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L’oignon n’est pas une échalote. Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Depuis plus de 10 ans, les légumiers bretons, qui voient régulièrement l’échalote mise indûment dans le même panier que les oignons, se livrent sans relâche aux explications de texte. « Une échalote se plante et un oignon se sème », martèle Pierre Gélébart, chef produit échalote au Cérafel. Et de délivrer le test infaillible qui permet de déceler l’intrus. « Il suffit de peser avec le doigt à la base du légume pour vérifier la présence du durillon. Si c’est la cas : c’est une échalote ».
Des coûts de revient différents
Reste que ce qui paraît une évidence de bons sens aux 700 producteurs bretons est sans cesse torpillé par ceux qui ont des intérêts économiques à faire passer leurs oignons pour des échalotes. Car l’enjeu est de taille : une échalote se vend nettement plus cher qu’un oignon dont le coût de revient est de 30 à 50 % moins élevé (culture mécanisée sur des grandes surfaces), Alors si l’on peut faire passer un oignon pour une échalote… pourquoi s’en priver se disent certains obtenteurs de semences. Notamment les Hollandais qui ont réussi à inscrire leur oignon sur le catalogue européen des semences à la place de celui des plants.
Il est là le cœur du dossier de l’échalote. Avec ce risque que ce condiment-légume produit par 500 exploitations finistériennes disparaisse, faute d’être concurrentiel. « Manifestement, il y a eu erreur d’inscription au catalogue des plants », estime P. Gélébart, précisant encore que «la vraie échalote est actuellement protégée par un arrêté de commercialisation ».
Le tribunal de Luxembourg tranchera
Aujourd’hui, l’affaire portée en justice est parvenue jusqu’au Conseil d’État. « Conseil d’État qui a posé la question au Tribunal européen de Luxembourg pour savoir si « l’oignon hollandais » a le droit de s’appeler échalote ». Avec le risque évident que l’instance européenne s’attache davantage à défendre la libre circulation des marchandises, fondement européen inscrit dans le Traité de Rome, plus que la définition même de l’échalote. Réponse peut-être à l’automne…
Bref, la partie n’est pas gagnée. D’où cette nouvelle mobilisation des professionnels et politiques, réunis lundi dernier à l’initiative du préfet, Gonthier Friederici, autour d’un déjeuner-dégustation 100 % échalote de tradition bretonne. « Une union sacrée des élus finistériens, qui quelle que soit leur appartenance politique ont chacun à leur niveau, appuyé les différentes démarches des professionnels, tant au niveau parisien qu’à Bruxelles », s’est ainsi véritablement scellée lundi à la préfecture. On en était presque à la « béatification de l’échalote », comme l’a dit Bernard Poignant, député européen, visiblement conquis par une échalote fourrée aux langoustines. Ne manque plus qu’un saint – Bernard ( ?) – pour protéger la véritable échalote de tradition des fourches caudines de Bruxelles…
Didier Le Du
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