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Rien ne vaut un exemple sur le terrain pour illustrer une position professionnelle sur un sujet aussi ardu, sensible et délicat que celui de l’environnement. La FDSEA en présentant la situation d’Annie-Claude et Jean-Luc Morfouasse producteurs de lait et de porcs à Illifaut démontre que certaines obligations sont à la fois aberrantes, anti-économiques sans rien apporter sur le plan environnemental.
Annie-Claude et Jean-Luc Morfouasse conduisent une exploitation de dimension moyenne avec un quota de 225 000 litres de lait et un atelier porcs de 112 truies et 950 places d’engraissement avec l’appui d’un salarié. Comme un certain nombre d’éleveurs, ils sont aujourd’hui mis en demeure par l’administration de proposer une solution de traitement de leurs effluents, puisqu’ils dépassent le seuil de 12 500 unités d’azote dans un canton en ZES.
Pas de solutions satisfaisantes
Concrètement l’élevage produit annuellement 14 500 unités d’azote. Les déjections sont particulièrement bien réparties sur les 66 ha (56 ha épandables) de l’exploitation et 25 ha prêtés par des tiers dans le cadre du plan d’épandage. La moyenne par ha se situe à 164 unités d’azote et 87 unités de phosphore.
Le recours au traitement impose, comme le prévoit les textes, le retour sur les terres en propre. Plusieurs solutions peuvent être mises en œuvre mais ne sont pas sans conséquences pour l’exploitation. L’étude du dossier montre que le fait de traiter uniquement l’azote excédentaire aboutirait à apporter sur les terres épandables toujours 164 unités d’azote, mais une plus forte concentration du phosphore qui passerait à 128 unités par ha. « Alors que l’administration n’a de cesse de vouloir réduire les apports en phosphore et envisage d’imposer la norme de 100 unités par ha et par an » .
Le traitement de l’azote et du phosphore peut aussi être envisagé, mais engendre une charge supplémentaire de 12 à 15 euros par m3 traité soit pour les 1000 m3 qui seraient à traiter une charge annuelle comprise entre 12000 et 15 000 euros. La dernière solution consisterait à réduire le cheptel pour redescendre en dessous du seuil d’obligation de traitement. Une solution qui ferait baisser le revenu. Se poserait de fait la question de la possibilité de conserver le salarié. Ce que souhaitent les éleveurs pour des questions de qualité de vie. Sans oublier que les prêteurs de terre pourraient être contraints d’acheter de l’azote minéral.
Pour Alain Tiengou, l’un des deux responsables environnement à la FDSEA, « cet exemple illustre à la fois la difficulté rencontrée par les éleveurs à prendre les bonnes décisions dans un contexte permanent d’évolution de la législation et les incohérences de certaines dispositions ». Il conteste d’autant plus que la FDSEA a depuis plusieurs mois demandé une réactualisation des chiffres (RGA 2000) pris en compte pour évaluer le cheptel présent dans les cantons et donc les déjections réellement produites, ainsi que les bases prises en compte pour estimer les surfaces potentiellement épandables.
Des arguments forts
Il argumente sur ces deux points. Selon les chiffres fournis par la DDAF, sur le canton de Merdrignac il fallait résorber 400 223 unités d’azote. Le bilan qu’elle en fait, montre que le traitement, le biphase et le transfert ont permis déjà de résorber 226 573, soit 57 % de l’objectif.
Premier argument, les effectifs d’animaux surestimés. « Nous nous appuyons sur les chiffres officiels fournis par des organismes reconnus tels que l’Arsoe, Uniporc, l’UGPVB … pour démontrer que les effectifs d’animaux présents ont fortement diminué entre 2000 et 2005 (- 3 % pour les vaches laitières, stable pour les truies, - 16,8 % pour la volaille), soit en équivalent azote 73 000 unités d’azote (18 % de l’objectif de résorption). Il ne resterait donc plus que 100 000 unités d’azote à résorber ».
Deuxième argument, la SPE sous-estimée : « Les bases retenues sont 70 % de la SAU et 50 % des terres disponibles mises à disposition. Dans les dossiers d’installations classées soumis aux enquêtes publiques les surfaces potentiellement épandables sont toujours supérieures à ce taux. Une enquête réalisée sur le canton de Broons a aussi montré que ce taux était nettement supérieur (87 %). Or sur un canton comme Merdrignac augmenter de 5 % la SPE conduirait à résorber 140 250 unités d’azote soit plus que les 100 000 unités qui resterait à résorber si l’on tient compte des effectifs réellement présents. Si nous prenions 85 % de SPE, la résorption serait de 420 750 unités soit 105 % de l’objectif initial ».
Dès lors pour le responsable environnement de la FDSEA il n’y a plus lieu de contraindre des éleveurs à traiter. « Ce serait une aberration et totalement illogique, alors que la seule conséquence serait d’engager les éleveurs dans des investissements improductifs, pendant que d’autres seraient contraints d’acheter de l’engrais minéral. Totalement à l’inverse de l’objectif recherché qui est de valoriser au mieux les déjections sur les terres disponibles dans le respect de la réglementation », conclut Alain Tiengou.
Pierre Dénès
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