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Ille et Vilaine (35)
Céréales : sur quoi peut-on encore gagner ?
 
Si on considère qu’un hectare de blé coûte à produire en moyenne 740 euros/ha (y compris fermage et mécanisation, mais sans main-d’œuvre), il faut un rendement de 82 q à 9 euros pour couvrir les charges ! On ne peut plus inclure que le quart de la prime PAC (87 euros) dans le produit, le reste est découplé. De plus, les cours du blé sont au niveau mondial depuis quelques années avec de fortes amplitudes. Le blé est-il toujours intéressant ? En invitant les agriculteurs sur une plate-forme d’essais à Châteaugiron le 1er juin, la Chambre d'agriculture a voulu montrer qu’il existe des pistes de progrès

Quels sont les leviers qui permettent de conserver une marge ? En premier lieu, il y a le prix de vente. Une observation de la Chambre d’agriculture sur le prix du blé effectivement payé à l’agriculteur en 2004 met en évidence des écarts : il va de 90 à 100 euros par tonne sans prendre les extrêmes. « Alors informez-vous avant de livrer », conseille Gilbert Cossec. Améliorer le prix peut aussi passer par un contrat-qualité (à condition qu’il n’y ait pas de coûts supplémentaires). L’agriculteur a aussi la possibilité de stocker chez lui ou chez son acheteur pour bénéficier de l’évolution des prix. L’échange céréales-aliments est une formule souvent intéressante. Et puis, avec des volumes importants, la vente à terme peut attirer ceux qui n’hésitent pas à prendre quelques risques.

Avec une orge, le prix de vente sera au moins au niveau d’un blé, mais le coût sera plus élevé. Le triticale a toute sa place pour une utilisation par les animaux de l’exploitation car il est plus difficile à vendre. Il ne faut pas oublier la paille : tonnage et qualité suivant les conditions de récolte.

Deux euros par quintal

Sur la plate-forme de Montauban en 2004, trois itinéraires techniques avaient été comparés : sécurisé, extensif et optimisé. Dans les conditions de l’année, les écarts de rendements ont été faibles. Les deux dernières solutions, les moins coûteuses en intrants, ont laissé environ 60 euros de marge supplémentaire.

Les coûts de production élevés ne permettent pas de dégager une bonne marge. Il faut viser être au-dessous de deux euros d’approvisionnement par quintal. « Le choix de la variété est alors au cœur de la stratégie », indique Michel Falchier. Le potentiel de rendement, la sensibilité à la verse, aux maladies… va jouer sur les charges. Le poste le plus important dans les charges est l’azote : calculer la dose, fractionner les apports et ajuster constituent les recommandations. Le second concerne les fongicides : observer et traiter ensuite à doses modulées. Ensuite vient le désherbage : la détermination précoce de la flore adventice va permettre de réduire les doses. Quant aux semences, le choix de variétés tolérantes aux maladies et à la verse ainsi que l’utilisation d’une part de semences fermières va limiter les coûts. Limiter les dépenses exige en contrepartie un suivi régulier de la culture.

Du temps et du matériel

Et puis, il y a la mécanisation. En moyenne 378 euros/ha, avec des extrêmes qui vont de 190 à 560 euros dont la moitié pour la traction. Comment réduire cette charge ? D’abord un point de repère : l’implantation d’un blé en délégation totale (Cuma, ETA) revient à 115 euros/ha sans que l’agriculteur ait à fournir de la main-d’œuvre. Avec du matériel neuf, le coût passe à 150 euros pour une surface de 16 ha, 105 euros pour 32 ha et 90 euros pour 47 ha. Il faut aussi ajouter 80 heures de main-d’œuvre dans le premier cas, 100 et 110 heures pour les deux autres. Du matériel d’occasion avec une part de délégation limite cependant le coût de mécanisation. « Ces chiffres montrent qu’il n’est pas évident d’obtenir un coût faible dans une exploitation moyenne », observe Sylvain Ruelleux (FDCuma).

À cet aspect coût, il faut rapprocher le temps qui est nécessaire pour implanter les céréales de celui qui est disponible dans la période normale et avec des conditions météorologiques correctes. Le nombre de jours est plus limité sur Fougères que sur Rennes. L’équipement devra en tenir compte.

Si investir dans du matériel réduit les charges de MSA et les impôts, il contribue aussi à faire baisser le revenu et le disponible, ce qui n’est pas l’objectif. Il va à l’encontre de la réduction recherchée des charges de structure.

Quant à savoir l’intérêt de faire des céréales sur des parcelles éloignées du siège de l’exploitation, la Chambre d’agriculture a calculé que, pour une parcelle de 1 ha à 5 km, il fallait 7 heures de travail en plus sur l’année (déplacements essentiellement), soit un coût de 50 euros. À 15 km, c’est 21 heures de plus et 100 euros. Avec des surfaces plus grandes, le temps supplémentaire est proportionnellement moindre (15 heures de plus pour 10 ha à 5 km) avec 25 euros/ha de frais supplémentaires. Dans un contexte de marge limitée, l’intérêt de rechercher de la terre loin du siège reste discutable, et pas nécessairement rentable.

Paul Chauvin


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Date de l'article : semaine du N° du 10 au 17 Juin 2005
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