|
A un moment ou l’autre de
sa carrière, un exploitant peut être confronté au choix suivant : investir
dans du matériel de traction, de préparation et de semis ou faire appel à
une Cuma ou à une entreprise de travaux agricoles pour réaliser ses
travaux.
Les données du problème sont souvent spécifiques à chaque exploitant, en
fonction du matériel existant ou à reprendre, des productions de
l’exploitation, du temps disponible, de ses propres souhaits. Les
motivations peuvent en effet être très différentes. Certains ne sont pas
attirés par le travail du sol et préfèrent se concentrer sur leur élevage.
D’autres, à l’inverse, veulent “changer d’air” de temps en temps et sortir
de leurs bâtiments.
Investir ou pas
L’étude présentée ici a été réalisée par Alain Le Maux, conseiller de
gestion Chambre d’Agriculture-CER 22. Elle dresse quelques pistes de
réflexion sur les choix possibles et la démarche de raisonnement. Les
chiffres obtenus n’ont qu’une valeur indicative.
L’objectif est de comparer le coût global pour un exploitant dans les deux
hypothèses suivantes :
1 - Achat d’un tracteur 100 cv, 4 RM et du matériel nécessaire pour
réaliser lui-même les travaux de labour, préparation du sol, semis,
fertilisation, pulvérisation et transport de récolte. La récolte est
réalisée par entreprise ou cuma.
2 - Appel à Cuma ou entreprise pour travaux de labour, préparation, semis,
récolte et transport. La fertilisation et la pulvérisation sont réalisées.
Le matériel est limité à un tracteur de 60 cv, un épandeur d’engrais et un
pulvérisateur.
Les caractéristiques de l’exploitation sont celles d’un atelier laitier
classique : surface utile de 52 ha dont 19,50 ha de maïs fourrage, 16,50
ha d’herbe, 14 ha de blé, 2 ha de jachère. Le quota laitier est de 283 000
litres (40 VL).
Les temps de travaux ont été calculés en tenant compte de temps moyens à
l’hectare. Globalement, dans l’hypothèse 1, on arrive à 320 heures de
fonctionnement du tracteur dont 47 h de labour, 55 h de préparation de
sol, 34 h de semis, 34 h de pulvérisation, 56 h de fertilisation et 92 h
de récolte de foin, transport de fourrage ou de paille. Cent heures de
temps improductif ont été rajoutées (déplacement, attelage, dételage, un
peu d’entretien...) pour arriver à 420 heures de fonctionnement. Dans
l’hypothèse 2, le temps de travail est de 175 h.
Des charges
comparables
Le calcul économique tient compte de la durée de vie du matériel (10 à 15
ans) et non à un amortissement comptable ou à la durée d’emprunt, 15 ans
pour semoir et remorque. Le coût financier est calculé au taux de 6 %.
Les coûts globaux annuels tiennent compte de cet amortissement sur la
durée de vie et des frais de fonctionnement :
• Hypothèse 1
- tracteur 48 200 F
- charrue 10 000 F
- herse rotat. 9 300 F
- semi maïs (1) 3 500 F
- semi herbe-cér 1 900 F
- pulvérisation (1) 4 000 F
- fertilisation (1) 1 400 F
- remorque 7 000 F
- déchaumage 3 500 F
- travaux par cuma
ou entreprise 49 200 F
Soit un coût total de 138 000 F
• Dans l’hypothèse 2, on retrouve les coûts suivants pour le matériel
individuel :
- tracteur 22 000 F
- fertilisation (1) 1 400 F
- pulvérisation (1) 4 000 F
et des travaux par entreprise ou cuma pour :
- labour 18 800 F
- préparation 17 700 F
- semi maïs 7 000 F
- semi blé 5 000 F
- récolte maïs
(chantier complet) 33 000 F
- récolte blé 11 200 F
- pressage 10 000 F
- épandage 7 000 F
soit un total
de charges de 137 100 F
Les deux hypothèses donnent des coûts très proches de l’ordre de 137 à 138
000 F. Par contre dans l’hypothèse 1, le travail est fait par l’exploitant
(420 heures) alors que dans l’autre cas, il n’a que 175 heures de travail.
Le temps libéré est de l’ordre de 240 heures.
Du temps libéré
Que fait-on de ces 240 heures de temps libéré ? (enquête auprès des
groupes Atout Lait). C’est la question qu’on peut ensuite se poser car les
possibilités sont multiples : passer plus de temps en élevage pour
augmenter les performances, participer à des formations, prendre du temps
libre en famille...Ce temps n’est pas mesurable facilement au niveau
économique. Par contre, de plus en plus d’agriculteurs sont seuls sur leur
exploitation et leur emploi du temps est souvent assez complet.
Dans les périodes de gros travaux, la préparation et le semis de céréales
ou du maïs, les récoltes, les épandages..., sont des tâches qui viennent
en plus des travaux quotidiens. Les performances de l’élevage peuvent en
souffrir, qu’il s’agisse des vêlages, de la fécondité des vaches, de la
productivité des truies. Parfois, ce sont les cultures qui pâtissent d’une
surcharge de travail car les semis et traitements ne sont pas faits à
temps.
Au yeux de certains agriculteurs, l’aspect fiscal justifie les
investissements. Les achats à titre individuel seraient-ils plus
intéressants en réduisant par exemple les impôts ou les charges sociales ?
En fait, les charges imputables en comptabilité sont quasi-équivalentes
dans un cas comme dans l’autre.
La seule différence figure dans l’imposition des plus-values. En effet, un
agriculteur au réel peut amortir plus vite et renouveler son matériel. Si
le chiffre d’affaires est supérieur à 1 million de F, ces plus-values
seront imposables. Au dessous de cette limite de chiffre d’affaires, les
plus-values ne sont pas imposables. Cette limite d’1 million de F.
correspond à un quota d’environ 250 000 litres de lait.
Le poids
de la traction
Quand on raisonne une démarche de choix d’investissement ou d’appel à une
Cuma ou une entreprise, il faut centrer sa réflexion sur la traction car
c’est à ce niveau que sont les charges les plus lourdes. En effet, dans la
synthèse des audits Mécagest réalisés par la Fédération des Cuma des Côtes
d’Armor, le coût moyen de mécanisation atteint 2 600 F/ha pour les
agriculteurs ayant investi à titre personnel. La traction représente 35 à
40 % de cette charge globale. C’est donc là qu’il faut porter l’effort. Il
y a deux manières de réduire la charge : l’achat en groupe dans le cadre
d’une Cuma, ou l’appel à une entreprise dont les tracteurs sont amortis
sur un nombre d’heures plus important. Le choix entre les deux formules
répond ensuite à d’autres motivations.
Cuma intégrale ou entreprise :
à chacun ses motivations
L’intérêt de l’adhésion à une Cuma intégrale ou d’avoir des prestations
par entreprise de travaux agricoles dépend des motivations de chaque
exploitant. Dans les Cuma, l’esprit de groupe est mis en avant. Encore
faut-il avoir des voisins en nombre suffisant, qui soient intéressés et
avec qui on puisse bien s’entendre. Si ces conditions sont réunies,
l’avantage du groupe est de pouvoir discuter, échanger et s’enrichir au
contact des autres adhérents.
Les entrepreneurs mettent en avant la liberté dont dispose l’agriculteur
pour choisir son entrepreneur et la possibilité de négociation sur les
prix mais aussi les compétences, la qualité du travail et l’échéancier de
réalisation des travaux.
En faisant appel à l’une ou l’autre de ces deux solutions, l’agriculteur
aura à sa disposition un matériel performant pour réaliser ses travaux de
culture, renouvelé tous les 5 à 6 ans et entretenu régulièrement (ce qui
évite les éventuelles pannes). Ces matériels travaillent à pleine
puissance, les chauffeurs sont en général bien formés et règlent au mieux
leurs matériels de plus en plus sophistiqués. La Cuma ou l’entreprise
peuvent également proposer du matériel utilisant des technologies
nouvelles comme les tonnes à lisier avec pendillards, les techniques
simplifiées de semis... La taille, le prix et la sophistication de ces
matériels font que l’agriculteur ne peut pas les acquérir à titre
individuel.
Au niveau des coûts, l’article ci-contre montre que financièrement les
solutions sont quasi-équivalentes, mis à part les 240 heures de temps
“libéré” . Le choix dépend de chacun. Le piège dans lequel il ne faut pas
tomber, c’est la solution intermédiaire dans laquelle l’agriculteur fait
appel à la Cuma ou à l’entreprise tout en ayant chez lui un parc de
matériel important et prévu de manière à réaliser lui-même ses travaux.
Les charges sont alors beaucoup plus importantes. Quand on a choisi l’une
ou l’autre des trois solutions, il faut être cohérent et jouer à fond la
solution choisie.
(1) matériel en copropriété |