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le scénario le plus probable est une baisse de 20 % du prix du litre de lait pour René Mauget consultant à l’ESSEC (Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales). Il l’a dit lors d’un colloque sur le lait organisé par Force 5 qui regroupe les Chambres consulaires d’Ille-et-Vilaine.Pour cela, il se réfère aux prix déjà constatés à travers le monde dont on ne peut trop s’écarter sur une longue période. La Nouvelle-Zélande et l’Australie sont aujourd’hui les plus compétitives. Pour elles, l’Europe sans aide ne sera pas un concurrent. Alors que faire ? Restructurer comme l’ont fait les pays de l’Europe du Nord. « Nous avons une dizaine d’années de retard. Certains ont essayé mais ne sont pas allés jusqu’au bout de la démarche avec une restructuration industrielle (Laïta) ».
Il suggère donc d’avoir un seul groupe, voire deux à l’Ouest (un privé et un coopératif). Ils pourraient ainsi avoir des stratégies en recherche, développement de marques et être compétitifs sur les produits industriels (beurre, poudre). La formule permettrait aussi de résoudre les écarts de prix aux producteurs (qui existent déjà) en fonction de la valorisation par la laiterie. L’atout principal de l’Ouest est de disposer de la moitié de la production laitière française. Reste un handicap de taille : « Les hommes ne sont pas prêts ». Et pourtant, « il faudrait que la restructuration soit faite dans un délai de 3 à 5 ans ! ». Jean-Michel Lemétayer (FNSEA) ne conteste pas, « Il ne s’est rien fait. Sans doute avons-nous été trop efficaces dans la défense du prix du lait. Aujourd’hui il faut que les choses bougent chez les transformateurs. Sinon on pourrait ne pas passer la prochaine crise ».
Il ne faut pas trop attendre des produits de grande consommation, ils n’utilisent qu’une quantité limitée de lait. Le prix final reste soumis à l’évolution des prix du beurre, de la poudre, de l’emmental, du lait de consommation. Les innovations restent cependant indispensables. « Elles peuvent être aidées par la collectivité », a souligné Jean-Louis Tourenne, le président du Conseil général soucieux du poids économique du lait dans son département.
Des atouts
Henri de Lagrange (Lactalis) estime que « La Bretagne sans grande tradition laitière restera une zone de production, car elle est performante. Les producteurs sont sa force ». Note d’optimisme aussi chez Carrefour, pour qui, « la France avec sa grande diversité de produits laitiers, le fait qu’ils voyagent mal, considère que les régions fortes productrices seront avantagées ». L’Ille-et-Vilaine, premier département producteur de lait avec 1,5 milliard de litres, dispose alors d’atouts certains, au moins tant qu’il y aura des quotas liés au sol.
Avec des perspectives de baisse des prix, Jean-Luc Fossé (EDE 35) se demande comment vont réagir les producteurs s’il n’y a pas une certaine redistribution. Pour lui, les défis à venir se situent dans l’acceptation du métier (contraintes, quantité de travail), et aussi un travail sur les coûts. « Nous aurons besoin d’exploitations bien structurées ».
Il reste aussi à savoir quel choix feront les politiques en matière d’indépendance alimentaire de l’Europe. Rien ne semble définitivement acquis. Pour le président de la FNSEA, « la préférence communautaire n’a rien de ringard ». Cela n’empêche pas de travailler rapidement à la mutation de l’ensemble de la filière lait.
Paul Chauvin
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