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Pas facile de savoir ce que sera la production laitière dans les années à venir. Mais, on peut penser que les soucis de diminution des coûts et de l'amélioration des conditions de travail seront de plus en plus présents. Aussi, sans aller jusqu'au Gaec total, il est possible que de plus en plus d'éleveurs souhaitent mettre en commun leurs troupeaux, pour peu que les impératifs juridiques ne soient pas trop contraignants ou pénalisants.
C'est en ce sens que le syndicat morbihannais des éleveurs Prim'Holstein avait mis ce sujet à l'ordre du jour de son assemblée générale. Avec tout d'abord deux témoignages d'éleveurs et une information sur une nouvelle formule qui sera bientôt proposée.
Un GIE
Rémi Fraval à Plounévez Quintin (22) s'est installé en Gaec en 1988 avec ses parents. Actuellement, c'est toujours en Gaec mais avec son frère. Un Gaec qui produit 434 000 litres de lait (+ des jeunes bovins) et emploie un salarié.
Le Gaec travaillait déjà en commun avec un autre agriculteur du même âge, qui lui était situé en plein bourg, sans possibilité de mise aux normes. D'où l'idée de mettre les deux troupeaux laitiers ensemble, sans faire un gaec total : "Nous sommes 2 frères en gaec, ça suffit et nous restons plus indépendants financièrement".
Les éleveurs se renseignent sur les solutions juridiques possibles pour mettre ensemble seulement les deux troupeaux laitiers. Ce qui bloquait le plus, c'était l'obligation de séparer le lait et donc d'une manière ou d'une autre les troupeaux. Le GIE est apparu comme la moins mauvaise solution, mais avec l'obligation de séparer le lait (2 tanks), de travailler en commun pour l'atelier laitier et d'utiliser des fourrages des 2 exploitations.
En pratique, les vaches sont dans l'étable du Gaec et les génisses chez l'autre associé du Gie. Chacun reste évidemment propriétaire de ses vaches et gère son quota. Un double lactoduc avec une vanne en Y permet de diriger le lait vers 2 tanks différents après identification visuelle des vaches et les cultures nécessaires ont été réparties.
Chacune des parties paye une location pour le logement des animaux et le travail autour de l'atelier lait est réparti. Les effluents sont repris au prorata du quota (65 / 35%).
Pour Rémi Fraval, les avantages sont essentiellement au niveau du travail : "Nous sommes 5 à travailler au lieu de 3 auparavant, d'où un gain de temps libre avec un week end sur 5 de garde au lieu de 1 sur 3. Alors que l'on payait un remplaçant l'été, nous n'avons plus besoin de le faire. C'est aussi plus facile de gérer les "35 heures" du salarié."
Les inconvénients sont essentiellement d'ordre juridique et fiscal : "Le plus difficile a été de fixer le prix des locations de bâtiments pour les animaux car il n'y avait aucune référence".
Pas de structure juridique
La solution mise en place par Daniel Barré à Langolen (29) est assez comparable, à part qu'il n'y a pas de véritable structure juridique : "Nous avons eu l'autorisation de regrouper les troupeaux et l'autorisation d'exploiter (aux deux noms). Par ailleurs, nous ne sommes liés par rien si ce n'est un bail de location d'une partie de l'étable".
Lorsqu'il s'est retrouvé seul avec un quota de 440 000 litres, Daniel Barré s'est posé la question d'arrêter en vendant ou de trouver une formule associative. Il a trouvé un collègue producteur de lait (200 000 litres) et de porc qui avait de gros investissements à faire dans les deux productions.
Les solutions adoptées sont très proches du cas de Rémi Fraval. Le lait est ici séparé automatiquement, avec identification électronique des vaches. Comme dans le cas précédent, une des difficultés a été de mettre en place un tarif de location de bâtiment. Quant au travail en commun, le collègue (qui est aussi producteur de porcs) le délègue pour l'essentiel à un salarié : "C'est un inconvénient quand il y a une autre production car on s'investit moins dans la production en commun et en pratique je me retrouve avec la responsabilité totale du troupeau".
Dans un an, Daniel Barré n'aura plus ce problème car son "associé" a décidé d'arrêter la production laitière pour mieux se consacrer à son atelier porcin. Retour donc à la case départ. L'avenir n'est pas encore tracé : «Ce pourrait être une extensification ou peut-être une nouvelle association pour laquelle des discussions sont en cours.»
Une nouvelle société laitière
Ces exemples montrent que les solutions pour mettre les vaches ensemble ne sont pas évidentes. Le "Gaec Partiel Laitier" (GPL) proposé il y a quelques années a été un véritable flop puisqu'il y en aurait moins d'une trentaine en France. Son échec est lié aux contraintes excessives, avec en plus une amputation du quota à la dissolution.
Selon Patrick Wecksten (directeur de la production à Entremont), la Société Laitière en préparation pourrait être plus intéressante. Il serait possible de mettre en commun des ateliers laitiers sans mise en commun du foncier et sans obligation de séparer le lait. Il resterait l'obligation de travail en commun, une surface fourragère en adéquation avec la référence laitière, l'obligation de passer en CDOA. Et surtout, il n'y aurait pas de prélèvement à la sortie au-delà de 5 ans d'existence. Le projet pourrait sortir avant l'été.
Jean Louis Le Rest
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