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La fabrication d'aliment à la ferme n'est pas une "solution miracle" permettant de régler les difficultés techniques ou la rentabilité de l'exploitation. C'est un investissement à long terme dont l'intérêt doit être étudié en cernant les incidences liées au montant de l'investissement, aux besoins en main d'œuvre, en trésorerie". Le point de vue de Geneviève de Lansalut, du CER 35, s'appuie sur une étude des CER de Bretagne menée sur les résultats 2003 de plus de 1 100 élevages de porcs N.E. Dans l'échantillon ont été comparés les éleveurs produisant et fabricant au moins 25 % de l'alimentation et les éleveurs achetant leur aliment. Le groupe des "fafeurs", rassemble des éleveurs utilisant la technique depuis longtemps et d'autres qui ont investi depuis peu.
Des résultats techniques en retrait
Le profil des élevages et des exploitations varie d'un groupe à l'autre. Les "fafeurs" ont des surfaces plus importantes (74 ha) que la moyenne (48 ha). Leur atelier est un peu plus petit (155 truies au lieu de 186), soit 72 truies par UTH au lieu de 82, ce qui paraît logique compte tenu du temps nécessaire à la fabrication. "Techniquement, ils ont, en moyenne, des résultats en léger retrait (écart de 30 à 50 kg produits par truie ). On note aussi un indice de consommation légèrement supérieur de 0,05 à 0,06 point. La fabrication demande du temps", poursuit G. de Lansalut. Est-ce au détriment des résultats de l'élevage ? "C'est un risque dont il faut être conscient car il faut à la fois maîtriser les deux métiers d'éleveur et de fabricant". L'étude montre aussi que l'on peut être "fafeur" et bon éleveur.
Par contre, la marge brute dégagée par truie (690 euros) est supérieure de près de 90 euros à celle obtenue par les non-fafeurs. Mais cette approche est un peu biaisée dans la mesure où la marge des "fafeurs" ne tient compte que du coût des matières premières, car l'amortissement du matériel, l'entretien et les frais financiers sont comptabilisés dans les charges de structure. Celles-ci sont plus élevées chez les "fafeurs" : 992 euros par truie contre 810 à 860 chez ceux qui achètent leur aliment. Il est difficile de différencier dans ces charges de structure, celles directement liées à l'élevage et celles correspondant aux cultures et à l'exploitation de taille plus importante.
Peu d'écart sur le prix de revient
L'approche coût de revient semble plus appropriée car elle prend en compte les charges spécifiques de l’activité porcine, la rémunération des capitaux et du travail. "Entre fafeur et non-fafeur, la différence de coût de revient est de l'ordre de 2 à 3 ct d'euro par kg de carcasse (1,291 contre 1,313 et 1,316). Cet écart approche les 45 euros par truie en moyenne , soit 8 000 euros/an pour 186 truies", déclare l'ingénieur d'études. C'est moins spectaculaire que les incidences de mauvais résultats techniques ou d'une situation financière dégradée.
Avec ce coût de revient plus faible, les éleveurs FAF ont mieux résisté aux crises. Leur situation financière actuelle reflète les résultats des années passées. "Leur taux d'endettement est de 73 % contre 88 à 90 % chez les autres producteurs. Leur trésorerie nette est également meilleure (- 720 euros par truie chez les fafeurs contre – 820 euros chez les non-fafeurs). Ceci fait apparaître qu'au delà de la période d'amortissement du matériel, la fabrication d'aliment à la ferme apporte à long terme une rentabilité".
Calculer un prix d'équilibre
Dans un tel projet, il ne faut donc pas s'attendre à une rentabilité à court terme mais viser le long terme. Par contre, à court terme, un projet de fabrication à la ferme est gourmand en investissement et en trésorerie. Il faut disposer d'une capacité financière suffisante pour investir et être capable de raisonner les conséquences de son investissement.
Les rentrées financières habituelles liées à la vente des céréales ne seront compensées par la baisse des achats d'aliments qu'à échéance de plusieurs mois. La trésorerie sera encore plus sollicitée s'il faut financer l'achat de céréales dans le voisinage. Se lancer dans la FAF nécessite donc une trésorerie saine au départ.
Un projet de fabrication à la ferme nécessite une étude prévisionnelle. "Il faut une approche globale au niveau de l'exploitation afin d'aboutir à un prix d'équilibre et de déterminer ainsi quel va être "le plus" apporté par un tel projet en comparant le prix d'équilibre avant et après".
Chaque cas est unique. D'un élevage à l'autre, le projet peut différer en fonction de la surface en cultures, de la disponibilité de céréales dans un environnement proche, de la capacité à investir, de la situation de trésorerie et de la main-d'oeuvre disponible. "La fabrication à la ferme ne doit surtout pas être perçue comme une solution alternative pour régler des problèmes techniques, des difficultés financières ou pour suppléer à la baisse du prix des céréales".
Repères
Dans l’échantillon étudié, l'écart de coût de revient entre le groupe des fafeurs (dont certains ont amorti leurs installations) et celui des non-fafeurs, approche 45 euros par truie. En parallèle, il est bon de rappeler l'influence des quelques critères techniques sur la marge par truie.
- 1 porc de plus vendu par truie et par an, c'est 54 euros/truie ou 3 euros par 100 kg de carcasse
- 0,1 point d'indice de mieux améliore la marge de 42 euros/ truie ou 2,3 euro/100kg carc.
- 5 euros d'économie/tonne d'aliment, c'est 35 euros/truie ou 2 euros/100 kg carc.
Patrick Bégos
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