|
Pour les producteurs, ça va être très difficile…", commente Bernard Collet, serriste à Noyal-Châtillon-sur-Seiche et administrateur à Solarenn (les maraîchers du pays rennais). Novembre est arrivé avec l'annonce d'une note plutôt salée : + 23,5 % pour le prix du gaz pour les producteurs, soit une progression de plus de 40 % depuis le 1er juillet.
Sur une exploitation, le poste énergie représente 30 % des coûts de production. "Il va devenir le 1er poste de charges, dépassant la main d'œuvre, annonce Bernard Collet. En 2005 la consommation de gaz m'a coûté 9 euros le m2. Avec cette annonce et la prévision d'augmentation de janvier, je prévois 4 euros de plus au m2 l'année prochaine." Chez Bernard Collet, les 17 000 m2 de serres de tomates sont chauffés au gaz naturel, avec stockage d'eau chaude, ce qui permet d'utiliser 100 % de l'énergie. Un équipement récent, les serres datant de 2001 et 2002, qu'il faut déjà amortir.
Comment réagir, puisqu'aucune offre concurrente d'EDF-GDF ne s'est présentée et que la répercussion de la hausse du prix du gaz sur celui du kg de tomate ne semble pas envisageable? "Sentant la crise venir, nous avons installé début octobre un écran thermique. On espère économiser 20 % d'énergie", explique le producteur, pour lequel la méthode forte, qui consisterait à ne payer qu'une partie de la facture GDF, n'est pas exclue. "Si aucun aménagement de paiement n'est obtenu, les producteurs se mettront d'accord sur la conduite à adopter, ça ne devrait pas poser problème."
Aucune avancée
Face à la hausse du coût de l'énergie, c'est en effet toute une filière qui se mobilise. Jeudi et vendredi derniers, dans les Côtes d'Armor et l'Ille-et-Vilaine, des producteurs ont obtenu un rendez-vous avec des représentants des préfectures pour discuter du dossier. Mardi 8, c'était à Paris qu'avaient lieu les discussions, entre des représentants de la profession et le directeur de cabinet du ministre de l'agriculture. "Nous n'avons rien obtenu de concret, déplore Pierre Diot, président de Solarenn, de la section régionale et de la section nationale tomates. Le ministère s'est simplement engagé à organiser une réunion dans le courant de la semaine prochaine avec GDF."
Les producteurs restent mobilisés. "Nous demandons la mise en place d'un dispositif garantissant un approvisionnement en énergie économique-
ment viable, et la prise en charge de la taxe accordée par le ministre des transports Dominique Perben aux transporteurs pour que ceux-ci répercutent la hausse du prix du gasoil à leurs clients", expliquent les responsables des sections légumes JA et FDSEA 22.
67 % des surfaces en serres concernées
D'après une enquête d'octobre dernier réalisée par le Caté (Comité d'action technique et économique) auprès de Savéol, Prince de Bretagne et Solarenn, 67 % des surfaces en serres de tomates sont chauffées au gaz naturel. 20 % le sont au fioul lourd, 10 % au propane et butane, et enfin 2 % avec d'autres énergies, majoritairement le bois. Par ailleurs, 35 % des surfaces sont dotées, ou vont s'équiper en 2006, d'écrans thermiques. "Au moins 35 hectares supplémentaires seront équipés cette année", indique Alain Guillou, responsable expérimentation sous serres au Caté.
Anne-Laure Lussou
|
|