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Le sol, c’est le
produit de la vie, en perpétuelle évolution. Les phénomènes sont lents et
étalés dans le temps. Pourtant on peut, au fil des années, améliorer mais
aussi dégrader ses sols.
On distingue trois grandes étapes dans la formation d’un sol. La première,
c’est la décomposition de la roche-mère qui peut être dure (granite,
schiste, grès) ou plus tendre. Cette désagrégation physique dépend du
climat, véritable moteur dans la formation des sols. On obtient un mélange
avec des éléments plus ou moins fins (sables, limons, argiles...) qui
permettent aux végétaux de fixer leurs racines.
Un milieu vivant
Le sol prend naissance lorsque des constituants organiques provenant
d’organismes végétaux et animaux s’ajoutent aux éléments minéraux. Les
végétaux fabriquent de la matière organique par photosynthèse en se
nourrissant des minéraux provenant des altérations ou des apports. Puis
ils meurent et se décomposent. Le sol intègre en permanence les matières
organiques mortes d’origine végétale (feuilles, tiges racines..). Les
animaux vivant dans le sol (lombrics, larves...) et les micro-organismes
rentrent encore en action et mélangent les matières organiques et
minérales. C’est un milieu vivant où s’opère en permanence un véritable
recyclage.
Ces débris organiques aboutissent à la formation de substances noires
réunies sous le nom “d’humus”. L’humus s’associe avec les fractions
minérales fines (limons et surtout argile) pour former un complexe qui
stabilise le sol et permet aux éléments qui le composent de s’organiser en
agrégats.
Les espaces qui subsistent entre ces agrégats permettent à l’air, l’eau et
aux racines des végétaux de pénétrer en profondeur. Le sol joue donc un
rôle essentiel de support pour les plantes et de recyclage des matières
organiques.
Réserve et filtre
Le sol fournit l’eau aux plantes. Il régule les échanges et fixe les
éléments fertilisants. Il peut à la fois être un filtre épurateur et un
lieu de stockage.
Si le sol est bien pourvu en humus et en argile, il est capable de retenir
la plupart des éléments minéraux (phosphate, potasse, magnésium,
oligoéléments ...). Ces éléments sont absorbés par les plantes plus ou
moins rapidement (de 1 jour à 10 ans ou plus) selon la solidité des liens
qui les rattachent aux constituants du sol.
La plante puise dans l’eau du sol et les réserves présentes en fonction de
ses besoins. Certains éléments tels les sulfates et les nitrates sont peu
retenus par le sol et peuvent donc être facilement entraînés en
profondeur, surtout si la végétation n’est pas en phase active de
croissance. La rétention des métaux est par contre forte. Le sol joue dans
ce cas, un rôle de stockage et non d’épuration.
Un équilibre naturel
Mais les capacités de régulation des sols ne sont pas illimitées. Si les
apports sont trop massifs, la capacité de recyclage du sol peut être
dépassée et l’équilibre naturel est rompu. Les éléments non-fixés sont
alors lessivés. On les retrouve dans les eaux superficielles avec des
risques importants de pollution.
Le rôle de réserve du sol est encore mal connu. On ne connaît en effet que
10 % des organismes qui y vivent. Il y a une telle diversité biologique
dans les micro-organismes du sol qu’on arrive actuellement à les utiliser
dans les médicaments, notamment les nouvelles souches de bactéries.
Pour mieux gérer les travaux de préparation, l’implantation des cultures
et la fertilisation, il est important de bien connaître le comportement et
la structure de ses sols. C’est essentiel pour tirer le meilleur parti de
leur potentiel et éviter les risques de pollution.
Maintenir une bonne structure
La structure du sol détermine les possibilités d’implantation et de
développement de la végétation. Elle est fragile et dans beaucoup de cas,
il faut trouver le bon compromis pour maintenir cette structure, car les
créneaux de temps sont de plus en plus resserrés pour intervenir.
Le sol est un mélange complexe formé d’une multitude de constituants :
minéraux, micro-organismes... Les processus sont complexes. Ces
constituants du sol sont souvent en état transitoire et fluctuant.
L’équilibre reste fragile. L’homme peut en quelques dizaines d’années
faire évoluer de manière irréversible la nature de certains composants
majeurs.
Maintenir une bonne activité biologique, c’est un premier objectif pour
l’agriculteur. “Dans le sol, il y a en effet une activité biologique
potentielle qui peut être matraquée par de mauvaises conditions
d’exploitation”, souligne Jean-Marie Bodet de l’ITCF La Jaillière. Or, les
sols sont en évolution constante. Nus durant l’hiver, humides au printemps
ou à l’automne lors de la récolte : les occasions ne manquent pas pour
provoquer des dégradations.
Le maintien d’un bon équilibre concerne aussi la gestion du taux de
matière organique. Quand on augmente la matière organique du sol, par
exemple par introduction de prairies, on réduit les risques de dégradation
de la structure. Dans un sol battant, s’il y a moins de matière organique,
on devra prendre plus de précautions. Lorsque les prairies sont supprimées
de la succession des cultures, cela entraine forcément une diminution de
la matière organique. “Ces situations peuvent se gèrer à condition que
l’agriculteur porte plus d’attention à la qualité de préparation de ses
sols”.
Eleveur et agronome
L’exploitant est souvent davantage éleveur qu’agronome. “Il a maintenant à
sa disposition des matériels dont la puissance de traction est telle
qu’ils peuvent passer même en conditions de portance limites”, poursuit
J.M. Bodet. Avec l’augmentation des surfaces et la diminution de la main
d’oeuvre, les travaux de cultures doivent se faire dans des créneaux de
temps plus en plus resserrés. La tentation est parfois grande d’aller sur
les terres avec du gros matériel.
Jusqu’à présent, la connaissance empirique des caractéristiques des
parcelles se transmettait d’une génération à l’autre, dans le cadre
familial. C’est encore majoritairement le cas. Mais on assiste de plus en
plus à des agrandissements par regroupement de parcelles avec des terres
parfois hétérogènes. Des exploitations sont reprises hors-cadre familial.
Ce sont autant de situations qui handicapent la transmission de cette
expérience inter-générations.
L’une des premières caractéristiques du sol à laquelle l’agriculteur doit
être vigilant et où il peut avoir une action, c’est la structure. La
structure du sol, c’est la manière dont les éléments solides sont
organisés entre eux en agrégats délimitant des vides : la porosité. La
structure détermine de nombreuses propriétés physiques, chimiques et
biologiques : la rétention et la circulation de l’eau, de l’oxygène, des
gaz, la résistance mécanique, la résistance du sol à l’érosion. Elle
détermine les possibilités d’implantation et de développement de la
végétation. Cette structure peut évoluer dans le temps, elle est très
fragile.
Le travail du sol n’est pas un but en soi mais un moyen de donner la
structure qui convient aux exigences des cultures. Dans bon nombre de
situations, l’état du sol laissé par le précédent est tel qu’un travail
miminum suffit pour implanter une culture dans de bonnes conditions. En
revanche dans d’autres cas, des passages plus importants seront
nécessaires pour recréer une structure, enfouir des résidus de récolte
très abondants, diluer les produits herbicides.
Bien observer l’état du sol
La démarche de choix de la technique de travail du sol sera détaillée dans
d’autres articles. Jean-Paul Gillet, de l’iTCF-La Jaillière résume ici les
principales étapes en faisant le lien avec le type de sol dont on dispose.
Il faut d’abord bien connaître l’objectif à atteindre. “Plus les graines
sont petites, plus le lit de semences doit être fin”, explique J.P.
Gillet. Pour les sols à comportement battant, il faut conserver quelques
petites mottes en surface. Le rappuyage du lit de semences est
indispensable pour les semis de petites graines en fin d’été et pour tous
les semis de printemps. “En profondeur, la porosité du sol doit être
suffisante pour permettre la circulation de l’eau et la pénétration des
racines. Le choix de la technique de travail repose en grande partie sur
la caractérisation de cet état du sol après la récolte du précédent,” note
J.P. Gillet.
Dans un second temps, il faut bien connaître les techniques utilisables.
Enfin, il faut observer la parcelle en tenant compte de plusieurs critères
: le risque de reliquat d’herbicide, la présence de débris végétaux, le
nivellement de surface et éventuellement la structure en profondeur. “Si
l’ensemble des opérations effectuées dans la culture précédente a été
réalisé dans de bonnes conditions, il y a lieu de penser que l’état
structural en profondeur est favorable, sauf en sol à structure très
instable”.
En revanche, si certains interventions ont été effectuées en conditions
limites et sont susceptibles d’avoir entraîné une dégradation de la
structure en profondeur, une observation est alors nécessaire pour bien
déterminer la profondeur et l’importance de cette dégradation, avec
éventuellement un profil cultural.
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