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C'est un parcours d'éleveur assez inhabituel que celui de Patrick Dragon qui, à 35 ans, en est à sa deuxième exploitation. Après 5 années passées en service de remplacement (Sdaec) où il a suppléé 120 éleveurs, il a repris l'exploitation d'un tiers à Plaintel avec un troupeau de "haut niveau" qui lui causera bien des soucis, en particulier de fécondité, au point de faire abattre une bonne partie des vaches.
Après 7 ans et demi, il quittera cette ferme pour retourner dans son pays d'origine, la région de Rennes. Il trouve une exploitation à Gevezé (10 km au nord de Rennes), avec 34 ha et un quota de 220 000 litres, achète les bâtiments et loue le foncier. À 9 km, il peut également reprendre une petite ferme de 17 ha et 165 000 litres. Soit une exploitation actuelle de 51 ha et 313 000 litres de quota (compte tenu des prélèvements au passage) qu'il mène seul, son épouse travaillant à l'extérieur.
Son installation sur cette ferme s'est faite en octobre 2002. Le cheptel bovin est constitué d'une petite part de son troupeau précédent (15 vaches et 20 génisses) et de la reprise de celui des deux autres exploitations. Au final, un troupeau très hétérogène, fait pour partie d'un troupeau sélectionné et de la reprise de deux troupeaux très moyens.
Faire le quota en limitant les coûts
Tout cela a évidemment eu un coût financier. Aussi, depuis deux ans et demi qu'il est ici, la priorité a été de faire le quota, de manière économique. Ce qui a été possible puisque le troupeau était suffisant. La moyenne de production se situe entre 7 000 et 7 500 kg par vache. Il serait possible de faire bien plus, pour preuve le dernier contrôle correspondait à un niveau d'étable de 10 500 kg.
Mais, la production par vache n'est pas un objectif premier : "Je pourrais avoir 10 vaches de moins pour faire le quota, mais je ne suis pas limité en bâtiments et je préfère faire un peu de croisement (20%) en saillie naturelle pour produire de la viande. Cela me permet aussi de limiter les achats de doses de semences extérieures".
L'alimentation reste très classique, dans cette région du bassin de Rennes très favorable à la production fourragère. Le pâturage (RGA +TB) se fait en paddocks (avec fil) et il reste toujours un fonds de maïs avec 3 à 4 kg de MS et du foin à volonté. L'hiver, la ration est à base d'ensilage de maïs avec un peu d'un très bon ensilage d'herbe de RGI (3 kg de MS sur toute la période). La ration est distribuée à l'auge à l'aide d'une désileuse pailleuse portée.
Pour équilibrer la ration, un correcteur azoté est ajouté au désilage et ensuite un complément est distribué à l'auge en fonction de la production (dont le blé produit sur l'exploitation).
Si la production par vache n'est pas un objectif prioritaire, la qualité de vie l'est. C'est en ce sens qu'une traite du dimanche est supprimée depuis un an (y compris pour la vache qui va au concours), sauf pendant deux mois et demi cet hiver pour être sûr de réaliser le quota.
D'abord faire des veaux
Les graves problèmes passés de fertilité et fécondité ont tellement marqué Patrick Dragon que c'en est devenu sa priorité absolue : "Des vaches qui produisent moins sont plus fécondes et coûtent moins cher en frais vétérinaires. Il faut d'abord faire des veaux et une vache doit en faire un par an". Il y arrive puisque l'écart moyen entre vêlage est de moins d'un an et le nombre d'inséminations pour faire un veau n'est que de 1,29 pour une moyenne du centre d'insémination de 1,98.
Globalement pour Patrick, "l'objectif est d'avoir des vaches faciles à vivre, sans problèmes et agréables à conduire, c'est à dire des vaches qui reproduisent, qui vêlent bien, qui marchent bien, qui n'ont pas trop de cellules et mammites et qui en final vieillissent. Une vache qui ne fait que 2 veaux n'est pas intéressante économiquement. Il vaut mieux vendre des génisses pleines ou des vaches en lactation plutôt que de réformer". Autant de critères qui sont pris en compte tant dans la conduite du troupeau que dans les choix génétiques
Aussi, l'index lait ne rentre pas beaucoup dans le choix des taureaux. En plus des index fonctionnels (fertilité et cellules), ce sont la mamelle, les membres et l'inclinaison du bassin qui sont le plus pris en compte.
En pratique, pour 80% des vaches inséminées, l'éleveur suit essentiellement les préconisations du centre d'insémination. À côté de cela, il reste quand même encore à Patrick une âme de sélectionneur, en particulier avec les vaches de son troupeau d'origine : "Je fais à peu près 20% d'achat de doses extérieures, essentiellement canadiennes. Mais, il n'est pas question de partir dans la folie des achats de doses".
Pour l'avenir, l'éleveur entame une réflexion pour exploiter au mieux le potentiel de l'élevage : "Je n'exclus pas de faire produire un peu plus si cela s'avère économiquement intéressant. Il faut réfléchir à la meilleure adaptation aux nouvelles conditions de la Pac. Mais je veux aussi privilégier la qualité de vie."
Une Rouge en concours
"J'avais été passionné de génétique mais j'ai vécu une mauvaise expérience. Je continue cependant à entretenir cette passion avec les animaux que j'ai ramené ici, mais je ne pensais pas revenir aussi vite sur les concours", affirme Patrick Dragon. C'est pourtant au plus haut niveau qu'il se retrouve avec sa participation au prochain concours du Salon de l'agriculture. Une participation due à la nouveauté en Prim'Holstein avec le concours "Rouge" qui rassemblera les 15 meilleures vaches du moment en France.
Une vache déjà connue puisqu'elle a participé au Space il y a deux ans avec les "Noires", juste avant le "déménagement". Idéale 602 est actuellement en 3ème lactation et participera donc dans la section des vaches adultes.
C'est la première et seule vache rouge du troupeau : "Je n'avais jamais pensé créer quelque chose en "Rouge". C'est un peu le fruit du hasard. J'avais une fille de "Factor" pointée 89 points. J'ai pensé à l'inséminer avec "Rubens" et j'ai obtenu une très belle petite génisse rouge qui est devenue une excellente vache très facile à conduire. Elle n'a pas de fille pour l'instant. J'aimerais bien maintenir la souche pour le plaisir, mais il n'est pas question de faire de la transplantation pour cela". Rouge ou pas, la philosophie reste la même.
L'exploitation et l'élevage
Main-d'oeuvre : Patrick Dragon, 35 ans
SAU : 51 ha, dont 5 en blé (autoconsommé), 2 en gel, 20 en maïs fourrage et 24 en herbe.
Cheptel : Une cinquantaine de vaches (quota 313 000 litres) et les génisses pures. Croisement sur 20% des vaches avec élevage des produits en viande.
Bâtiments : Étable à logettes (56 places) avec matelas mousse (depuis 2003 et un peu de paille broyée. Lisier intégral avec raclage automatique. Étable à génisses et bovins viande à pente paillée. Salle de traite 2x 4, 8 postes avec décrochage. Alimentation à l'auge (cornadis)
Mise aux normes : "Dexel" déposé, complément de fosse et fumière (pour fumier des génisses) à réaliser.
Production des VL : 7 000 à 7 500 kg à env. 40,7 TB et 32,3 TP. Concentré 41 euros / 1 000 litres.
Index : Inel + 11 / Lait + 254 / TB – 0,4 / TP + 0,3 /
ISU 113
Morphologie + 0,4
Jean Louis Le Rest
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