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Les effets du découplage se font déjà sentir en Angleterre. Depuis le 1er janvier 2005, les éleveurs anglais s’adaptent au nouveau dispositif des aides Pac. Dans le sud du pays, des systèmes de contractualisation se développent entre agriculteurs, industriels et distributeurs.
Rationalisation de la production
L’entreprise d’abattage et de découpe Southern Counties Fresh Foods Ltd a lancé un nouveau programme en ce sens, baptisé « Blade Farming ». « La priorité est donnée à la saveur et à la tendreté de la viande », explique Rémi Fourrier, directeur de l’Office des viandes britanniques en France. Ici, point de race à viande – qui n’a selon lui « aucune importance sur la qualité du produit » –, on privilégie les croisements et le rendement. L’éleveur rationalise ses outils de production et tire profit de ce qu’il possède déjà sur son exploitation. Adrian Gleed, basé à Cirencester dans le Gloucestershire, élève ses veaux croisés Angus x Holstein, jusqu’à 14 mois et doit respecter un cahier des charges précis. L’alimentation est composée de 60 à 70 % de blé et d’orge, provenant directement de ses terres. « Les céréales permettent d’engraisser plus vite les animaux que l’utilisation d’un système à l’herbe. Ils gagnent 2 kilos par jour », estime-t-il. De la vitamine E, peu présente dans les céréales, est par ailleurs ajoutée dans la ration pour éviter l’oxydation des Oméga 3. « Cela permet d’augmenter la durée de vie de la viande et sa tendreté », explique Richard Phelps, directeur général de Southern Counties.
Développement de l’intégration
Cinquante-deux éleveurs, représentant 10 000 têtes de bétail, font pour l’instant partie du système « Blade farming ». Chacun d’eux est contractualisé avec Southern Counties ; l’entreprise d’abattage étant elle-même liée aux supermarchés Somerfield pour ce programme. La viande bovine Blade est ainsi distribuée dans les magasins de la chaîne, mais pour l’instant exclusivement dans le sud de l’Angleterre. « Vu la demande, le système devrait s’étendre à d’autres régions », confie Richard Phelps. Avec la nouvelle Pac, les systèmes d’intégration devraient rapidement se développer en Angleterre, industriels et éleveurs y trouvant largement leur compte. « Le système permet de sécuriser le revenu des agriculteurs et de réguler l’approvisionnement des ateliers d’abattages. C’est l’avenir des éleveurs dans le Sud de l’Angleterre », considère Rémi Fourrier.
Baisse de la production incertaine
Pour l’instant, selon l’English Beef & Lamb Executive (Eblex), le découplage des aides ne semble pas avoir modifié de façon importante l’effectif du cheptel bovin anglais. La nouvelle Pac ne semble pas spécialement faire peur aux professionnels britanniques, contrairement aux Français. Selon Andrew Garvey, directeur marketing d’Eblex, « le découplage implique deux conséquences possibles ». « Avec l’aide unique, certains éleveurs âgés ont tendance à diminuer leur cheptel, mais dans le même temps, les jeunes ont l’opportunité d’intensifier leur production pour augmenter leurs revenus », explique-t-il. Les systèmes comme « Blade Farming » pourraient en tout cas permettre d’aller dans ce sens.
Moins de déficit européen grâce au bœuf britannique !
Depuis le 7 novembre, la viande britannique issue de bovins de plus de 30 mois et nés après le 1er août 1996 sera à nouveau disponible pour la consommation et pour l’exportation. Selon l’Office des viandes de Grande-Bretagne en France (MLC France), l’apport d’environ 180 000 tonnes de viandes bovines anglaises devrait permettre de ramener le déficit européen à 220 000 tonnes, contre 400 000 tonnes actuellement (25 pays membres). L’essentiel de cet apport (160 000 tonnes) devrait être réservé au marché britannique. Par circuit, les experts du MLC prévoient l’arrivée de 45 000 tonnes de viande bovine dans les rayons frais et surgelés de la grande distribution, 96 000 tonnes pour l’élaboration de préparations à base de viande (distribution et restauration hors foyer) et 19 000 tonnes pour le bœuf frais et surgelé en restauration hors foyer. Seulement 20 000 tonnes devraient être destinées à l’exportation. Les Pays-Bas, la Belgique et l’Italie devraient être les premiers pays importateurs. La France n’en fait pour l’instant pas partie.
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