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Suite à
l’interdiction de l’utilisation de produits contenant de l’atrazine à
partir du 30 juin 2003, il reste deux campagnes de maïs pour se faire la
main avec d’autres produits et se préparer à l’après-atrazine.
Tous les essais réalisés depuis quelques années vont dans le même sens.
«L’ajout d’une petite dose d’atrazine est bénéfique dans toutes les
situations pour améliorer l’efficacité des autres désherbants mais aussi
pour limiter le coût», explique René Diverrès de la Chambre d’Agriculture
du Finistère.
Une petite dose d’atrazine
On constate en effet une synergie entre l’atrazine et la plupart des
désherbants et l’ajout ne serait-ce que 500 g d’atrazine permet de
diminuer la dose des autres produits ou de compléter leur spectre
d’action.
Les résultats sont clairs, les essais sont notés en fonction de
l’efficacité du désherbage avec des notes allant de 0 à 9. Plus la note
est élevée, plus l’efficacité du désherbage est bonne. On passe ainsi
d’une note 7 (sans atrazine) à 8,3 (avec 500 g) en post-levée. En
traitement post-précoce, la note passe de 5,75 (sans atrazine) à 8,5 (avec
500 g) et en post-levée de 5,6 (sans atrazine) à 8,6 (avec 500 g).
«En situation normale, on peut se permettre d’utiliser de faibles doses
d’atrazine durant les campagnes 2002 et 2003 pour améliorer l’efficacité
globale. Mais il y a deux situations où cela n’est pas possible», détaille
René Diverrès. L’atrazine est en effet interdite sur toute parcelle
culturale empiétant sur une bande de sécurité de 15 m d’un cours d’eau,
point d’eau ou plan d’eau figurant sur la carte IGN au 1/25 000.
On s’interdit volontairement l’usage de l’atrazine dans les parcelles à
risque fort de ruissellement de produits phyto-sanitaires tel qu’il est
défini dans le classement des parcelles à risques initié pour les bassins
versants de Bretagne et étendu depuis aux CTE.
Connaître la flore et adapter le traitement
Dans ce nouveau contexte, il faudra bien cerner la flore des parcelles et
adapter les produits et les doses en conséquence. Certaines plantes
étaient sensibles à l’atrazine : les renouées des oiseaux, mercuriales,
véroniques... «On risque d’avoir des surprises en voyant peut être
réapparaître des plantes qui étaient jusqu’à présent détruites par
l’atrazine».
Dans les parcelles où l’atrazine n’est pas autorisée et d’ici 2 ans dans
l’ensemble des parcelles, les solutions existent.
1 - Deux passages en pré et post-levée
Deux passages seront nécessaires dans la plupart des cas, c’est à dire un
traitement de prélevée suivi d’une post-levée. C’est la sécurité mais elle
a un coût estimé entre 450 et 600 F/ha.
On peut traiter en pré-levée avec un antigraminées éventuellement complété
par un autre produit anti-dicotylédones si son spectre est un peu étroit.
Dans la plupart des cas, il sera complété par un rattrapage en post-levée.
Pour la prélevée, on pourra utiliser des produits comme Diplome, Trophée
(groupe 2), Lagon, Wing, Frontière. Pour la post-levée, les produits
seront choisis selon la flore entre Mikado, Eclat, les bromoxynils,
Basamaïs (groupe 2), Lentagran... éventuellement complétés sur graminées
par Milagro, Cursus, Basis...
2 - Deux passages en post- levée
Autre solution possible : deux passages en post-levée avec des
associations comme Milagro-Mikado, Milagro-Basamaïs,Milagro-Callisto,
Cursus-Emblem... . «C’est moins cher mais plus contraignant. Le premier
passage doit être très précoce, surtout si l’on a des graminées estivales.
Dans ce cas, on traitera dès le stade 1 à 2 feuilles des graminées. Les
plus difficiles à éliminer étant les digitaires et notamment la filiforme
qui n’est sensible qu’au Mikado».
L’utilisation de sulfonylurées est indispensable sur sétaires, panic
dichotome, elles compensent l’action de l’atrazine sur pâturin, ray grass
et complète certains antidicots sur amarantes.
«Avec les produits de post levée, il n’y a pas de rémanence, c’est ce qui
explique le double passage quasiment obligatoire. Si on veut garder le
même taux de réussite, le prix sera effectivement plus élevé qu’avec
atrazine», poursuit René Diverrès .
Intervenir tôt
L’interdiction de l’atrazine va donc apporter une modification des
habitudes. Il va falloir intervenir tôt, vers 3 semaines, bien cerner la
flore et envisager un second passage dans les 3 semaines qui suivent.
La prélevée est en effet sensible à la pluviométrie. «Pour être efficaces,
les produits doivent être entraînés au niveau des graines en germination à
une profondeur de 3 cm. Seule la pluie peut effectuer ce travail. Ce n’est
pas toujours le cas». A l’image de l’année 2001 où l’on a eu seulement 20
mm de pluie en mai puis 3 semaines de temps sec. Par contre, quand les
conditions d’humidité sont bonnes, la rémanence fonctionne et le coût peut
être mieux contrôlé.
Plus de nuisibilité avec un maïs jeune
Quelle est la nuisibilité des mauvaises herbes sur les rendements de maïs
? «La concurrence des adventices est plus importante dans un maïs que dans
une céréale. Plusieurs essais ont montré que le rendement peut passer de
16 tonnes de matière sèche avec un désherbage réussi à 3 tonnes dans un
témoin non désherbé».
Ce sont les mauvaises herbes qui lèvent tôt (entre le stade 0 et 6
feuilles) qui apportent la concurrence la plus forte. La compétition entre
maïs et mauvaises herbes se fait au niveau de la réserve en eau et des
éléments nutritifs du sol. Les plantes qui lèvent après le stade 8 à 10
feuilles ont moins d’influence sur le rendement. La concurrence des
graminées estivales est fonction de la taille des plantes et de la durée
de la concurrence.
Sans être préjudiciables à la culture elle-même, les mauvaises herbes
peuvent par contre rendre la récolte plus difficile. Des chénopodes d’une
hauteur de 1,80 m, même peu nombreux, seront plus gênants que des
véroniques. Pour ne pas avoir de conséquences défavorables sur le
rendement, on visera une note d’efficacité de 7 qui correspond à une
élimination de 90 % des adventices.
Les techniques alternatives
Il existe d’autres techniques alternatives. Le tout mécanique est
difficile à gérer. «Il faut l’inclure dans un raisonnement global de
succession des cultures. La maîtrise de la herse étrille n’est pas facile,
les destructions de plants de maïs peuvent être importantes car il faut
passer tôt à l’aveugle avant que la culture ne lève. L’incidence peut être
très néfaste sur les rendements».
Le désherbage mixte s’est développé ces dernières années. Il consiste à
associer un binage dans l’inter-rang et un désherbage chimique sur une
largeur de 10 cm de part et d’autre du rang. Avec cette technique,
l’incidence sur les rendements est favorable (ils sont souvent meilleurs
qu’en traitement chimique). Les résultats vis à vis de la protection de
l’eau sont bons car la dose de produit chimique utilisée est divisée par
trois et le ruissellement est limité. Il reste le problème de la maîtrise
de la machine et le temps passé pour réaliser l’opération.
L’investissement collectif et l’utilisation d’un seul chauffeur facilitent
souvent les chantiers.
La fin programmée de l’atrazine
Un arrêté du 28 septembre 2001 du Ministère de l’Agriculture a engagé le
retrait de l’atrazine dans les conditions suivantes :
- le retrait de l’autorisation de mise en marché est applicable au 30
septembre 2002. Les produits contenant de l’atrazine ne pourront plus être
vendus à partir de cette date.
- l’usage même des produits finaux sera interdit à partir du 30 juin 2003.
Concrètement, cet arrêté stipule donc l’interdiction de vente au 30
septembre 2002 et l’interdiction d’utilisation au 30 juin 2003.
En Bretagne, les arrêtés préfectoraux entrés en vigueur au 1-09-1998,
s’appliquent encore pour les 4 départements. Ils stipulent que
l’application de produits contenant de l’atrazine est interdite dans toute
parcelle distante de moins de 15 mètres d’un cours d’eau.
Cet arrêté ne s’applique pas s’il existe autour des plans d’eau ou le long
des cours d’eau, une bande enherbée d’au moins 15 mètres de large, une
jachère ou une bande boisée d’au moins 15 mètres. Cette dérogation ne
s’applique pas si la parcelle est drainée. Tout emploi de produits
phyto-sanitaires est interdit sur ces bandes enherbées, jachères ou
surfaces boisées.
Les désherbants classés en groupes
Les désherbants ont été classés par la Corpep en trois groupes en fonction
de leur risque de passage dans les eaux superficielles.
Groupe 1 : faible risque de passage dans l’eau lié
- soit à une faible dose de matière active/ha comme le Mikado, Milagro,
Basis, Eclat, Callisto...
- soit à une forte fixation sur la matière organique : Emblem, Prowl...
- soit à une dégradation rapide (demi-vie inférieure à 8 jours) Lentagran,
Merlin, Starane...
Groupe 2 : risque de passage dans l’eau limité avec des produits comme
Lasso, Duelor, Trophée, Harness, Basamaïs…
Groupe 3 : risque important de passage dans l’eau superficielle avec
l’exemple de l’atrazine.
Les parcelles à risques nécessitent des traitements adaptés
La restauration de la qualité de l’eau est un objectif prioritaire du
monde agricole. Les bassins versants servent de locomotive pour avancer
vers des solutions d’amélioration de cette qualité. L’une d’entre elles
consiste à classer les parcelles en fonction de cinq critères de manière à
déterminer celles qui présentent le plus de risques de transfert des
produits phytosanitaires dans les eaux.
Cinq critères
La méthode de classification prend en compte par ordre d’importance :
- la distance du point d’aval au réseau d’eau circulante avec 3 classes :
moins de 20 m, de 20 à 200 m et plus de 200 m.
- le pourcentage de pente moyenne des parcelles 3 classes : moins de 3 %,
de 3 à 5 % et plus de 5 %
- l’existence ou non d’un drainage
- la longueur maximale de la pente dans le sens d’écoulement : moins de 50
m, de 50 à 150 m et plus de 150 m.
- la présence d’une protection continue à l’aval de la parcelle
L’analyse de ces 5 critères aboutit à un classement des parcelles qui
figure sur le tableau ci-contre. La classe 1 représente les parcelles à
risque fort, la classe 2 à risque moyen et la classe 3 à risque faible.
Combiner molécules et risques
Les molécules phyto-sanitaires ont elles même été classées en trois
catégories (voir encadré page précédente)
- groupe 1 : les molécules à faible risque de ruissellement
- groupe 2 : molécules à risque limité dans le temps
- groupe 3 : molécules à risque élevé de ruissellement
L’intérêt de la démarche consiste à combiner le risque de la parcelle avec
l’utilisation d’une molécule d’un groupe donné.
Pour un risque parcellaire élevé, on utilisera des produits du groupe.
Pour un risque moyen, des produits du groupe 1 et 2 (avec possibilité
d’atrazine 500 g maxi sauf dans les parcelles proches des cours d’eau) et
pour le risque faible des produits des groupes 1, 2 et 3.
Quand les parcelles sont à proximité des cours d’eau, ces informations
doivent être prises en compte et les pratiques doivent être adaptées en
conséquence pour réduire les risques de transfert. Les produits phytos
doivent absolument rester dans les parcelles où elles sont appliquées.
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