|
Pour la deuxième fois, le réseau Farre (voir ci-dessous) et le Crédit Agricole ont organisé un concours intitulé « les espoirs de l'Agriculture raisonnée ». Organisé tout d'abord au niveau départemental, les vainqueurs sont sélectionnés pour le concours national. Un concours qui reçoit l'appui du ministère de l'agriculture, du ministère de l'écologie et du développement durable et Adivalor.
Réalisations innovantes et reproductibles
Pour la première édition en 2002, le Morbihan avait particulièrement bien figuré, en étant le second département français en nombre de dossiers présentés. Cette année, avec 17 dossiers, dont 11 individuels et 6 collectif, il devrait à nouveau très bien figurer. Pour être retenus, les dossiers présentés doivent être innovants, contribuer à avoir un impact positif sur l'environnement, avoir une rentabilité économique et si possible être facilement reproductibles ailleurs.
Le jury départemental est composé de représentants du réseau Farre 56, du Crédit Agricole, de la Chambre d'agriculture, Conseil général, DDAF, Adivalor et de la presse. Cette année, de nombreux dossiers, tant individuels que collectifs avaient une forte coloration environnementale.
Le vainqueur départemental dans chaque catégorie (individuel et collectif) reçoit un chèque de 800 euros et de 3 000 à 4000 euros pour un premier prix national.
Réduction du travail
et des intrants
Le premier prix départemental pour les dossiers individuels est revenu à Gildas Bredoux, de Molac. Ce jeune éleveur, installé en 1989, exploite une cinquantaine d'hectares pour un quota de 250 000 litres. Il est par ailleurs premier adjoint au maire et sapeur pompier volontaire. D'où aussi sa volonté de diminuer son travail en l'organisant mieux.
C'est ainsi qu'il réalise une partie des travaux des champs par entreprise et qu'il a aussi embauché un jeune pour 1,5 jour par semaine, dans le cadre d'un groupement d'employeurs. D'autres aspects comme le libre-service et l'équipement de toutes les parcelles d'herbe en bacs à niveau constant contribuent également à diminuer le travail.
Mais, l'originalité est surtout d'être passé d'un système classique avec beaucoup de maïs à un autre avec sensiblement plus d'herbe. Et surtout d'avoir adopté le système d'une seule traite par jour sur une longue période.
Cette évolution de la traite a commencé en 2002, avec la suppression de la traite du dimanche soir. Puis en janvier de cette année 2004, en raison d'un dépassement de quota, Gildas a décidé de passer à une traite par jour, tout d'abord prévue jusqu'au 31 mars. En fait, il continuera jusqu'en juillet, puis décide encore de passer l'été ainsi. Le 2 novembre, de nombreuses vaches ayant vêlé, il décide de revenir temporairement à 2 traites par jour.
Sur la période d'une traite, il n'y a pas eu de problème majeur : « J'ai perdu 30% du litrage mais avec des taux plus élevés. Il n'y a pas eu de problèmes particuliers de leucocytes. Je suis passé de 7 800 kg de lait par vache avec une tonne de concentré (en 97) à 5 500 à 6 000 kg avec 600 kg de concentrés actuellement. Sur le plan économique, on a un quota à faire, moins on dépense pour le faire mieux c'est. Je n'ai pas l'intention de changer de système ».
Compostage de lisier de porc et de déchets verts
Le premier prix des dossiers collectifs est revenu à « Arvor compost » à Naizin, une Sarl de 12 éleveurs qui ont décidé d'un traitement collectif de leur lisier en excédent. Des élevages de taille plutôt moyenne puisqu'ils sont tous à moins de 20 000 unités d'azote (180 truies naisseur-engraisseur de moyenne).
Après avoir étudié diverses solutions, ils ont retenu le système de compostage avec des déchets verts, essentiellement des collectivités, le tout géré par les éleveurs eux-mêmes et non en sous traitance Une solution pas évidente car il faut s'assurer de pouvoir disposer de suffisamment de déchets verts. Commencés en début 2004, les travaux ont été terminés en août dernier. Pour un investissement de 650 000 euros en bâtiment et 550 000 en matériel, avec un financement assuré par les associés et un emprunt au Crédit Agricole. Un montant duquel seront à déduire certaines subventions dont le montant réel n'est pas encore connu.
Ces installations devraient permettre de traiter 9 000 m3 de lisier la première année et 11 à 12 000 ensuite, ce qui représenterait 60 % des excédents d'azote porcin du canton de Locminé. Ces éleveurs ont ainsi libéré 500 ha pour l'épandage.
Au final, l'installation permet de fabriquer un excellent compost à 65% de matière sèche (environ 18 kg azote, 6 phosphore, 10 potasse, 4 magnésium et 22 calcium),
inodore et hygiénisé. Un compost qui est vendu aux collectivités, coopératives, paysagistes et particuliers. Les équipements pourraient permettre aussi de faire des «plaquettes» de bois pour les chaudières.
Pour les responsables de la Sarl, « le plus difficile est de s'assurer de la livraison des déchets verts. Rien n'est gagné, c'est un pari énorme que nous avons fait ».
Le réseau Farre
Le Forum de l'Agriculture Raisonnée Respectueuse de l'Environnement (FARRE) est né en 1993 d'un concept global qui veut concilier Écologie, Économie et Qualité pour une agriculture durable par une agriculture raisonnée. C'est avant tout un état d'esprit auquel adhère l'agriculteur.
Farre a mis en place tout un réseau de fermes de rencontre, tant à destination des agriculteurs que des autres citoyens. Il y en a actuellement 400 en France, dont 9 dans le Morbihan. Le président départemental est Patrice Le Penhuizic et l'animateur Philippe Bernard (Union des GVA au 02 97 46 22 48).
Depuis quelques mois existe également un référentiel national qui permet d'accéder à la qualification "Agriculture raisonnée". Actuellement, plus de 450 exploitations françaises ont obtenu cette qualification, mais seulement 4 en Bretagne, dont 2 en Morbihan.
Jean-Louis Le Rest
|
|