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La liberté de ton est une prérogative des Jeunes Agriculteurs. Cette disposition de la profession à tolérer le discours teinté "du vert des quatre vérités" fait, depuis toujours, partie des règles du jeu agricole départemental. Reste que l'audace de la jeune génération se heurte parfois à la sagesse expérimentée des plus anciens. Comme vendredi dernier, à Lesneven, lors de l'assemblée des Jeunes Agriculteurs.
"Être gosse de riche pour s'installer"
"Faudra-t-il être gosse de riche pour s'installer ?", a lancé Philippe Bizien, responsable porc, en faisant référence aux "nouveaux critères bancaires". (NDLR : les banques demandent 20 % d'autofinancement lorsqu'il y a emprunt).
Pour Jean-Pierre Le Verge, vice-président du Crédit agricole invité à participer au débat sur le thème "du désengagement vis-à-vis de l'agriculture", cette mitraille invitait une réponse de professionnel exercé aux préceptes économiques."Une crise, c'est à chaque fois 15 à 20 % de taux d'endettement supplémentaire. Comment faire pour garder une autonomie financière, un minimum de liberté, sans se préserver un minimum de sécurité lors du financement ?".
"20 % c'est impossible" ; "Si on ne peut plus compter sur nos structures" ; "Le prix des reprises est trop élevé" ; "On n'intéresse pas grand monde", etc. La défense des jeunes est réactive. Un peu fragile peut-être aussi. "Il faut de la consistance. On attend vos arguments", a même osé Jean-Pierre Le Verge.
"Désengagement vis-à-vis de l'agriculture ? Le titre me paraît provocateur. À moins d'aller plus loin dans les explications", a répondu pour sa part Ambroise Guellec. Un député européen qui s'est attelé à démontrer que l'agriculture n'était pas lâchée par Bruxelles. "Sur les perspectives financières de l'UE, je ne vois pas de désintérêt jusqu'en 2013. S'il y a un secteur protégé, c'est bien l'agriculture. Les autres secteurs n'ont pas cette garantie".
Des motifs d'inquiétude
À la décharge du scepticisme qui envahit les jeunes, il faut toutefois reconnaître que "les incertitudes toujours grandissantes sur les prix, le poids des investissements improductifs (achat des droits à produire, environnement…)" ont de quoi écorner leur confiance dans l'avenir.
"Si on n'est pas capable de résoudre nos problèmes de compétitivité, je ne sais pas où l'on va", s'est inquiété Joseph Rousseau, président du Cérafel Bretagne. Sur ce terrain-là, même les politiques admettent une certaine impuissance. "Apportez-moi des solutions par rapport au coût de la main-d'œuvre", a sollicité Jacques le Guen, député du Finistère. S'il y a bien unanimité sur un point, c'est sur cette nécessité d'une harmonie sociale et fiscale. Un vieux débat, qui hier se limitait à l'espace européen, mais qui aujourd'hui s'amplifie en débordant sur l'ensemble de la planète. La faute à la mondialisation sans doute. Une mondialisation qui semble définitivement se faire par le bas…
Didier Le Du
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