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On ne prend pas bien la mesure de ce qui se passe avec le vieillissement de la population », annonce d’emblée Alain Even le président du Conseil économique et social de Bretagne devant les responsables des Maisons familiales et rurales d’Ille-et-Vilaine. Même si l’attractivité de la Bretagne fait que sa population augmente (la région rennaise y contribue largement), il n’en demeure pas moins qu’elle vieillit, comme la France ou l’Europe. Bien sûr, à 65 ans, on est moins « vieux » aujourd’hui qu’il y a 30 ou 40 ans au même âge. Mais le poids des plus de 60 ans va peser de plus en plus.
Sauf bouleversement, la région devrait atteindre en 2007 le maximum de sa population active (1,32 million de personnes), pour décroître légèrement ensuite. L’explication tient dans les départs à la retraite : de 19 000 départs annuels entre 2000 et 2004, les chiffres grimpent à 32 000 pour 2005-2009 et 34 000 pour 2010-2014. Ces chiffres sont deux à trois fois supérieurs aux créations annuelles d’emploi sur la période 1990-1999. Il ne faut pas compter sur un accroissement du nombre de jeunes à entrer sur le marché du travail, ni sur une augmentation du niveau d’activité féminine (élevé en Bretagne). « On peut essayer d’attirer des jeunes d’autres régions voire de l’étranger, mais la principale réserve de main-d’œuvre reste les 55-64 ans. Il ne faut pas les exclure de l’emploi », analyse le président. Le mouvement est déjà parti avec l’allongement de la durée d’activité pour bénéficier d’une retraite complète.
Tous les secteurs d’activité ne sont pas touchés de la même manière. Les agriculteurs qui représentent le métier le plus important devant les agents d’entretien, les enseignants et la fonction publique sont aussi ceux qui vont voir leur nombre diminuer le plus fortement. En revanche, les assistantes maternelles, les agents d’entretien… vont augmenter. De même que les besoins de services pour les personnes âgées, mais avec une interrogation : comment financera-t-on ?
Les jeunes ont toutes leurs chances
Le chiffre de 15 000 agriculteurs dans 10 ans est avancé pour la Bretagne. Dans le même temps, il aura fallu remplacer 23 000 enseignants, 10 000 salariés du bâtiment… Les personnels des banques, du transport, des travaux publics vont vieillir. « Il risque d’y avoir des tensions entre les secteurs », prévoit Yves Mens directeur du GIP Relation Emploi-Formation – GREF. En plus, le niveau de formation demandé s’est élevé, on ne remplace plus « un pour un ». Comment concilier remplacement et croissance ? Comment transmettre les savoir-faire, les entreprises pour ne pas perdre du potentiel ? « L’insertion professionnelle des jeunes sera moins difficile que celle qui est souvent annoncée, ils pourraient devenir une denrée rare », poursuit le directeur.
Alain Even considère que les personnes âgées seront là où sont les services, c’est-à-dire dans les villes ou dans les territoires qui les offriront. Il faudra aussi prendre en considération une autre relation au travail de la part des jeunes, la féminisation croissante de certains métiers ou leur forte diminution (en agriculture notamment).
Ces observations ne sont pas sans conséquences sur les niveaux et les secteurs de formation initiale et continue à privilégier en fonction des besoins prévisibles. Elles constituent des éléments de réflexion pour les responsables des Maisons familiales rurales.
Maisons familiales rurales, la responsabilité est au cœur de l’action
Plus de 1800 jeunes en formation, ce qui correspond à un doublement en 12 ans, les Maisons familiales et rurales d’Ille-et-Vilaine entendent adapter et élargir leur offre de formation (BTS, licence professionnelle). La présidente départementale, Monique Hannier l’a dit lors de la dernière assemblée générale. Elle souhaite aussi que le réseau soit mieux connu et reconnu. Avec un dispositif de communication renouvelé certes, mais aussi par le bouche à oreille.
Et puis l’objectif commun des Maisons familiales est de « grandir et de faire grandir ensemble ». Tous les acteurs doivent y participer : les familles, les administrateurs, le personnel, les partenaires, chacun doit prendre ses responsabilités dans ce but. L’ouverture à l’international en Ille-et-Vilaine est une réalité depuis 10 ans. D’une part avec les jeunes et d’autre part, sur place au Mali, avec la création et le développement de Maisons familiales. Trois nouvelles devraient voir le jour.
Paul Chauvin
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