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Faire connaître et reconnaître la race Normande, Roger Brault le président de Normande 35 s’y emploie. Il suffit d’examiner l’activité de l’année passée du syndicat. Il y a bien sûr les concours à tous les niveaux : les comices où les juges découvrent des animaux de qualité venant d’élevages nouveaux, le concours départemental toujours très suivi et aussi le Salon de Paris avec la championne jeune à Henri Hamard.
Le syndicat a aussi organisé un voyage en Irlande en juin dernier, « un bon moyen de s’ouvrir les yeux sur l’extérieur », selon le président. Les participants ont pu apprécier ce qu’était une conduite économique d’un troupeau laitier ainsi que la maîtrise de l’herbe (vêlage de printemps pour profiter au maximum de la pousse de l’herbe). Normande 35 s’est aussi investi dans la défense de la grille de paiement du TB et du TP, ou encore dans la présentation de la race aux élèves des écoles d’agriculture. La dernière assemblée a été l’occasion de rendre visite à un élevage performant sur le plan économique.
Ce dernier point reste essentiel pour le président. Il n’a pas manqué de rappeler que les élevages normands dégagent une marge brute au litre de lait supérieure à la moyenne. Les prix plus élevés du lait, des veaux, vaches de réforme et jeunes bovins l’expliquent. Aussi il donne comme objectif aux éleveurs d’atteindre une marge brute de 300 euros pour 1000 litres afin de tirer le revenu vers le haut. Et si possible avec des Normandes.
Les éleveurs ont aussi depuis peu des marchés de génisses vers le Maghreb, la Bosnie. Synergie Normande est venu rappeler les conditions : les génisses doivent être inséminées avant 20 mois, trois générations de taureaux doivent être connues, elles doivent être écornées. « Il faut nous proposer les animaux dès 3-4 mois de gestation afin de répondre aux marchés qui s’ouvrent », insiste Philippe Leblanc. À noter que le marché français est preneur de génisses et de vaches en lait.
Plus de lait et moins de vaches
Côté performances, l’année 2004 a plutôt été bonne. La production laitière a augmenté de 84 kg à 6000 kg pendant que la quantité de concentrés baissait de 48 kg (723 kg) ; le coût alimentaire a été réduit de 1,5 euro pour 1000 litres. La qualité du lait s’est aussi améliorée (78,9 % de comptages inférieur à 300 000 cellules) et le pourcentage de réussite en première IA s’est stabilisé à un bon niveau : 59,8 %.
C’est en revanche moins bon sur le plan des effectifs : les 18 troupeaux en moins ont entraîné un recul de 324 vaches contrôlées sur un total de 22 719. La même tendance est observée dans les centres d’insémination avec 4,6 % d’inséminations premières en moins. La diminution est d’ailleurs aussi importante chez les adhérents du Contrôle laitier que pour l’ensemble du cheptel. Au regard de ces seuls chiffres, la promotion de la race reste d’actualité.
Point positif, les IAP de testage couvrent les besoins, les centres d’insémination maintiennent la pression de sélection. L’Urceo, Amélis et l’Oger ont décidé mettre en commun les semences Normandes afin d’offrir plus de disponibilité, de variabilité. Elles viennent en plus du fonds commun du GNA.
Les producteurs de lait doivent s’intéresser à la viande
La consommation de viande bovine a repris des couleurs pendant que la production s’effrite. Le résultat : l’Union européenne d’excédentaire est devenue déficitaire. C’est bon pour les prix. Les prévisions à 6-7 ans mettent en avant une consommation plutôt à la baisse et surtout un recul de la production. Le nombre de vaches laitières va continuer de régresser avec une productivité à la hausse (500 kg de plus sur les dix dernières années pour la Normande) et elles ne seront remplacées que très partiellement par les allaitantes. Une part de la production proviendra de la décapitalisation du cheptel reproducteur. Désormais, la question essentielle sera de gérer les importations.
Que faire dans ce nouveau contexte ? André Marchand (Abattoir SVA) devant les adhérents de l’association Normande 35 insiste pour que la filière conserve les marchés vers les Pays du Sud. Les éleveurs doivent aussi prendre en compte la réforme de la PAC avec le découplage. Et puis il y a le marché intérieur français à reconquérir : « Le déficit de viande de vaches de réforme (le cœur du marché) ne sera pas automatiquement comblé par le jeune bovin. À côté, il y a place pour une production de bœufs. Il faut se rappeler qu’un produit doit toujours être en phase avec le marché », explique-t-il. Les études faites dans la production de bœufs à l’herbe montrent que cette production tient la route économiquement et qu’elle ne présente pas plus de risque qu’une céréale.
Pour réduire le déficit européen, il n’y a guère que les producteurs de lait qui peuvent le faire. André Marchand verrait d’un bon œil que les 100 000 producteurs de lait français aient une dizaine de vaches en plus et deviennent ainsi naisseurs-engraisseurs de jeunes bovins ou de bœufs. Une bonne part du déficit serait comblée. Utopique ? Le risque de se lancer dans la production de viande bovine n’est pas si important et l’ensemble de la filière s’y retrouverait.
Paul Chauvin
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