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Quelle analyse faire de l’enquête « Comment allez-vous ? » (lire en hors-texte). La FDSEA a demandé à Roger Le Guen sociologue et professeur à l’ESA d’Angers d’apporter son point de vue.
Le sociologue constate lui aussi le pessimisme collectif des agriculteurs. Plusieurs raisons l’expliquent : aujourd’hui il est devenu difficile de faire des prévisions à long terme, n’ayant pas de perspectives, les agriculteurs sont déstabilisés. « Ce n’est pas propre à l’agriculture, beaucoup de personnes expriment un sentiment d’insécurité face à l’avenir, souligne-t-il. Par ailleurs, la profession agricole ne s’aime plus, les agriculteurs se sentent mal aimés des autres citoyens, alors qu’ils jouissent d’une bonne image dans une société majoritairement urbaine ». Sans doute faudrait-il cibler plus précisément ceux qui n’apprécient pas l’agriculture d’aujourd’hui.
Et puis le métier d’agriculteur devient plus complexe. Au produit, il faut ajouter de la santé, de l’environnement, de la qualité. La plus grande ouverture aux marchés déstabilise, c’est particulièrement le cas pour le lait. Certains perdent pied. Autre élément, les agriculteurs s’adaptent plus vite que leurs organisations, lesquelles émettent souvent des messages pessimistes. Ils ont du mal à s’y retrouver.
Le travail est vu différemment
Parmi les préoccupations, le rapport au travail est un élément nouveau. La qualité de vie est devenue importante, la profession d’agriculteur ressemble désormais aux autres. « C’est d’ailleurs cette aspiration qui pourrait remettre en cause certaines productions comme le lait très concerné par l’astreinte journalière qu’il impose ». Il ne faut donc pas s’étonner que des agriculteurs soient démotivés à 40-50 ans et aient envie d’autre chose. « Faire toute sa carrière dans une exploitation deviendra de plus en plus rare, comme dans d’autres activités, prévoit Roger Le Guen. Aussi faudra-t-il réfléchir à des outils pour assurer le remplacement ».
Les tâches administratives, qui ennuient les agriculteurs, sont considérées comme du temps perdu. Et pourtant, elles ne sont pas plus importantes en temps passé que dans d’autres activités et en plus, elles ont un lien direct avec le revenu. « Vous n’avez pas de raison de les sous-estimer ». Roger Le Guen rappelle aussi que l’agriculture n’a jamais été facile et il considère que la période actuelle est plus passionnante que les années 60. À condition toutefois d’avoir des projets !
Paul Chauvin
Un nouveau bureau
à la FDSEA
Président : Joseph Ménard
Vice-président : Jean-Luc Fossé
Vice-présidente : Nathalie Marchand
Secrétaire général : René Collin,
Secrétaire général adjoint : Marcel Denieul,
Trésorier : Christophe Gilles,
Trésorier adjoint : Loïc Guines.
Ils ont dit à l’assemblée de la FDSEA
Une assemblée, c’est fait pour s’exprimer et avoir si possible des réponses. Une multitude de sujets ont été abordés lors de l’assemblée générale de la FDSEA à Noyal-Châtillon le 25 mars. Quelques réflexions entendues.
Politique agricole commune :
« Avoir une agriculture sur tout le territoire est un des objectifs constants de la Pac. L’Organisation mondiale du commerce permet d’ailleurs de soutenir l’agriculture à condition que l’aide soit indépendante des productions. Il reste beaucoup d’incertitudes sur les négociations internationales, le budget, la justification des aides face aux demandes de la société ». Alexandre Gohin (Inra).
« On est allé trop loin dans la baisse des prix, alors que l’Europe a des coûts de production supérieurs aux prix mondiaux. Il nous faut une politique de gestion des marchés et non de gestion des crises qui risque de coûter plus cher ». Les DPU doivent appartenir à ceux qui produisent et il est impératif qu’ils soient optimisés chaque année (et non au bout de 3 ans) ». Jean-Michel Lemétayer (FNSEA).
« Gérer la nouvelle Pac peut être simple si on accepte le libéralisme. Si on veut une répartition du foncier, des droits, c’est plus complexe ». Gilles Guillomon.
Loi d’orientation :
« La loi d’orientation devra dire ce qu’on veut faire des paysans. Veut-on une indépendance alimentaire, un pays avec une agriculture puissante, productive et pas seulement environnementale ? » Jean-Michel Lemétayer.
Environnement :
« Ne mettre en avant que le bio, l’herbe, revient à condamner 95 % de l’agriculture, ça me gêne. Les agriculteurs ont agi en matière d’environnement. On ne doit pas rougir du travail accompli ». Joseph Ménard.
« Il y a du retard dans l’étude des dossiers PMPOA2. La Chambre d'agriculture a décidé de mobiliser tous ses agents formés au Dexel pour avancer ». Michel David
Pac graphique, contrôles :
« Avec environ 80 % des dossiers corrigés par différents canaux, le dossier avance bien. Il ne reste aujourd’hui que la correction par courrier qui soit possible. Concernant les contrôles, leur fréquence doit baisser de 10 % à 7 % ». Philippe Quévremont (DDAF).
Les agriculteurs moins pessimistes pour eux que pour l’agriculture
Même si ce sont les plus mécontents qui ont répondu à l’enquête lancée par la FDSEA « Comment allez-vous », il en résulte que le pessimisme l’emporte largement. Les agriculteurs voient l’avenir de l’agriculture « difficile, sombre, incertain, voire condamné pour certains ». Un sur dix seulement exprime une opinion positive. En cause, la réforme de la Pac, l’ambiance générale, la situation des productions et voire la situation financière personnelle.
Pour leur exploitation personnelle, les opinions sont moins tranchées : plus de la moitié ont une vision au moins passable de leur avenir. Les préoccupations exprimées vont en premier lieu au revenu. Viennent ensuite les contraintes administratives, la qualité de vie et les contrôles.
Qu’est-ce qui s’oppose à la pérennité de l’exploitation ? Presque à égalité, les agriculteurs citent l’environnement et le niveau des prix. Alors l’adaptation au contexte se fait d’abord à titre personnel avant de penser au collectif, les centres de gestion sont alors mis en avant dans cette recherche. Et puis un sentiment de frustration des producteurs de lait apparaît : ils sont les seuls à ne pas avoir pu développer leur production, ils souhaitent plus de lait et de surface.
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