|
Lors de sa dernière session, lundi 4 avril à Plérin, la Chambre d’agriculture avait choisi de se pencher sur la distribution des produits alimentaires. Ceci à partir d’une étude de la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne sur le thème « Evolution du commerce alimentaire et conséquences pour l’agriculture bretonne », présentée par Jean Luc Perrot, chef du service Economie.
La position dominante de la Grande distribution comme premier client de l’industrie agroalimentaire n’est plus à démontrer. « Mais depuis quelques années le système de distribution se fragmente», explique Jean Luc Perrot. Certes les GMS (Grandes et moyennes surfaces) ont toujours de l’avance, alors que se développent en parallèle d’autres formes de distribution.
Segmentation de la demande
Ainsi le Hard-Discount qui a pour credo le prix, la proximité et la praticité, au travers d’enseignes comme Lidl et Aldi (origine allemande), ED (Carrefour), Leader Price (Casino), Netto (Intermarché) …, prennent des parts de marchés. La seule agglomération briochine compte entre 6 et 10 magasins en Hard Discount. En France, ce type de distribution dépasse les 3500 magasins et propose entre 600 et 3500 références de produits selon la stratégie de leur groupe d'origine. Une position qui devrait encore se renforcer dans les années à venir, selon Jean Luc Perrot. « Une plateforme de distribution correspond à 100 magasins».
Mais d’autres formes de distribution, qu’il répertorie sous le vocable Proxi-service, prennent aussi leur place. Cette catégorie se différencie par une approche plus segmentée, par exemple en ne proposant que de la viande fraîche livrée à domicile, ou en s’adressant à des groupes de consommateurs spécifiques : attirés par des produits biologiques ou biens identifiés en provenance, comme les produits fermiers.
Les conséquences de ces évolutions, notamment le développement du Hard Discount, sont redoutées par les agriculteurs et par l’agroalimentaire, qui voient dans ces démarches deux risques majeurs : la pression sur les prix et une ouverture encore plus forte sur les produits d’importation. Elle est déjà constatée sur les surgelés, les conserves, les produits de la mer. Dans l’immédiat, les produits frais ont préservé une sorte de préférence nationale ou de pays proches, pour des raisons logistiques essentiellement.
De nouvelles opportunités
Alors faut-il crier « haro » sur certaines de ces nouvelles formes de distribution. Inutile sans doute, car le phénomène est déjà largement enclenché et il est toujours difficile de ramer à contre-courant. « Par contre, souligne Jean Salmon, président de la Chambre d’agriculture, il faut regarder les choses en face, s’adapter et innover ». Anne-Marie Crolais, rajoute, « nous avons laissé échapper la valeur ajoutée, récupérée par la Grande distribution ; il nous faut saisir les nouvelles opportunités laissées par les nouvelles tendances d’une consommation plus fragmentée ».
Les initiatives qui se développent autour des magasins dits de proximité dans des zones et pour des publics ciblés sont regardées avec intérêt. «Ils offrent des produits et du service». Quelques membres de Chambre s’interrogent même de savoir s’il ne faudrait pas dédier une partie des libres-services agricoles à cette distribution alimentaire de proximité. Cela existe, mais reste limité, et comporte aussi des contraintes en termes d’organisation, de sécurité alimentaire... «Difficile de mélanger de l’outillage et de la viande fraîche». Sans oublier que ces magasins de proximité ne permettent pas de dégager des volumes exceptionnels. Et risquent aussi de pousser la Grande distribution vers plus d’approvisionnements extérieurs. Il convient aussi de ne pas oublier que les consommateurs ont parfois des attitudes déroutantes. Yves Le Faucheur, cite l’exemple de la botte de cresson de 400 grammes à 1,50 euro qui voit son marché se restreindre, au profit de la salade en sachet prête à être consommée à 3 euros pour seulement 125 grammes !. C’est peut-être cela le service, sans doute moins l’authenticité, le terroir et le durable, mis en avant dans les discours
Guy Dartois, président de la Cooperl, souligne lui aussi que « les marges de manœuvre ne sont pas évidentes, compte tenu des volumes produits ». Il précise que «les GMS demeurent encore des partenaires assez fiables», plus inquiet sur l’attitude des salaisonniers beaucoup moins fidèles sur leurs approvisionnements.
Pas de conclusions pour ce débat qui ne fait que débuter. Les évolutions vont se poursuivre dans un contexte de forte tendance à la mondialisation. Néanmoins les élus sont persuadés qu’il faut demeurer attentifs pour saisir toutes les opportunités qui permettent à l’agriculture d’être actrice des évolutions. « En ne perdant pas de vue que des perspectives nouvelles dans le non-alimentaire peuvent aussi se présenter », note Jean Salmon
Jean Salmon met en garde contre un vote de rejet de la constitution
S’exprimant en fin de session, Jean Salmon n’a pas voulu donner de consignes de vote pour le 29 mai (Constitution européenne). Il a néanmoins mis en garde les agriculteurs sur les conséquences d’un vote de rejet qui marginaliserait la France. Rappelant que, malgré les difficultés, la France avait jusqu’à présent été la grande bénéficiaire de la politique européenne.
Il a par ailleurs fait le point sur quelques problèmes d’actualité. Il a notamment déclaré concernant l’application de la réforme de la Pac. «Sur la conditionnalité des aides, je ne suis pas de ceux qui contribuent à créer de la désespérance dans les campagnes. Les règles correspondant aux 19 directives européennes s’appliqueront de toute façon. Il faut simplement aboutir à une gestion la plus pertinente possible». Sur les DPU, regrettant les retards et la confusion qui règne, inquiet des difficultés à avancer, il a souhaité « qu’au final, les DPU accordées soient le plus près possible de la situation réelle des éleveurs et que celles non-activées ne soient pas perdues pour la ferme France». Il a aussi rappelé que le nombre de demande de cessations laitières étaient particulièrement importantes. « C’est la dernière année de redistribution. Important de ne pas se tromper car elles conditionnent aussi le niveau des DPU».
Pierre Dénès
|
|