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Réussir ma vie en agriculture". Vaste sujet de débat que celui choisi par les élèves du Lycée de La Touche à Ploërmel en BTS Technologies Végétales de première année et leurs professeurs, à un moment où les installations en agriculture n'ont jamais été aussi faibles et la sinistrose aussi forte. Pour le président des Anciens élèves, "il faut casser cette sinistrose. Le rôle du lycée est d'enseigner, d'informer, de donner aux élèves les possibilités et les moyens de pouvoir décider eux mêmes".
Pour les aider dans leurs réflexions, les organisateurs avaient réuni un beau plateau avec Christophe Hamon (Breiz Europe), Yves Le Gourriérec (président Chambre d'agriculture, Philippe Desnos (Chambre régionale d'agriculture, Renaud Layadi (directeur mission Agenda 21) et Jean Pierre Kermoal (président Cécab).
Marché mondial ou marché européen
L'agriculteur est d'abord un producteur pour des marchés. Mais, à l'avenir, ce marché sera- t'il européen ou mondial? Pour C. Hamon, la donne est simple : "On subit la mondialisation et il faut y participer. Si tel n'est pas le cas, il faut refermer les frontières et réduire sensiblement la production. Dans ce cas, il faut le dire aux agriculteurs et aux industriels de la transformation".
Plutôt que de se frotter à cette mondialisation des échanges, R. Layadi préconise de travailler pour le marché intérieur en valorisant les produits et le territoire : "Regardons nos avantages comparatifs, nous avons des acquis techniques et la Bretagne est bien identifiée. C'est la valeur ajoutée des produits qui fait le revenu".
Les autres intervenant ont des positions sans doute plus nuancées. Ainsi pour Y. Le Gourriérec, "l'agriculture bretonne a un très bel avenir dans sa multiplicité, car on n'a jamais tous les désavantages. En face de chacune des questions posées, il y a des réponses". Pour J. P. Kermoal, un des atouts essentiels est la capacité de l'agroalimentaire : "Pour gagner, il faut diversifier nos productions et beaucoup investir en recherche et développement. Je ne crois pas à des industries agroalimentaires qui ne soient pas rattachées à des productions régionales".
Philippe Desnos invite les jeunes à voir plus loin que les problèmes actuels, avec des défis plus lointains à relever comme "l'augmentation de la population mondiale, le développement des énergies d'origine agricole, la biodiversité ..." Mais, un jeune peut- il prendre la décision de s'installer aujourd'hui en fonction d'hypothèses possibles dans 20 ou 30 ans ?
Tous se retrouvent évidemment sur un point : Pour s'installer il faut avoir l'esprit d'entreprise, avoir le goût du risque (calculé), faire sauter ses oeillères, avoir une ouverture importante vers l'extérieur ...
Communiquer sur son territoire et avec la société
L'agriculteur vit de plus en plus dans un territoire occupé par d'autres et où il est minoritaire. Il est évident que pour être bien dans sa vie, l'agriculteur doit être, avec les autres, un acteur de ce territoire et aussi en profiter pour proposer non plus seulement des produits mais aussi des services : "Si l'agriculture n'est pas acceptée sur son territoire, elle n'est plus viable".
La communication commence en étant bien avec ses voisins, mais il faut aussi de plus en plus communiquer avec l'ensemble de la société. Et à ce niveau ne pas confondre la communication et la publicité. Ainsi, plusieurs ont regretté la publicité souvent faite par des firmes agroalimentaires et qui donne une image fausse de l'agriculture : "La pub, c'est ce que demande le consommateur, elle est faite pour lui plaire, car l'objectif d'une entreprise c'est de vendre et de valoriser le produit", rappelle J. P. Kermoal.
La véritable communication avec la société, c'est autre chose pour Y. Le Gourriérec : "Il ne faut pas confondre pub produit et communication. Je demande à une coopérative de bien vendre les produits, mais la communication, c'est l'affaire des agriculteurs". Et C. Hamon de regretter qu'ils ne la fasse pas davantage : "La profession a lâché le manche de la communication et laissé la place à des ayatollahs".
Par une de leurs actions (Champs et Lycées), des élèves ont ainsi pu montrer comment ils pouvaient le faire à partir d'une action technique raisonnée incluant toute la filière et aussi une part de communication (plaquette d'information "du bon grain au bon pain").
Une qualité de vie en Bretagne
Pour être bien dans sa vie en agriculture, il faut avoir un revenu, des voisins avec qui l'on est bien, mais aussi en plus des conditions de vie de qualité. Sur ce plan, un témoignage a également permis de voir que l'on peut trouver des conditions de vie parfois meilleures en étant agriculteur ou agricultrice plutôt que salarié en ville.
Pour J. P. Kermoal, "être présent sur l'exploitation apporte un plus à la famille, les enfants peuvent avoir pratiquement les mêmes avantages qu'en ville, le cadre de vie est plus agréable, l'immobilier plus abordable ..."
C'est aussi largement l'avis de R. Layadi : "S'il y a une région où il fait bon s'installer, c'est la Bretagne. On a ni les inconvénients du Limousin, ni ceux de la Beauce. Il y a encore un maillage rural avec des services et un environnement social".
Ajoutez à cela, le travail avec le vivant, le fait d'être son propre chef. Un dernier point nuancé par Y. Le Gourriérec : "Être seul avec des animaux n'est pas forcément une solution d'avenir, nous avons obligation de réfléchir à des formes d'association".
L'école de la vie
Comment l'école et en particulier un lycée agricole doit il former les jeunes pour les aider à réussir une vie professionnelle et personnelle ? Tous les intervenants sont évidemment d'accord pour affirmer que la formation est indispensable dans un métier où il faut être bon partout. Une formation qui doit en plus "faire sauter les oeillères et ouvrir les esprits".
À ces évidences, tous les intervenants en rajoutent une autre. À savoir que tout n'est pas acquis à la sortie de l'école. L'essentiel vient même plutôt après. La formation doit être continue. Elle se fait tous les jours au contact des autres, dans sa vie professionnelle et personnelle.
Jean Louis Le Rest
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