|
Nous sommes fous si nous pensons que les choses peuvent continuer comme avant. Vous êtes fous si vous pensez que l'Etat sera toujours là pour vous aider. Vous êtes encore plus fous si vous pensez vous débrouiller tout seul." Les trois postulats, accrocheurs, sont signés Andrew Cookson, directeur général d'un cabinet européen d'études agroalimentaires (le Gira). Invité par les élus lors de la dernière session de chambre, il a lancé le débat sur la mondialisation, avant de laisser la parole à Jean-Guy Le Floc'h, président d'Armor Lux, qui a témoigné de son expérience dans le textile.
L'âge d'or est terminé
Á la base, quelques constats : le lait et la viande représentent 75 % du chiffre d'affaires de la Bretagne. Or, la consommation de ces produits ne progresse plus chez nous, mais dans les pays en développement. Deviendrons-nous donc les nouveaux fournisseurs de la Chine et de l'Amérique du sud? "Non, répond Andrew Cookson. Leur demande sera satisfaite surtout par la production locale, et par l'Océanie, qui contrôle environ 70 % du commerce international de beurre et de matière grasse." Confrontée à la stagnation de la demande, la Bretagne devra trouver d'autres voies de développement. "Elle est devenue l'un des plus forts centres de production et de première transformation agricole en Europe, parce qu'elle a toujours mis l'accent sur les volumes et l'efficacité industrielle, plutôt que sur le marketing. Mais les temps ont changé."
Urgence de changement
Pour Andrew Cookson, il faut gérer la transition dès aujourd'hui. Et cela commence par une nécessaire concentration des entreprises, trop nombreuses pour peser à grande échelle. "Agriculteurs, poussez vos entreprises à se restructurer, dans le sens du marché, à l'exemple d'Unicopa, a-t-il interpellé. La concentration engendre la consolidation." Le second axe essentiel au développement de l'agroalimentaire breton sera l'innovation, en partant des atouts existants, identifiés par des études spécialisées.
Le message n'était pas différent du côté de Jean-Guy Le Floc'h. La mondialisation, il connaît. Depuis le 1er janvier dernier, les derniers quotas d'importations sur le textile ont été abolis, laissant la voie libre notamment à la Chine, où le salaire mensuel moyen s'élève à 50 euros, contre 1500 en France. Pour lui, la survie dans un secteur aussi concurrentiel passe par les initiatives tous azimuts. "Nous n'avons négligé aucune piste. Nous nous sommes serré les coudes. Nous avons créé de nouvelles marques, sans craindre que cela prenne trop de temps, et ça a fonctionné. Nous avons aussi fait fabriquer certains produits en Tunisie, au Maroc et dans les pays de l'Est. Aujourd'hui le partenariat avec la Bulgarie est très fort. Pour sortir d'une situation aussi difficile, il faut beaucoup d'imagination, et peu de rétroviseur."
Puissance de frappe
"Nous avons une réelle puissance de frappe, il faut s'en servir", a réagi Jacques Jaouen, en regrettant l'inertie de certains interlocuteurs. "Il ne faut pas se voiler la face. Je suis convaincu que si l'on accepte certaines restructurations, il y aura moins de perte d'emplois que si l'on ne fait rien. Il faut être lucide et prendre à bras le corps le chantier de la mondialisation, de façon collective."
Anne-Laure Lussou
|
|