|
Les producteurs de lait ne digèrent pas le niveau de la baisse du prix du lait sur la livraison de juillet. A l’appel de la FDSEA et des JA, précédant la journée blanche de jeudi (pas de collecte tolérée par les syndicalistes), ils ont conduit une action mercredi matin dans deux sites des laiteries coopératives du département, à St Agathon pour le groupe Unicopa et Yffiniac pour le groupe Coopagri. Une action symbolique sur le principe puisqu’il s’agissait de remettre aux représentants des entreprises concernées un diplôme peu enviable : celui de mauvais payeurs. Si les deux actions se sont déroulées dans le calme, le dialogue entre les producteurs et les représentants des entreprises (directeurs de production et présidents) a montré que le mal était profond et la tension forte.
Crise de confiance d’abord, dans la mesure où les représentants syndicaux reprochent aux responsables des entreprises concernées de ne pas respecter les engagements pris lors des négociations interprofessionnelles du printemps sur le niveau de la baisse. «Ce qui, expliquent Hervé Moël (FDSEA) et David Perrot (JA), entraîne de fait une anarchie sur les prix payés entre les différentes entreprises et donc entre producteurs ». L’écart entre celle qui a payé le plus et celle qui a payé le moins serait de l’ordre de 11 euros pour 1000 litres sur juillet. Non justifiés selon eux compte tenu de la situation du marché et notamment des produits dits industriels (beurre- poudre).
Dures réalités du marché
Si les responsables des entreprises ne contestent pas les chiffres, ils apportent quelques justifications à leur situation et expliquent leur position. Ainsi Jean-Yves Barzic, président d’Unicopa regrette que dans «l’accord du 30 mai, l’une des conditions pour son respect, était de trouver un mécanisme permettant l’équilibre de la filière et notamment le règlement du problème lié à la faible valorisation -beurre-poudre- . Rien n’a été fait de concret dans ce domaine». Dès lors il considère que « l’accord interprofessionnel ne pouvait tenir pour les entreprises ayant un mix-produits défavorable». En échange du fameux diplôme, il a d’ailleurs remis une note qui rappelait les conditions qui rendaient possible le respect de l’accord.
Pas évident pour les responsables de la coopération, confrontés aux difficultés économiques, de convaincre des interlocuteurs qui eux-aussi campaient sur leurs positions. «Vous voulez récupérer l’aide laitière, vous ne tenez aucun compte de l’évolution de nos charges …». Autant d’arguments que réfutent les entreprises. Elles se justifient sur des réalités de marché, comme la baisse de la valorisation de certains fromages. Par exemple l’emmental, vers lequel un certain nombre d’entreprises se sont récemment orientées, venant encombrer le marché et donc peser sur les prix. Jean-Yves Barzic rappelle enfin que « contrairement à d’autres secteurs, la coopération n’a lâché aucun litre de lait, ni abandonné aucun producteur». Du côté des syndicalistes, un impératif s’impose désormais, le retour de toutes les parties à la table des négociations.
Pierre Dénès
|
|