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La dernière enquête des Chambres d'Agriculture du Grand Ouest montre une nette dégradation des performances techniques des élevages de dindes. Ainsi, en l'espace de 2 ans, le GMQ est passé de 85,8 à 83,11 g/jour, l'indice de consommation a grimpé de 2,319 à 2,349 le taux de mortalité de 6,25 à 6,80 % et le taux de saisie de 1,08 à 1,39 %.
Hétérogénéité des résultats
Le résultat financier se trouve pénalisé puisque la marge annuelle a chuté de 7 euros/m2 en 3 ans. Au tableau des charges, on note une hausse des frais vétérinaires de 15 % ainsi qu'une augmentation des charges de gaz, d'électricité et de litière (+ 6 % pour les charges variables). Les écarts de marge brute sont importants entre éleveurs : 23 euros/m2/an entre le quart supérieur et le quart inférieur. "Cette hétérogénéité des résultats interpelle les responsables de la filière qui préconisent le retour à l'observation des règles de base, notamment pour l'hygiène et la surveillance", déclare Gilles Le Pottier, du CIDEF.
Pour tenter d'y voir plus clair, le CIDEF a analysé des résultats de lots élevés en 2003 et 2004, avec l'aide de quelques organisations de production et du sélectionneur But. Il en ressort qu'en comparant les résultats au standard de la souche, hors effet âge, l'extériorisation du potentiel est faible, de l'ordre de 85 % de l'objectif. L'étude des pesées intermédiaires montre que cette extériorisation du potentiel de croissance n'est bonne à aucun stade. Différentes hypothèses ont été émises, notamment l'hétérogénéité au sein des lots à 28 jours avec la présence de petits sujets qui pourraient être largement responsables du déficit de croissance ultérieur. L'âge et le niveau de mortalité sont les deux facteurs qui influent le plus sur l'indice de consommation. La dispersion des mortalités est importante, elle semble s'accroître en 2004 et particulièrement là où les résultats sont les plus faibles.
Plus de deux lots sur trois
Trois études ont été diligentées par le CIDEF pour essayer de mieux cerner les désordres rencontrés et détecter les facteurs de risque. La première concerne les troubles digestifs. Elle montre que 72 % des lots présentent au moins un syndrôme digestif entre 0 et 42 jours. Dans 60 % des lots, on constate des troubles digestifs non spécifiques (diarrhée non expliquée par un agent infectieux détecté au laboratoire). La moitié des troubles digestifs non spécifiques apparaît au moment de la seconde transition alimentaire (30 à 42 jours).
Le recours à l'antibiothérapie a progressé : on note 1,3 traitement pour chaque trouble digestif non spécifique. 75 % des prélèvements d'eau réalisés en bout de ligne sont à risque pour les animaux et non potables pour l'homme. Dans 86 % des lots, la teneur en chlore est absente ou faible (70 % des chlorations ne sont pas efficaces en bout de ligne). Près de 20 % des animaux reçoivent une eau dont les pH est supérieur à 7,5. La qualité de l'eau est un paramètre d'élevage qui demande à être maîtrisée. Une eau de mauvaise qualité biologique accroît la mortalité. L'apparition de problèmes digestifs précoces est à l'origine de lots hétérogènes avec des poids moyens insuffisants dès 28 jours. Les difficultés à gérer la litière pénalisent la qualité de la production et augmentent les saisies.
Le suivi de 10 élevages
L'AFSSA a suivi 10 élevages précédemment touchés par l'histomonose en effectuant 8 visites dans chacun d'entre eux. Les premiers résultats montrent l'absence d'histomonas dans les prélèvements de terre, de litière ou d'eau, la présence de coccidies. L'ensemble des élevages se caractérise par un élément épidémiologique commun : la proximité avec d'autres oiseaux, particulièrement du gibier.
La troisième voie étudiée concerne les essais alimentaires. L'apparition de litières grasses, conséquence d'une augmentation de la consommation d'eau, a poussé à évaluer différentes stratégies alimentaires et le profil des matières premières. Deux volets ont été étudiés : l'aspect "quantitatif" avec l'enrichissement du programme alimentaire en azote, acides aminés et énergie et un aspect plus "qualitatif" (effet des matières premières de meilleure qualité). Le bilan provisoire montre un effet positif des régimes quantitativement enrichis.
"Paradoxalement, ce sont les innovations de la réglementation qui obligent à revoir et repenser les pratiques issues de l'expérience et à remettre en cause les acquis. C'est ce que vivent les producteurs de dindes", poursuit G. Le Pottier. Le retrait des additifs de l'alimentation animale (notamment les antihistomoniques) sans qu'il y ait d'alternatives connues, crée des problèmes dans la conduite des lots et dans la rentabilité des élevages. En l'absence de toute solution confirmée, il reste à préconiser des mesures zootechniques pour limiter les dégâts. La prévention du parasitisme (coccidies), la maîtrise de la qualité de l'eau et des conditions de démarrage sont à préconiser.
Patrick Bégos
Le dossier histostat relancé
La législateur a ouvert la porte à une autorisation d'urgence pour garantir le bien-être et la santé des animaux. Le CIDEF a demandé la possibilité d'utiliser l'histostat dans l'attente de solutions plus satisfaisantes. L'Agence européenne de Sécurité des aliments a donné son avis au mois de décembre. Il appartient maintenant à la Commission européenne puis à l'administration française de prendre les dispositions pour l'emploi de cette molécule.
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