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Le Mené devrait dans les prochains mois disposer de la première huilerie destinée à la production de carburant agricole. Profitant ainsi des nouvelles dispositions offertes par la loi d'orientation agricole qui autorise l'utilisation de l'huile végétale produite sur l'exploitation comme carburant, avec une exonération des taxes, et à partir de 2007, la possibilité de la vendre à d'autres utilisateurs (agriculteurs ou marin-pêcheurs). Le projet, dans les cartons de la Communauté de communes du Mené et de l'association MIR (Mené initiative rurale) depuis plusieurs semaines, pourrait se concrétiser dès 2006.
Quatre réunions décentralisées viennent de se dérouler sur le secteur pour présenter la démarche. Objectif, sensibiliser les agriculteurs et les inciter à s'engager dans la nouvelle structure (probablement de forme coopérative) qui devrait accueillir l'unité de trituration. De dimension relativement modeste, la rentabilité ne pourrait néanmoins être atteinte que sur la base de 1200 ha de colza permettant l'alimentation de 100 à 150 tracteurs. «Nous sommes sur une démarche à la dimension d'un territoire (20 km autour de Collinée). Il faut cependant démarrer au moins avec 400 ha », précise Jacky Aignel, maire de St Gouéno et vice-président de communauté de communes du Mené en charge du dossier.
Huile et tourteau de qualité
Les porteurs du projet sont particulièrement convaincus après plusieurs déplacements en Autriche et Allemagne. « Plus de 200 unités de ce type fonctionnent en Allemagne », précise Marc Théri, consultant technico-économique, qui conduit le projet. Ces pays présentent la particularité d'autoriser l'utilisation du carburant végétal dans tous les véhicules. Ce qui n'est pas le cas en France. Marc Théri insiste sur le concept d'unité d'une dimension suffisante pour offrir le maximum de garanties aux utilisateurs en tirant les leçons des expériences conduites dans les autres pays. « Des tracteurs de plus en plus sophistiqués nécessitent de disposer d'une huile pure. La maîtrise de la qualité dans une unité de la dimension que nous envisageons de mettre en place est plus évidente qu'avec des unités mobiles utilisées par plusieurs personnes».
Le principe de la trituration est présenté comme relativement simple : Le colza récolté à 12 % d'humidité est stocké et séché pour être ramené à 8 % d'humidité pour un pressage à froid qui permet de séparer l'huile, du tourteau. L'huile passe ensuite dans un filtre pour la purifier. « Il n'y a aucune émission de gaz, ni d'effluents ». L'avantage par rapport à des procédés plus artisanaux est aussi de produire un tourteau nettement moins gras et donc présentant moins d'inconvénients métaboliques dans l'alimentation animale.
0,10 euro d'économie par litre
Quand à l'utilisation de l'huile, là encore Marc Théri se veut rassurant à condition de bien maîtriser. Plusieurs possibilités s'offrent aux utilisateurs : le mélange avec le gaz-oil dans la proportion 30 % d'huile et 70 % de gas-oil, l'utilisation comme bio-carburant ce qui nécessite le montage d'un kit pour le démarrage au gas-oil et la montée en température (coût 1500 euros), ou la modification du moteur pour un coût de l'ordre de 5000 euros. « La deuxième solution semble la plus intéressante, car elle permet l'utilisation d'une plus grande quantité d'huile sans engager des frais excessifs ».
Reste à bien cerner la rentabilité économique. L'investissement s'élèverait dans un premier temps à 400 000 euros dont 200 000 euros de matériel. Un projet qui pourrait bénéficier de subventions des collectivités territoriales (Etat, Région, département). Marc Théri annonce, en pleine production une économie de 0,10 euro/litre par rapport au gas-oil détaxé avec un cours du pétrole au niveau actuel. Pour les agriculteurs présents aux réunions, qui demeurent relativement prudents, les initiateurs insistent sur les aspects positifs outre les aspects autonomie et préservation de l'environnement : « une huile de qualité et donc permettant une utilisation sécurisée dans les tracteurs, un tourteau moins gras et moins coûteux pour l'alimentation animale, la possibilité d'utilisation des jachères pour l'implantation de la culture tout en préservant les primes ». Pour le moment, les engagements concerneraient environ 250 ha. Mais il faut faire vite puisque le projet doit pouvoir être déposé avant la fin janvier.
Pierre Dénès
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