Actualités agricoles Paysan Breton en Bretagne, Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan
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Ille et Vilaine (35)
Se diversifier dans les énergies renouvelables
 
Y a-t-il des opportunités pour les agriculteurs à produire des cultures énergétiques ? Telle était la question posée à Gilles Petitjean de l’Adème Bretagne lors de l’assemblée de la Caisse agricole du Crédit Mutuel de Bretagne. La hausse du prix du baril de pétrole, la diminution des stocks des énergies fossiles (pétrole, gaz), la limitation des rejets de dioxyde de carbone (effet de serre) et aussi les obligations d’accroître les énergies renouvelables plaident dans ce sens. « Les énergies renouvelables ne pourront cependant pas tout résoudre, les économies d’énergie sont encore à l’ordre du jour et mais aussi la modification de nos comportements », précise d’emblée l’intervenant.
Pour produire des carburants, de la chaleur ou de l’électricité, il existe une foule de ressources depuis le colza, les céréales, les betteraves, le bois, la paille jusqu’aux déchets : ordures ménagères, déchets industriels, fumier de volaille, déjections animales, déchets agroalimentaires, boues des stations…. Les techniques permettent de tout faire ou presque, mais toutes ne sont pas économiques.
Des possibilités

L’Adème reçoit beaucoup de demandes pour mettre en place des filières locales pour extraire l’huile du colza. La réalisation se heurte à des problèmes administratifs et fiscaux. Quant au bois, l’amélioration des performances des chaudières reste une priorité. Les agriculteurs ont la possibilité de devenir des fournisseurs de bois à des collectivités locales ou des industriels. Des exemples existent (piscine, serres). Des cultures de saules à rotation rapide (3 ans) ont aussi été mises en place dans le même objectif. La paille pourrait aussi être une source d’énergie par exemple pour des séchoirs des collecteurs de céréales à la place du gaz. Un contrat de fourniture pourrait lier les deux parties.
Parmi les déchets, la litière de volaille est un excellent combustible pour produire de la vapeur d’eau et faire tourner un alternateur. Tous les projets butent sur un prix de reprise trop faible du kWh par EDF. Mais la libéralisation de l’énergie pourrait faire évoluer la situation. Pour la même raison, la France est très en retard sur la méthanisation par rapport aux pays voisins. Il faudrait une forte subvention pour équilibrer les comptes. Conséquence : aucune entreprise locale n’a de savoir-faire ou de matériels en la matière. « Or c’est un enjeu stratégique fort pour la Bretagne. Il pourrait en plus rapprocher les agriculteurs des urbains en jouant sur la complémentarité des déchets », note Gilles Petitjean.
Quant à l’éolien, les agriculteurs sont complètement absents. Les fermes éoliennes qui se mettent en place nécessitent de lourds investissements et une production minimale (qui va peut-être augmentée) est exigée par EDF pour le rachat de l’électricité. Il n’y a pas de retours sur le plan local. Cependant, la Région et les Conseils généraux s’intéressent à ces questions d’énergie. Optimiste, l’intervenant assure « qu’un bon dossier trouve toujours un financement ».

L’exemple du diester de colza

À Donges (Loire-Atlantique), il existe une usine de trituration et une raffinerie de pétrole. Cet ensemble est nécessaire pour la mise en place d’une unité industrielle permettant d’obtenir du diester et du tourteau à partir du colza. 700 000 ha seraient nécessaires. Cela pourrait être une opportunité pour les agriculteurs compte tenu des aspects agronomiques de la culture et aussi d’un prix équivalent à celui du colza alimentaire. Les éleveurs pourraient aussi remplacer une partie du soja par du tourteau de colza, diminuant ainsi la part d’importation des protéines. M. Vermeerch de Sofiprotéol ne voit pas un développement sensible de la trituration à la ferme, les constructeurs de moteurs sont réticents à l’utilisation de ces huiles comme carburants. Et il reste à préciser l’intérêt économique.
Le colza présente un bilan largement positif sur le plan énergétique. Le diester a un effet favorable sur l’effet de serre, il réduit la pollution locale et se révèle intéressant pour la lubrification du moteur. Une étude montre que la défiscalisation a aussi des retombées en matière d’emploi, de recettes fiscales supplémentaires…, elle ne coûterait réellement que 4 euros sur les 33 de départ ! Et puis d’ici 2010, la France devra doubler sa part de carburant d’origine renouvelable.

L’activité du CMB marque le pas

Les agriculteurs sont dans l’expectative. Ils ont moins investi en bâtiments, en tracteurs et il y a eu moins d’installation, entre 4 et 5 % sur chacun de ces postes en Ille-et-Vilaine en 2004. Cela s’est fait sentir sur l’activité agricole du Crédit Mutuel de Bretagne avec des réalisations de prêts inférieures de 9,5 % à l’année passée. C’est surtout le poste bâtiments (notamment porcs et volailles) qui a marqué le pas, le matériel représentant 43 % du montant des prêts. Le CMB est redescendu à 21 % des parts de marché au niveau de l’installation (24,3 % en 2003). Quelques prêts d’installations ont été refusés considérant que la reprise était trop élevée. « Ce n’est pas pour autant que le CMB se montre frileux. Il se veut pragmatique », fait remarquer le président Amand Denieul.
Même si en production porcine l’utilisation des autorisations de découvert reste encore élevée (elle ne s’améliore lentement que depuis septembre dernier), les perspectives apparaissent bonnes malgré le désintérêt presque total de l’Union européenne (restitutions à l’exportation à un niveau très bas). Ce n’est pas aussi vrai en volaille avec une production en recul, des exportations qui chutent, des importations qui augmentent et une consommation stagnante. Si le lait a été correct en 2004, la réforme de la Pac, la mise en place des droits à paiement unique, la disparition des soutiens constituent des sources d’incertitudes. Le banquier sera dans l’obligation d’en tenir compte, par exemple en demandant une part plus importante d’autofinancement. Mais pas question de cultiver la morosité, le CMB entend rester un acteur majeur dans le domaine agricole.

Paul Chauvin

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Date de l'article : semaine du N° du 1 au 8 Avril 2005
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