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Les légumiers de l'UCPT (Union des coopératives de Paimpol et Tréguier) retiendront l'année 2004 comme "une des plus mauvaises depuis la création de l'UCPT". "Hormis le haricot et la pomme de terre, tous les produits ont subi une crise, et notamment les plus importants : le chou-fleur, la tomate, l'artichaut. La réduction du chiffre d'affaires de 18% signifie une baisse de revenu bien plus importante pour les producteurs et leurs familles. Elle entraîne également une fragilisation des exploitations, qui se remettaient à peine d'une décennie 90 très difficile", a retracé Joseph Rousseau, président de l'UCPT, lors de l'assemblée générale de l'organisation, le 27 mai à Kermaria-Sulard.
Il a rappelé différentes évolutions actuelles qui influencent les marchés des légumes, notamment l'arrivée de nouveaux pays (tomate chinoise - brocoli, chou-fleur et tomate polonais…). "Le levier principal de ces pays est le coût de la main d'œuvre. Une heure de travail coûte 1 euro en Pologne et 12 euros en France". Sans refuser la compétition économique, les producteurs souhaiteraient que les pouvoirs publics français "trouvent les moyens de limiter les effets de cette Europe sociale à plusieurs vitesses".
Légumes pré-emballés
Parmi les évolutions à intégrer par les producteurs,
Joseph Rousseau a aussi mentionné les mesures prises dans le secteur de la distribution avec comme objectif une baisse des prix à la consommation. "Ces évolutions se déroulent sur fond de lutte acharnée entre le hard discount et la distribution classique. La vente au cadran nous apporte une certaine protection obligeant les distributeurs à une compétition transparente".
Le président évoque par ailleurs les demandes nouvelles qui émergent, citant le hard discount qui s'oriente davantage vers les légumes pré-emballés pour simplifier la manutention et limiter les déchets. "Nous ne pouvons que nous féliciter de l'attention que porte à ces questions la cellule innovation de "Prince de Bretagne", qui a su mettre en œuvre les essais et développer des présentations telles que le chou-fleur en fleurettes, l'artichaut micro-ondable, la pomme de terre en bourriche et peut-être bientôt le haricot sous film plastique".
Aux yeux du président, l'innovation, la segmentation, la diversification, tous les moyens permettant d'apporter une valeur supplémentaire aux produits, représentent la seule voie d'adaptation. "Il est illusoire de vouloir se battre sur les prix dans le contexte international que nous connaissons".
C'est d'ailleurs la thèse développée par Renaud Layadi, conseiller auprès du président de la Région Bretagne pour les questions agricoles, dans son intervention lors de l'assemblée. "Il n'y a pas un mais plusieurs types de consommateurs et de distributeurs. Les agriculteurs devront être à l'écoute du marché, c'est lui qui fait le revenu. Il faudra essayer de comprendre les différentes motivations des consommateurs et définir ses cibles".
Définir ses cibles
Renaud Layadi souligne l'opportunité de mettre en avant le lien produit-territoire. "La Bretagne est une région fortement identifiée, avec un avantage plus fort pour le bassin légumier, riche de la dualité terre-mer". Il précise aussi que les légumes sont bien positionnés sur le marché européen où la population riche et vieille va rechercher une alimentation plus maigre, plus saine. Elle sera par ailleurs plus sensible aux productions traditionnelles. Les légumes répondent également bien aux enjeux nutritionnels visant à réduire l'obésité.
Les légumiers présents dans la salle ont montré qu'ils évoluaient déjà vers des produits transformés et élaborés mais que le légume frais restait important pour eux. "Nous nous plaçons aussi sur une production de masse". "La diversification n'est pas une voie de facilité, ajoute Joseph Rousseau. Nous observons que les crises de 2004 tendent à attirer les producteurs vers la direction opposée : en 2005, des productions telles que le fenouil, le brocoli, le romanesco, la tomate régressent".
Concernant la distribution, Renaud Layadi remarque : "Les GMS sont en pleine crise du fait de l'absence de renouvellement stratégique. Au niveau des prix, elles sont concurrencées par le hard discount. Et elles ont réalisé des économies sur la main d'œuvre et n'ont plus de chefs de rayon conseillant les consommateurs. Ces derniers se tournent vers des moyennes surfaces davantage à leur écoute". Des évolutions sur ce secteur sont aussi à prévoir.
Agnès Cussonneau
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