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La maîtrise des coûts au cœur des préoccupations de la journée départementale porcine organisée, le 12 janvier par la Chambre d’Agriculture à Plérin. Une centaine d’éleveurs et de techniciens y participaient.
Un constat s’impose. Dans un contexte de crise, avec des prix de vente qui ont encore aujourd’hui beaucoup de mal à décoller (les premières semaines de janvier annoncées bonnes s’avèrent catastrophiques), la maîtrise et la réduction des charges revêtent encore une plus grande importance.
Les coûts alimentaires d’abord
Georges Douguet, ingénieur d’études au CER, met notamment en évidence l’importance des coûts alimentaires, 60 % des coûts de production, ainsi que les écarts sur chaque poste. Pour les exercices clos sur 2004, le coût de production moyen ressort à 1,218 euro par kilo. Les écarts sont considérables puisque les 10 % meilleurs affichent des coûts de production à 1,11euro et les 10 % plus élevés, 1,32 euro, soit donc un différentiel 21 centimes. Le diférentiel, poste par poste, s’avère aussi élevé : coût alimentaire : 14,4 centimes d’euro, bâtiments +élevage à façon, 8,9 euros ; mécanisation : 5,8 centimes, frais vétérinaires 5 centimes.
Un constat qu’il convient de rapprocher des performances techniques (indice de consommation, productivité …), car là aussi les écarts sont très importants, pour déterminer sur quels postes et comment l’éleveur peut intervenir. Avec pour certains ateliers des charges de structures faibles, mais des performances dégradées. Michel Caignard , conseiller de gestion à la Chambre, insiste sur le rôle de l’éleveur qui dispose malgré tout de plusieurs leviers d’action : sur la production en maîtrisant mieux la reproduction, le suivi sanitaire, le classement par le tri des animaux abattus, et sur les différentes charges. Un impératif, se fixer des objectifs et contrôler les évolutions dans le temps. Une démarche qui peut être menée avec la contribution d’intervenants extérieurs, tout en restant le pilote de l’entreprise.
Une analyse confortée par Albert Faucheux, responsable des marchés agricoles au Crédit agricole. Lui aussi rappelle l’importance de la technique et de la performance. Mettant par ailleurs en évidence le changement de stratégie des banques, qui veulent limiter au maximum les crédits risqués et se montrent plus pragmatiques dans la gestion des financements. Il fixe aux éleveurs les défis à relever : le niveau des fonds propres, l’épargne de précaution pour faire face aux crises, l’autofinancement d’une partie des investissements, une certaine sécurisation des prix.
La preuve par l’exemple
Deux aspects sont mis en évidence : la réduction de coûts alimentaires, et la diminution des charges liées au sanitaire. Ainsi que le rappelé Georges Douguet, le coût alimentaire représente 60 % des coûts de production. Quelques chiffres confirment l’importance : un gain de 0,1 point d’indice global représente une économie de 7800 euros pour un atelier moyen de 180 truies, et un prix de 0,5 centime d’euro par kilo d’aliment équivaut à une économie de 6300 euros pour le même atelier.
Olivier Quentric, technicien porc, détaille les différentes pistes d’optimisation du programme alimentaire : « éviter les excès alimentaires, vérifier si les programmes sont toujours adaptés en fonction de l’évolution de la génétique et du sanitaire, utiliser des outils comme la bascule pour contrôler la croissance, s’assurer du bon fonctionnement des systèmes de distribution, afin d’éviter le gaspillage, respecter le chargement ».
Sur les dépenses de santé, les marges de manœuvre sont sans doute un peu plus limitées. Elles sont néanmoins appréciables, puisqu’une étude conduite par les Chambre et EDE de Bretagne montre une variabilité de 2,93 euros à 13,69 euros par 100 kg de carcasse. Claudie Guyomard, technicienne porc, souligne que « les élevages à fortes dépenses de santé cumulent le plus souvent le préventif et le curatif ».La réduction constitue un enjeu important à plusieurs titres : maîtrise des prix de revient (5,4 % des coûts), réponse à une attente sociétale, limitation des résistances.
L’éleveur a dans une majorité de situations une responsabilité importante. À cela deux raisons : la volonté de « blinder» sanitairement l’élevage, la force de l’habitude suite à des problèmes qui n’existent souvent plus.
Le témoignage de Jean-François Bon, associé du Gaec des bois à Hénanbihen a montré qu’il était possible de progresser et ce rapidement. « Nous étions élevés sur tous les postes : vaccination, supplémentation et injections », reconnaît l’éleveur.
Après un audit réalisé par la Chambre d’agriculture en relation avec le vétérinaire de l’élevage, une nouvelle stratégie a été étudiée pour faire évoluer les pratiques : moins de vaccination systématique, moins de supplémentation, réduction des doses d’injection pour certains anti-infectieux et anti-inflammatoires. Parallèlement des mesures zootechniques ont été mises en place, notamment au niveau des températures de consigne en maternité et de l’alimentation des porcelets et des truies avant mise-bas. « Le bilan est positif, le dispositif mis en œuvre a permis de faire baisser le coût de 3,52 euros par 100 kg, ceci sans altérer les performances zootechniques».
Pierre Dénès
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