés à des dégustations".
"L'étiquetage peut apporter une information au consommateur, mais encore faut-il qu'elle soit claire. En voyant "multiplication végétative", les gens vont plutôt faire le choix des variétés de semis", ajoute Yvon Kerléguer du Cérafel Bretagne.
"Le risque est de voir disparaître l'échalote de tradition qui fait partie du patrimoine culinaire et culturel français", ajoute Pierre Bihan-Poudec. A travers leur combat, les producteurs d'échalotes souhaitent maintenir une production qui contribue à l'équilibre de l'ensemble de la filière légumes de plein champ en Bretagne.
Les responsables placent aussi le problème dans un contexte plus large. "Si l'Europe autorisait définitivement la vente de produits de semis sur les marchés européens, elle bouleverserait un équilibre économique mondial, générateur de développement". Plus d'un million de tonnes de vraies échalotes (multiplication par bulbe) sont produites sur la planète dont environ 850 000 t en Indonésie, 250 000 t en Thaïlande et 130 000 t au Niger. Des mastodontes à côté des 50 000 t produites en Europe.
Dans les semaines qui viennent, les producteurs entendent poursuivre leurs actions pour que l'arrêté de commercialisation soit maintenu. La prochaine grande étape sera la conclusion du Conseil d'Etat qui ne sortira pas avant la fin d'année.
Agnès Cussonneau
* Comme elles sont semées, ces variétés présentent des coûts de production beaucoup plus faibles que la véritable échalote, issue de la multiplication d'un bulbe (un plant). Mais elles ne sont pas homogènes ni stables et ne peuvent de ce fait être inscrites au catalogue européen.
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